Sevrage tabagique: une mutation génétique impliquée dans la rechute
Publié par Adrien le 07/10/2018 à 08:00
Source: CNRS
Pourquoi est-il si difficile d'arrêter de fumer ? Pourquoi certains rechutent après des mois de sevrage tabagique ? Des chercheurs de l'Institut Pasteur et du CNRS, en collaboration avec Sorbonne université et l'Inserm, ont montré qu'une mutation génétique (La génétique (du grec genno γεννώ = donner naissance) est la science qui étudie l'hérédité et les gènes.), déjà connue pour être impliquée dans la sensibilité à la nicotine (La nicotine (de Jean Nicot) est un alcaloïde présent dans les feuilles de tabac (jusqu'à 5 % du poids des feuilles) et à moindre...), l'est aussi dans le comportement de rechute après sevrage chez le rat (Le mot « rat » désigne en français, dans le langage vernaculaire certains mammifères rongeurs, le plus souvent du...). Ces résultats seront publiés le 4 octobre 2018 dans la revue Current Biology.

L'addiction (La dépendance est, au sens phénoménologique, une conduite qui repose sur une envie répétée et irrépressible, en dépit de la motivation et des efforts du sujet pour s'y soustraire. Le...) au tabac est une maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal ou végétal.) chronique à fort taux de rechute et représente la première cause de morts évitables dans les pays développés (Les pays développés à économie de marché (PDEM) sont des pays dont la majorité de la population accède à tous ses besoins vitaux ainsi qu'à un certain confort et à l'éducation. Les...). Sept millions de personnes meurent à cause du tabagisme (Le tabagisme est le fait de consommer du tabac, produit manufacturé élaboré à partir de feuilles séchées de plantes appartenant...) chaque année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.) dans le monde (Le mot monde peut désigner :).

La nicotine est le principal composé psychoactif du tabac responsable de cette addiction en se fixant sur les récepteurs nicotiniques présents dans le cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de nombreuses fonctions du corps, dont la motricité volontaire,...). La substance entraîne ainsi l'activation (Activation peut faire référence à :) du circuit de la récompense et favorise la sensation de bien-être (Le bien-être ou bienêtre est un état qui touche à la santé, au plaisir, à la réalisation de soi, à l'harmonie avec soi et les autres. René Dubos...). En conséquence, la consommation de tabac d'un individu (Le Wiktionnaire est un projet de dictionnaire libre et gratuit similaire à Wikipédia (tous deux sont soutenus par la fondation Wikimedia).) est fortement liée à la sensibilité de ces récepteurs nicotiniques, qui sont composés de 5 sous-unités.

Ces dernières années, plusieurs études de génétique humaine de grande ampleur ont montré qu'une mutation présente dans le gène (Un gène est une séquence d'acide désoxyribonucléique (ADN) qui spécifie la synthèse d'une chaîne de polypeptide ou d'un acide ribonucléique (ARN)...) CHRNA5 codant pour la sous-unité α5 des récepteurs nicotiniques était associée à une augmentation significative du risque de tabagisme. Cette mutation est très présente dans la population générale (environ 35% des Européens en sont porteurs et jusqu'à 50% de la population au Moyen-Orient). Les chercheurs de l'unité de Neurobiologie integrative des systèmes cholinergiques (Institut Pasteur / CNRS) ont alors cherché à déterminer quelle phase (Le mot phase peut avoir plusieurs significations, il employé dans plusieurs domaines et principalement en physique :) de l'addiction à la nicotine est affectée par la présence de cette mutation et à comprendre son mode d'action.

Pour ce faire, les chercheurs ont introduit cette mutation chez le rat en utilisant une technique récente de génétique moléculaire. Ils ont ensuite évalué son effet sur divers comportements liés à l'addiction à la nicotine et montré qu'elle engendrait une plus grande consommation de nicotine à fortes doses, ainsi qu'une rechute plus importante à la recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche...) de nicotine après sevrage. De façon intéressante, il a été montré que cet effet sur la rechute est lié à une réduction de l'activation des neurones du noyau interpedonculaire, une structure cérébrale qui présente la plus forte concentration en sous-unités α5 des récepteurs nicotiniques. "Cette étude nous a permis d'évaluer plus finement l'impact de cette mutation sur différentes phases de l'addiction à la nicotine. Elle nous donne une première explication de son mécanisme d'action qui favorise la rechute à la recherche de nicotine après sevrage", explique Benoit Forget, premier auteur de l'étude.

"Ces résultats suggèrent qu'un médicament (Un médicament est une substance ou une composition présentée comme possédant des propriétés curatives, préventives...) capable d'augmenter l'activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) des récepteurs nicotiniques contenant la sous-unité α5 pourrait permettre de réduire la consommation de tabac et le risque de rechute après sevrage", ajoute Uwe Maskos, responsable de l'unité de Neurobiologie intégrative des systèmes cholinergiques (Institut Pasteur / CNRS) et dernier auteur de l'étude.

Ces travaux ont été financés par les organismes cités ci-dessus ainsi que par la Fondation pour la recherche médicale (La recherche médicale se divise en recherche fondamentale et clinique.) (FRM), par la Commission européenne (FP7) et l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for...) national du cancer (Le cancer est une maladie caractérisée par une prolifération cellulaire anormalement importante au sein d'un tissu normal de l'organisme, de telle manière que la survie de ce dernier est...).
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