Qu'avons-nous à apprendre du sommeil des reptiles et des amphibiens ?
Publié par Adrien le 10/11/2015 à 00:00
Source: CNRS-INEE
S'il est étudié depuis plusieurs décennies, le processus physiologique du sommeil reste cependant très mal connu. Quelle est son origine ? Comment a-t-il évolué ? A quoi sert-il ? Autant de questions irrésolues et sujettes à de nombreux débats scientifiques. Pour tenter d'y répondre et pour la première fois, des chercheurs de l'équipe SLEEP du Centre de Recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances...) en Neurosciences (Les neurosciences correspondent à l'ensemble de toutes les disciplines biologiques et médicales qui étudient tous les aspects, tant normaux que pathologiques, des...) de Lyon (CNRS/INSERM/Université Claude Bernard (Claude Bernard, né le 12 juillet 1813 à Saint-Julien (Rhône) et mort le 10 février 1878 à Paris, est un médecin et physiologiste français.) Lyon 1) et du Département d'Ecologie et de Gestion de la Biodiversité (La biodiversité est la diversité naturelle des organismes vivants. Elle s'apprécie en considérant la diversité des écosystèmes, des espèces, des populations et celle des gènes dans...) du laboratoire Mécanismes Adaptatifs et Evolution (MECADEV - CNRS/MNHN) se sont intéressés à deux groupes d'animaux encore peu étudiés par les spécialistes du sommeil (Le sommeil est un état naturel récurrent de perte de conscience (mais sans perte de la réception sensitive) du monde extérieur,...) mais incontournables de par leur position évolutive: les reptiles et les amphibiens. Les résultats de cette étude sont publiés dans le journal Biological reviews.

La plupart des vertébrés (Les vertébrés forment un sous-embranchement du règne animal. Ce taxon, qui dans sa version moderne exclut les myxines, est considéré comme monophylétique. Il appartient à l'embranchement des...) et des invertébrés présente une phase (Le mot phase peut avoir plusieurs significations, il employé dans plusieurs domaines et principalement en physique :) d'immobilité qui peut être considérée comme un état de sommeil. Cependant, des chercheurs pensent que certains poissons (Les Poissons sont une constellation du zodiaque traversée par le Soleil du 12 mars au 18 avril. Dans l'ordre du zodiaque, elle se situe entre le Verseau à l'ouest et le Bélier à l'est. Bien qu’assez...), grenouilles, tortues et crocodiles ne dorment jamais pendant que d'autres stipulent que tous les animaux, incluant les insectes (Insectes est une revue francophone d'écologie et d'entomologie destinée à un large public d'amateurs et de naturalistes. Produite par l'Office pour les insectes...), les scorpions et les araignées présentent des formes de sommeil. Ce qui semble faire l'objet (De manière générale, le mot objet (du latin objectum, 1361) désigne une entité définie dans un espace à trois dimensions, qui a une fonction précise, et qui peut être désigné par une étiquette...) d'un consensus, c'est que les mammifères terrestres et les oiseaux présentent deux états de sommeil accompagnés chacun de caractères comportementaux et électrophysiologiques bien distincts: un sommeil calme, dit "sommeil lent", marqué par la présence d'ondes (Une onde est la propagation d'une perturbation produisant sur son passage une variation réversible de propriétés physiques locales. Elle transporte de l'énergie sans transporter de matière.) lentes dans le cortex (En biologie, le cortex (mot latin signifiant écorce) désigne la couche superficielle ou périphérique d'un tissu organique.), et un sommeil actif principalement associé aux rêves: le "sommeil paradoxal (Le sommeil paradoxal fait suite au sommeil lent ("sommeil à ondes lentes" désignant les stades 3 et 4), et constitue le cinquième et dernier stade d'un cycle du sommeil lequel comprend de 4 à 5 cycles...)".

Comme tous les animaux, les reptiles et les amphibiens expérimentent quotidiennement des phases de repos. En revanche, la présence chez eux de deux états de sommeil bien distincts n'a pas encore été démontrée. Dans le but d'apporter des éléments de réponses à ce sujet, les biologistes Paul-Antoine Libourel et Anthony Herrel ont synthétisé pour la première fois, dans un article de 34 pages, tous les travaux scientifiques qui ont traité jusque-là du sommeil chez ces deux groupes. Malgré un manque certain de données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.), cette revue fait le point (Graphie) sur les connaissances concernant le sommeil des différentes espèces d'amphibiens et reptiles, et discute les limites des études réalisées et de la nomenclature utilisée pour objectiver la présence de sommeil. "Les reptiles et les amphibiens sont des espèces trop peu étudiées dans le cadre du sommeil. Or leur spécificités physiologiques, notamment en terme de thermorégulation, en font des espèces incontournables pour comprendre le pourquoi du sommeil, du rêve et son origine", insiste Paul-Antoine Libourel.

C'est travaux ont permis de confirmer que les reptiles et les amphibiens ont bien un sommeil "comportemental" caractérisé par des positions et lieux de sommeil spécifiques, une inactivité comportementale et une récupération après privation. De plus, les informations récoltées suggèrent la présence de mouvements des yeux et des pattes pendant cet état de sommeil chez les reptiles. Cependant, conclure que ces animaux ont bien un sommeil lent et paradoxal s'est avéré impossible, notamment en raison du manque de données d'activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) cérébrale .

"Il devient donc fondamental de développer des études comportementales et électrophysiologiques du sommeil des amphibiens et des reptiles mais également de s'affranchir des définitions centrées sur le sommeil des mammifères. Il nous faut trouver le moyen de pouvoir comparer des espèces aussi diversifiées, tant sur le plan écologique que morphologique. Un consensus dans les définitions et les approches méthodologiques comparatives doit donc émerger si on souhaite comparer ce qui est comparable et résoudre les nombreux mystères du sommeil ", concluent les chercheurs.
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