Des mouvements du sol presque imperceptibles peuvent annoncer un séisme géant.
Le principe part d’un phénomène simple. Dans certaines régions, une plaque tectonique s’enfonce sous une autre : c’est une zone de subduction. Les deux plaques ne glissent pas toujours librement. Certaines portions restent bloquées par friction, alors que le mouvement général des plaques continue.

Schéma du processus de subduction, où une plaque océanique plonge sous une autre plaque tectonique.
Crédit : K. D. Schroeder, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Cette situation déforme lentement la croûte terrestre autour de la zone bloquée. Des mesures de position très précises, réalisées grâce à des systèmes de navigation par satellite, permettent de suivre ces déplacements. Les chercheurs peuvent ainsi remonter jusqu’aux parties de la faille qui résistent au mouvement et accumulent de l'énergie.
Axel Periollat et Gareth Funning, de l’Université de Californie à Riverside, ont développé une méthode pour transformer ces mesures en cartes de probabilité. Leur algorithme teste un grand nombre de répartitions possibles des zones bloquées. Il retient celles qui reproduisent le mieux les mouvements réellement mesurés à la surface.
Le Kamtchatka, dans l’Extrême-Orient russe, a fourni un test grandeur nature. Des données avaient été enregistrées avant le séisme du 30 juillet 2025, d’une magnitude de 8.8. La carte obtenue fait apparaître une grande région bloquée qui correspond fortement à la zone ayant ensuite rompu. Un séisme géant en 1952 a aussi débuté dans cette même région profonde.
L’accumulation calculée est cohérente avec l’énergie libérée en 2025. Dans cette région, les plaques convergent à environ 80 mm par an. Sur les quelque 73 années écoulées depuis le grand séisme de 1952, les portions bloquées pouvaient donc accumuler plusieurs mètres de retard par rapport au mouvement attendu.
Pourtant, cette méthode ne permet pas de prévoir quand surviendra le prochain séisme. Elle localise les zones où une rupture importante paraît possible, sans fournir de date. Elle permet tout au plus de prévoir que la puissance d'un séisme augmente avec le temps qui passe.
Les chercheurs appliquent maintenant leur approche à d’autres zones de subduction, notamment au Japon, au Mexique, en Nouvelle-Zélande et dans le nord-ouest du Pacifique. Une difficulté reste la mesure en mer, car beaucoup de grandes failles se trouvent sous l’océan. Des instruments acoustiques installés sur le fond marin pourraient fournir les données manquantes et rendre ces cartes plus précises.