Alimentation: maman a raison, plus que papa
Publié par Adrien le 30/08/2019 à 08:00
Source: Jean Hamann - Université Laval
Si les femmes ont plus de connaissances et de compétences en alimentation, c'est parce qu'elles s'informent plus sur le sujet et qu'elles s'occupent davantage de la préparation des repas. Les campagnes de sensibilisation à la bonne alimentation devraient interpeller davantage les hommes, croit Véronique Provencher. Les mères connaissent et appliquent mieux que les pères les principes d'une bonne alimentation

Une enquête menée auprès de 767 familles canadiennes montre que les mères sont encore majoritairement responsables des repas et qu'elles connaissent et appliquent plus rigoureusement que les pères les principes d'une bonne alimentation. C'est ce qui se dégage d'une étude publiée dans le British Food Journal par une équipe de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études...) Laval et de l'Université de Montréal (Montréal est à la fois région administrative et métropole du Québec[2]. Cette grande agglomération canadienne constitue un centre majeur du commerce, de...).

L'enquête en ligne ciblait des parents ayant au moins un enfant dont l'âge se situait entre 2 et 12 ans. Les réponses devaient être fournies par le membre du ménage responsable de la préparation de plus de la moitié des repas. "L'étude permet donc une comparaison entre les femmes et les hommes qui assument la plus grande partie de la charge (La charge utile (payload en anglais ; la charge payante) représente ce qui est effectivement transporté par un moyen de transport donné, et qui donne lieu à un paiement ou un...) des repas dans leur famille respective, précise la professeure Véronique Provencher. Il ne s'agit pas d'une comparaison des connaissances et des compétences alimentaires entre les mères et les pères en général."

Les analyses des réponses montrent que:

- dans 81% des familles, la mère est la personne responsable de la préparation de la majorité des repas

- 38% des mères utilisent parfois les recommandations du Guide alimentaire canadien contre 29% des pères

- 83% des mères lisent parfois les étiquettes des produits avant de faire un choix contre 73% des pères

- près de 90% des mères disent être bonnes ou très bonnes pour préparer des soupes, des ragoûts, des muffins ou des gâteaux à partir d'ingrédients de base contre 75% des pères

- 73% des mères ajoutent des fruits ou des légumes aux recettes de base qu'elles utilisent contre 59% des pères

- 63% des pères réduisent la teneur en sel dans les recettes contre 53% des mères

- les connaissances en nutrition (La nutrition (du latin nutrire : nourrir) désigne les processus par lesquels un être vivant transforme des aliments pour assurer son fonctionnement. La nutrition est...) et la capacité de concevoir et d'adapter des recettes sont liées à des indices plus élevés de la qualité de l'alimentation

À première vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et l'interprétation des rayonnements lumineux.), on pourrait se réjouir du fait que, dans la majorité des ménages, l'alimentation est sous la responsabilité de la personne du couple ayant le plus de connaissances et de compétences en la matière (La matière est la substance qui compose tout corps ayant une réalité tangible. Ses trois états les plus communs sont l'état solide, l'état liquide, l'état gazeux. La matière occupe...). Toutefois, comme l'information sur la bonne alimentation ne manque pas, ces écarts homme-femme parmi les parents responsables des repas ont de quoi étonner. "Le partage des tâches dans le couple a évolué au cours des dernières décennies, mais on constate qu'il existe encore une hyper-responsabilisation des femmes pour tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) ce qui touche l'alimentation et la santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.) dans le ménage, souligne la professeure Provencher. Les connaissances et les compétences en alimentation ne sont pas innées chez les femmes. Si elles sont meilleures dans ces domaines, c'est parce qu'elles s'informent plus sur le sujet et qu'elles s'occupent davantage de la préparation des repas."

La chercheuse constate que même les campagnes de sensibilisation à la bonne alimentation perpétuent ces stéréotypes. "Implicitement, les messages de ces campagnes s'adressent le plus souvent aux femmes. Par exemple, ce sont presque toujours des images de femmes qui servent (Servent est la contraction du mot serveur et client.) à illustrer la préparation des repas. Lorsque l'on voit des hommes, ils sont souvent près d'un barbecue. Le nouveau Guide alimentaire canadien suggère de cuisiner davantage plutôt que d'acheter des plats préparés. Si l'on ne veut pas que ce genre de recommandation (Les industries ne fonctionnent pas correctement sans normes garantissant l'interopérabilité, des organismes crées pour, promulguent des recommandations, qui si elles sont suivies deviennent des normes ou des...) ajoute à la charge mentale déjà élevée des femmes, il faut trouver des façons d'interpeler davantage les hommes."

La professeure Provencher constate qu'il y a encore des tâches associées à chaque genre. "On ne dira jamais à un homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement « Homme ». Par...): “tu es chanceux toi parce que ta conjointe t'aide à préparer les repas”. Pourtant, on le souligne lorsque c'est l'homme qui aide sa conjointe." Ce clivage (Le clivage est l'aptitude de certains minéraux à se fracturer selon des surfaces planes dans des directions privilégiées lorsqu'ils sont soumis à un effort...) se perpétue lorsque la division (La division est une loi de composition qui à deux nombres associe le produit du premier par l'inverse du second. Si un nombre est non nul, la fonction "division par ce nombre" est...) se fait sur la base des intérêts de chacun. Le contexte (Le contexte d'un évènement inclut les circonstances et conditions qui l'entourent; le contexte d'un mot, d'une phrase ou d'un texte inclut les mots qui l'entourent. Le concept de contexte issu traditionnellement de l'analyse...) familial joue (La joue est la partie du visage qui recouvre la cavité buccale, fermée par les mâchoires. On appelle aussi joue le muscle qui sert principalement à ouvrir et fermer la...) également. "Les femmes sont encore plus nombreuses que les hommes à se prévaloir du congé parental. Pendant cette période, elles prennent souvent la charge des repas sur leurs épaules et elles continuent de le faire après leur retour au travail. Je ne crois pas que les rôles soient forcément cristallisés dans les ménages après la naissance des enfants. Il faut toutefois trouver des façons d'adapter les messages des campagnes de sensibilisation pour que les hommes se sentent eux aussi interpelés par la bonne alimentation."

L'étude publiée dans le British Food Journal est signée par Mélissa Anne Fernandez, Sophie Desroches, Mylène Turcotte, Véronique Provencher, de l'École de nutrition et de l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter...) sur la nutrition et les aliments fonctionnels, Alexandre Lebel, de l'École supérieure d'aménagement du territoire (La notion de territoire a pris une importance croissante en géographie et notamment en géographie humaine et politique, même si ce concept est utilisé par d'autres sciences humaines....) et du développement régional et du Centre de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche...) de l'Institut universitaire en cardiologie (La cardiologie est la spécialité médicale qui étudie le cœur et ses maladies. Le médecin qui s’en occupe s’appelle le cardiologue. Par extension, il s’intéresse également...) et en pneumologie (En médecine, la pneumologie est la branche qui s'occupe de maladies des poumons et du tractus respiratoire. Elle est, en général, considérée comme une branche de la médecine interne, bien qu'elle soit...) de Québec, et Marie Marquis, de l'Université de Montréal.

Si les femmes ont plus de connaissances et de compétences en alimentation, c'est parce qu'elles s'informent plus sur le sujet et qu'elles s'occupent davantage de la préparation des repas. Les campagnes de sensibilisation à la bonne alimentation devraient interpeler davantage les hommes, croit Véronique Provencher.
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