Quel avenir pour les plateformes de glace en péninsule Antarctique ?
Publié par Isabelle le 25/01/2019 à 14:00
Source: CNRS-INSU
Un groupe de recherche international, comprenant des scientifiques de trois laboratoires français, a révélé l'impact systématique et négatif du réchauffement océanique sur l'étendue des plateformes de glace en péninsule Antarctique de l'Est au cours des dernières décennies et des 9000 dernières années. En s'appuyant sur les scénarii les plus pessimistes du GIEC, ils ont estimé que l'océan (Un océan est souvent défini, en géographie, comme une vaste étendue d'eau salée. En fait, il s'agit plutôt d'un volume, dont l'eau est en permanence renouvelée par des courants marins....) devrait continuer à se réchauffer et participer ainsi au recul progressif de ces plateformes le long de la péninsule au cours du prochain siècle (Un siècle est maintenant une période de cent années. Le mot vient du latin saeculum, i, qui signifiait race, génération. Il a ensuite indiqué la durée d'une génération...).


Fig. 1: Localisation des sites d'étude (JPC-38, carotte marine; JRI, carotte de glace) et des principales plateformes glaciaires (Larsen A, B et C). La zone grisée correspond à l'aire où ont été effectuées les réanalyses des températures océaniques et les simulations pour le futur (figure modifiée d'après Etourneau et al.).

La péninsule Antarctique (L'Antarctique (prononcé [ɑ̃.taʁk.tik] Écouter) est le continent le plus méridional de la Terre. Situé au pôle Sud, il est entouré de l'océan Austral...) est l'une des régions les plus affectées par le réchauffement climatique (Le réchauffement climatique, également appelé réchauffement planétaire, ou réchauffement global, est un phénomène d'augmentation de la température moyenne des...) actuel. Elle a perdu au cours des 50 dernières années près de 75% de la surface (Une surface désigne généralement la couche superficielle d'un objet. Le terme a plusieurs acceptions, parfois objet...) de ses plateformes flottantes de glace (La glace est de l'eau à l'état solide.) qui constituent de véritables barrières à l'érosion par l'océan de la calotte continentale et, par conséquent, limitent l'élévation du niveau de la mer (Le niveau de la mer est la hauteur moyenne de la surface de la mer, par rapport à un niveau de référence adéquat.). L'un des exemples les plus marquants correspond à l'effondrement du Larsen C qui, en 2017, a perdu entre 9 et 12% de sa surface totale (~6000 km, l'équivalent de 55 fois la surface de Paris). Les causes de ces effondrements successifs, qui progressent vers le sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.), ont été principalement attribuées à un réchauffement atmosphérique de près de 3°C depuis les années 60. Le rôle joué par l'océan reste cependant encore mal connu, malgré le nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) croissant d'évidences montrant son impact majeur dans le retrait de ces plateformes dans d'autres zones autour (Autour est le nom que la nomenclature aviaire en langue française (mise à jour) donne à 31 espèces d'oiseaux qui, soit appartiennent au genre Accipiter, soit constituent les 5 genres Erythrotriorchis, Kaupifalco, Megatriorchis,...) de l'Antarctique.

Dans cette étude, des experts issus de plusieurs disciplines se sont associés afin d'évaluer l'impact océanique sur les plateformes de glace en péninsule Antarctique de l'Est. Dans un premier temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.), ils ont montré que les principaux effondrements de ces plateformes au cours des dernières décennies coïncidaient systématiquement avec des augmentations conjointes et rapides de la température (La température est une grandeur physique mesurée à l'aide d'un thermomètre et étudiée en thermométrie. Dans la vie courante, elle est reliée aux sensations de...) océanique (+0,3°C) et atmosphérique (+3°C). Ils ont estimé, eu égard à la capacité thermique (La capacité thermique (ou capacité calorifique) d'un corps est une grandeur permettant de quantifier la possibilité qu'a un corps d'absorber ou restituer de l'énergie par échange thermique au cours d'une transformation pendant...) de l'océan, que les effets du réchauffement océanique sur ces débâcles glaciaires sont tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) aussi importants que ceux de l'atmosphère (Le mot atmosphère peut avoir plusieurs significations :).

En l'absence de mesures directes au-delà des dernières décennies, les scientifiques ont procédé à l'analyse géochimique d'archives sédimentaires marines qu'ils ont comparées aux données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) issues d'une carotte de glace située seulement à 50km de leur site d'étude. Grâce à ces reconstructions de températures couvrant les 9000 dernières années, ils ont montré que la principale période au cours de laquelle l'ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui peut...) des plateformes se sont fortement réduites en péninsule Antarctique de l'Est, entre 8200 et 6000 ans avant notre ère, s'est produite pendant un réchauffement océanique majeur (+1,5°C), tandis que l'atmosphère se refroidissait.


Fig. 2: Évolution des températures atmosphérique (noir et vert) et océanique (rouge foncé et rouge clair) au cours des dernières décennies, des 9000 dernières années et du prochain siècle. Les barres verticales grisées représentent les périodes actuelles et passées d'effondrements ou de retraits majeurs des plateformes glaciaires (figure modifiée d'après Etourneau et al.)

Ils ont mis aussi en exergue que le réchauffement progressif de l'océan (+0,3°C) au cours des derniers milliers d'années a contrôlé de manière récurrente le retrait graduel des plateformes de glace de cette région.

À partir de ce constat, cette équipe de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques....) s'est attachée à évaluer les évolutions possibles des températures océaniques et atmosphériques au cours du prochain siècle en se basant sur deux scénarii établis par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Le climat correspond à la distribution statistique des conditions atmosphériques dans une région donnée pendant une période de...) (GIEC). Dans le cas du RCP2.6, l'augmentation des températures océanique et atmosphérique serait contenue et aurait un impact limité sur les plateformes de glace en péninsule Antarctique. En revanche, dans le cas du RCP8.5, l'augmentation des températures atmosphérique (+3°C) et océanique (+0,3°C) serait suffisante pour fragiliser encore plus ces plateformes de glace, jusqu'à pouvoir entraîner leur effondrement total ( Total est la qualité de ce qui est complet, sans exception. D'un point de vue comptable, un total est le résultat d'une addition, c'est-à-dire une somme. Exemple : "Le total des dettes". En physique le total...) au cours des prochaines décennies. Leur avenir appartient donc désormais au respect ou non des Accords de Paris (Paris est une ville française, capitale de la France et le chef-lieu de la région d’Île-de-France. Cette ville est construite sur une boucle de...), et à ses objectifs de limiter le réchauffement climatique global à +2°C.

Note(s):
Les laboratoires français impliqués sont le Laboratoire environnements et paléoenvironnements océaniques et continentaux (EPOC/OASU, Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux États-Unis, au moment où...) de Bordeaux/CNRS/EPHE), le Laboratoire d'océanographie (L’océanographie (de « océan » et du grec γρ?φειν / gráphein, écrire) est l'étude des océans et des mers de la Terre. Les océanographes étudient un très grand nombre...) et du climat: expérimentations et approches numériques (LOCEAN/IPSL, CNRS/UPMC/IRD/MNHN), et l'Unité mixte internationale TAKUVIK (UL/CNRS).


Référence publication:
Johan Etourneau, Giovanni Sgubin, Xavier Crosta, Didier Swingedouw, Verónica Willmott, Loïc Barbara, Marie-Noëlle Houssais, Stefan Schouten, Jaap S. Sinninghe Damsté, Hugues Goosse, Carlota Escutia, Julien Crespin, Guillaume (Guillaume est un prénom masculin d'origine germanique. Le nom vient de Wille, volonté et Helm, heaume, casque, protection.) Massé & Jung-Hyun Kim (2019) Ocean temperature impact on ice shelf extent in the eastern Antarctic Peninsula, Nature Communications, doi:10.1038/s41467-018-08195-6

Contact chercheur:
Johan Etourneau, IACT-CSIC/EPOC OASU
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