Un rocher de la taille d'un immeuble fonçant vers la Terre: voilà un scénario qui fait réfléchir. Par le passé, des collisions ou explosions d'astéroïdes ont déjà eu lieu, comme l'événement de Tcheliabinsk en 2013, qui a causé de nombreux blessés et dégâts matériels. Que faire si un
astéroïde de plus de 100 mètres de
diamètre se trouvait sur une
trajectoire de
collision ? Les méthodes classiques, comme l'impact
cinétique ou les remorqueurs gravitationnels, pourraient ne pas suffire pour le dévier à temps.
C'est là qu'intervient une nouvelle étude chinoise, publiée dans la revue
Space: Science and Technology. Les chercheurs ont modélisé deux stratégies pour dévier ou détruire ces gros astéroïdes. La première consiste à faire exploser une charge
nucléaire en surface, creusant un
cratère peu profond. La seconde, plus ambitieuse, utilise un projectile pour créer un trou profond avant d'y faire détoner l'arme atomique, réalisant ainsi une
explosion interne.
Pour tester ces idées, les scientifiques ont créé une base de données d'astéroïdes virtuels et simulé différents délais d'alerte, allant d'un an à vingt ans. Les résultats montrent que la méthode du cratère profond est nettement plus efficace. Grâce à un meilleur couplage énergétique, elle pourrait pulvériser des roches de 100 mètres et dévier efficacement celles d'un kilomètre en deux mois environ, en leur donnant une impulsion.
Faire exploser une charge nucléaire à l'intérieur d'un astéroïde permet de transférer une grande partie de l'énergie de l'explosion à la roche, un phénomène appelé couplage énergétique. Plus l'explosion est proche du centre, plus ce couplage est efficace. La méthode "pré-excavation" consiste d'abord à créer un puits avec un projectile, puis à y placer l'arme atomique. Cette technique maximise l'onde de choc interne, pulvérisant ou déviant l'astéroïde avec une force bien supérieure à une explosion en surface.
La mission DART de la NASA en 2022 a déjà montré qu'un impact cinétique peut modifier l'orbite d'un petit corps, mais face à un astéroïde massif et menaçant, l'énergie transférée est insuffisante. L'équipe chinoise insiste sur le fait que seule une détonation nucléaire profonde peut fournir la puissance nécessaire dans un court laps de temps. Toutefois, la composition de l'astéroïde – tas de gravats ou roche solide – reste un
paramètre déterminant.
Le transport d'ogives nucléaires dans l'espace pose des questions de sécurité et de régulation. De plus, les fragments générés par l'explosion pourraient eux-mêmes menacer la Terre. Les chercheurs ne les ont pas détaillés, mais ils recommandent d'utiliser la méthode de surface uniquement en cas d'urgence extrême, avec un temps de préparation très court. Dans tous les autres cas, la détonation en profondeur est préférable. Elle nécessite une plus longue préparation, mais maximise le taux de réussite.
En attendant qu'une telle mission soit réalisable, la surveillance du ciel continue. Des astéroïdes comme Apophis, autrefois jugés dangereux, ont été écartés. Mais la science progresse: cette étude ouvre la voie à des scénarios de défense planétaire plus crédibles, en combinant forage et explosion nucléaire pour protéger notre planète des impacts majeurs.