L'expérience montrant que les médecins déjeunant au self se regroupent par service et ne discutent que de médecine, un réglement a été créé pour donner un ton convivial en salle de garde. Tout contrevenant à ce règlement est susceptible d'être punie d'une « taxe » (gage), choisie par l'économe ou par la roue.
Les convives s'installent par ordre d'arrivée en « quinconce » (les tables sont disposées en U en partant de la table économale). Aucune place ne doit être laissée vacante. Ceci permet d'éviter que les convives ne se placent par service ou affinités, ce qui permet à tous de se connaître au sein de l'hôpital bien que les internes changent d'affectation tous les 6 mois (les salles de garde améliorent considérablement le fonctionnement inter-service des hôpitaux passé une certaine taille).
Les nouveaux arrivants saluent tous les convives par une tape sur le dos avant de s'installer. Ils rendent hommage de manière déférente à l'économe et à son ou ses économinette(s).
Il est interdit de se lever sans l'autorisation de l'économe.
Il est interdit de fumer avant que le café soit sur la table.
Les termes médicaux, ainsi que les conversations religieuses et politiques sont proscrits, et donc taxables. Si un convive surprend un mot interdit, il est vivement encouragé à le dénoncer à l'économe (délation). Il le fera en faisant mine de ne pas le comprendre. Si doute il y a sur le caractère scientifique ou médical du mot, l'économe fait venir le cuisinier et lui demande s'il en connaît la signification. S'il la connaît, il s'agira d'une fausse délation qui est taxable.
Seule l'équipe économale peut s'adresser directement aux cuisines.
L'usage du tire-bouchon est interdit en salle de garde : toutes les bouteilles sont sabrées avec un couteau de table.
De même, il n'y a pas de serviette (on s'essuie dans la nappe).
Les applaudissements sont prohibés : un bon mot, un acte de panache sont récompensés par une battue (voir plus loin).
Les effet de ce règlement et les pouvoirs de l'économe cessent quand le café arrive sur la table. C'est à ce moment que nombre de demandes d'examens ou d'avis spécialisés sont négociées, accélérant souvent les rendez-vous de plusieurs jours et améliorant le fonctionnement de l'hôpital.
Les externes et invités ne sont pas taxables (c'est l'interne qui les couvre qui est taxé à leur place le cas échéant).
Les battues
Un bon mot, un acte de panache sont célébrés en battant un rythme sur la table. Les plus anciennes sont la Royale, la Centrale (qui ne se bat qu'à l'Hôtel-Dieu) et la Périphérique. En 1802, il n'y avait qu'un interne de garde sur Paris et il se rendait au domicile des patients appelé par un rythme battu par un tambour. Le rythme permettait de connaître la distance : la Centrale pour l'Île de la Cité, la Royale (car à la même distance que la Place Royale) pour Paris intra muros, la Périphérique pour les faubourgs.
Les battues classiques sont : la Vaginale, l'Anale, la Zob (toutes trois sur le rythme de la Périphérique), la Boléro (crescendo sur le rythme du Boléro de Ravel, la Religieuse, la Merdique (en laissant tomber le couteau dans son assiette)).
Toute battue originale et inventée sur l'instant pour s'adapter aux circonstances et à l'acte célébré est bienvenue.
On citera par exemple: la Mongolienne, l'Anarchique, la Ronaldo (qui ne se bat qu'à la Pitié-Salpêtrière avec le genou sur la table sur l'air de 1 et 2 et 3-0), la Khroutchévienne (qui se bat chaussure à la main et qui se termine par un jet généralisé de chaussures).