Trajet anthropologique
Afin de rompre avec les réductionnismes, Durand a proposé une notion pour une définition de l'imaginaire : « l’incessant échange qui existe au niveau de l’imaginaire entre les pulsions subjectives et assimilatrices et les intimations objectives émanant du milieu cosmique et social » (Les structures anthropologiques de l’imaginaire, Paris, 1960, p. 38). Durand remarque que cette position écarte le problème de l’antériorité ontologique puisqu’elle postule une "genèse réciproque" entre l’environnement matériel et le "geste pulsionnel". Ainsi Durand prolonge les travaux du psychologue suisse C.G. Jung (Types psychologiques, Genève, Georg, 1986, p. 456-457) qui avait observé que le Moi de notre conscience coïncide avec le Soi "cosmique", conscient de son appartenance à une dimension collective.
Structures anthropologiques de l'imaginaire
La théorie des "Structures anthropologiques de l'imaginaire" (SAI) énonce deux propositions, la première sur l'origine de l'imaginaire, la seconde sur l'organisation de son contenu. Ainsi, l'origine de l'imaginaire est une réponse à l'angoisse existentielle liée à l'expérience "négative" du "Temps". L'être humain sait qu'il mourra un jour car le Temps le fait passer de la naissance à la mort. De cette angoisse existentielle et universelle naîtrait l'imaginaire. L'imaginaire est un créateur d'images et de figures (Bachelard), mais cette création n’est pas un chaos désordonné. S'appuyant sur les tentatives de classification des productions de l'imaginaire (Bachelard, Eliade, etc.) mais en montrant leurs limites, la théorie des SAI propose une classification sur la base de deux principes, l'un s'appuyant sur la logique réversible du trajet anthropologique et l'autre sur une critique du structuralisme, et avance trois structures - c’est-à-dire des groupements de symboles de formes semblables - générales, à vocation universelles (ou anthropologiques): schizomorphe, mystique et synthétique. Ainsi, l’imaginaire ne serait pas inépuisable, à l’infini. Il se reproduirait, il se répèterait selon des "axes" logiques et isomorphiques. L’origine de ces trois ensembles de l’imaginaire provient des travaux de F. Minkowska (De Van Gogh et Seurat aux dessins d’enfants, Paris, Musée pédagogique, 1949). La structure schizomorphe relève du régime diurne de l'image, les structures mystique et synthétique du régime nocturne. Chaque régime de l’imaginaire possède ses lois d’assemblages des images et ses logiques. L’assemblage dans la structure mystique du régime nocturne se fait sous la conduite d’une logique de similitude ou homéologie, et d’analogie. Dans le régime diurne, les images se regroupent entre elles selon des principe d’identités, ou se repoussent par contradiction ou exclusion.