Agression physique chez les petits: la faute aux retards de langage ?
Publié par Adrien le 14/12/2014 à 00:00
Source: Université de Montréal

Image: Thinkstock
Une récente étude menée par des chercheurs de l'Université de Montréal montre que les problèmes d'agression physique ne peuvent pas être expliqués par les retards de langage au moment de la vie où apparaissent les problèmes d'agression physique (La physique (du grec φυσις, la nature) est étymologiquement la « science de la nature ». Dans un sens...) et où se développe rapidement le langage. Les chercheurs ont cependant observé que les comportements parentaux pourraient influer sur le développement d'une association entre les deux problèmes. Coups de poing et/ou de pieds fréquents, ou bien encore propension élevée à mordre ou à bousculer les autres sont des exemples des agressions physiques observées chez les tout-petits.

" Depuis les années 1940, des études ont observé une association entre les problèmes d'agression physique et les problèmes de langage chez les jeunes et les adolescents. On a également démontré, il y a une dizaine d'année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.), que les problèmes d'agression physique apparaissent à la petite enfance, au moment où se développe le langage. Nous voulions donc vérifier si cette association agression physique/langage existait dès le début de la vie (La vie est le nom donné :), soit entre 17 et 72 mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.) et, si oui, qui influençait qui", explique Lisa-Christine Girard, chercheuse postdoctorale au Groupe de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne...) sur l'inadaptation psychosociale de l'enfant (GRIP) et première auteure de l'étude.

L'équipe de chercheurs a donc utilisé une étude longitudinale auprès de 2057 enfants québécois, francophones et anglophones, recrutés dans l'Étude longitudinale du développement des enfants du Québec (ELDEQ), menée par le GRIP, en association avec le Ministère de la Santé (Le Ministère de la Santé peut faire référence :) et des Services sociaux du Québec et l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for...) de la Statistique (Une statistique est, au premier abord, un nombre calculé à propos d'un échantillon. D'une façon générale, c'est le résultat de l'application d'une méthode statistique à...) du Québec. Il a été demandé aux parents d'évaluer la fréquence (En physique, la fréquence désigne en général la mesure du nombre de fois qu'un phénomène périodique se reproduit par unité de temps....) des agressions physiques et les capacités langagières de leurs enfants à 17, 29, 41, 60 et 72 mois. Les comportements des parents - punitions, comportements affectueux - ont également été recensés.

Les résultats de ces travaux montrent une association entre agression physique et langage, entre 17 et 41 mois. En effet, les enfants qui présentaient de faibles capacités de langage à 17 mois commettaient, à 29 mois, plus d'agressions physiques, et la fréquence de ces comportements agressifs à 29 mois était associée à des capacités langagières inférieures à 41 mois. Cependant, selon les chercheurs, cette association est très faible et le fait qu'elle disparaisse dès 41 mois pourrait s'expliquer par le fait que la période 17/41 mois est marquée par un développement important des capacités de langage et par la très haute fréquence (La bande des très haute fréquence (very high frequency/VHF) est la partie du spectre radioélectrique s'étendant de 30 MHz à 300 MHz, soit de 1 à 10 m de longueur d'onde.) des agressions physiques. " En fait, c'est entre 17 et 41 mois que les humains utilisent le plus souvent l'agression physique, explique Richard E. Tremblay, professeur aux Départements de psychologie et de pédiatrie (La pédiatrie est une branche spécialisée de la médecine qui étudie le développement psycho-moteur et physiologique normal de...) de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux...) de Montréal (Montréal est à la fois région administrative et métropole du Québec[2]. Cette grande agglomération canadienne constitue un centre majeur du commerce, de l'industrie, de la culture, de la finance et des...), qui a supervisé les travaux de Lisa-Christine Girard. Par la suite, la très grande majorité des enfants ont appris à utiliser d'autres moyens que l'agression physique afin d'obtenir ce qu'ils désirent, ce qui diminue la probabilité (La probabilité (du latin probabilitas) est une évaluation du caractère probable d'un évènement. En mathématiques, l'étude des probabilités...) de voir une association entre agression et retards de langage dans un échantillon (De manière générale, un échantillon est une petite quantité d'une matière, d'information, ou d'une solution. Le mot est utilisé dans différents domaines :) représentatif de la population ".

Ces résultats sur un large échantillon représentatif de la population soutiennent donc que, chez les enfants en bas âges, les comportements agressifs ne sont pas motivés par des retards de langage, et vice-versa. " C'est ailleurs qu'il faut chercher une explication. Nous savons que des facteurs génétiques et neurologiques jouent un rôle dans le développement de ces deux types de comportement ", ajoute Richard E. Tremblay.

Les chercheurs notent également que, pendant cette période, les comportements parentaux affectueux sont associés à un faible niveau d'agression et à un haut niveau de développement du langage. Cette observation (L’observation est l’action de suivi attentif des phénomènes, sans volonté de les modifier, à l’aide de moyens d’enquête et d’étude appropriés. Le plaisir procuré explique la très...) peut indiquer que les comportements affectueux des parents peuvent faciliter l'apprentissage (L’apprentissage est l'acquisition de savoir-faire, c'est-à-dire le processus d’acquisition de pratiques, de connaissances, compétences, d'attitudes ou de valeurs culturelles, par l'observation, l'imitation, l'essai, la...) du langage et l'apprentissage d'alternatives (Alternatives (titre original : Destiny Three Times) est un roman de Fritz Leiber publié en 1945.) acceptables à l'agression physique. Cependant, il est aussi possible que ce soit le faible niveau d'agression et le bon développement du langage des enfants qui encouragent les parents à être affectueux à leur égard.

" Cette étude, qui est la première étude longitudinale à examiner les associations entre les agressions physiques et les capacités langagières tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) au long de la petite enfance, s'inscrit dans la lignée de nos travaux sur le développement des problèmes d'agression physique des enfants. Elle nous a permis de regarder ce qu'il en était de ce problème, dès son apparition, c'est-à-dire à la petite enfance, poursuit Dr Tremblay. D'autres études apparaissent désormais nécessaires afin de notamment mieux comprendre les effets des comportements parentaux et d'autres variables susceptibles de créer une association entre agression physique et développement du langage ".

À propos de cette étude :

Lisa-Christine Girard, Richard E. Tremblay, Jean-Baptiste Pingault (University College London), Bruno Falissard (INSERM, Université Paris (Paris est une ville française, capitale de la France et le chef-lieu de la région d’Île-de-France. Cette ville est construite sur une boucle de la Seine, au centre du bassin parisien, entre les confluents de la...) Sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.) et Université Paris Descartes), Michel Boivin (Université Laval et Tomsk State University) et Ginette Dionne (Université Laval), ont publié l'article " Physical Aggression and Language Ability from 17 to 72 Months: Cross-Lagged Effects in a Population Sample ", le 6 novembre 2014 dans la revue PLoS ONE (PLoS One est une revue scientifique exclusivement en ligne couvrant tous les domaines de la biologie et de la médecine sans distinction, qui a été lancée à fin 2006. Un des objectifs de PLoS One est de proposer une approche...) (publication en ligne).
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