Les changements climatiques ont eu une incidence sur la population maya, révèlent des échantillons fécaux

Publié par Redbran le 30/07/2021 à 13:00
Source: Université McGill
La taille de la population maya qui habitait Itzan, cité des basses terres (située dans le Guatemala actuel), a varié au fil du temps en raison des changements climatiques. En effet, une étude dirigée par une équipe de l'Université McGill et publiée récemment dans Quaternary Science Reviews a mis en lumière (La lumière est l'ensemble des ondes électromagnétiques visibles par l'œil...) des déclins marqués de la population tant pendant les sécheresses que lors des périodes de grande humidité (L'humidité est la présence d'eau ou de vapeur d'eau dans l'air ou dans une substance...).


Coucher de soleil vu de la plateforme de carottage déployée sur le Laguna Itzan. Les fèces présentes dans les sédiments lacustres montrent que les Mayas ont occupé la région plus longtemps qu'on le croyait. Photo: Andy Breckenridge

Les chercheurs ont fait ce constat grâce à une technique relativement nouvelle reposant sur l'examen des stanols (molécules organiques présentes dans les matières fécales de l'humain et de l'animal) provenant du fond d'un lac (En limnologie, un lac est une grande étendue d'eau située dans un continent où il...) avoisinant. En se fondant sur la quantité (La quantité est un terme générique de la métrologie (compte, montant) ; un scalaire,...) de stanols, ils ont évalué les variations de la taille de la population et rapproché ces résultats de données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent...) sur la variabilité du climat (Le climat correspond à la distribution statistique des conditions atmosphériques dans une...) et la modification de la flore (La flore est l'ensemble des espèces végétales présentes dans un espace...) tirées d'autres sources biologiques et archéologiques.

Les chercheurs ont ainsi pu décrire les grands changements survenus dans la population maya de la région au cours d'une période ayant débuté 3 300 ans avant le présent. Ils ont également mis au jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la...) des changements dans les modes d'occupation du territoire (La notion de territoire a pris une importance croissante en géographie et notamment en...) intervenus au fil de centaines d'années à la faveur des nouvelles utilisations des sols et de l'évolution des pratiques agricoles.

Ils ont découvert que le peuplement de la région était survenu plus tôt que ce que laissaient croire les éléments archéologiques.

Des éléments étonnants sur la présence humaine dans les basses terres mayas Le stanol fécal donne à penser que l'être humain était présent sur l'escarpement d'Itzan environ 650 ans avant l'époque pour laquelle on possède une preuve archéologique de cette présence. Il révèle également que même s'ils y étaient moins nombreux, Ies Mayas ont continué d'occuper le territoire après le soi-disant "effondrement" de cette civilisation, survenu entre 800 et 1000 apr. J.‑C.; or, on croyait auparavant que les sécheresses ou les guerres avaient chassé de la région la totalité de la population. Par ailleurs - et c'est là un élément nouveau -, il existe des preuves d'un important pic de population coïncidant, en gros, avec un afflux historique de réfugiés fuyant l'attaque espagnole lancée en 1697 de notre ère contre le dernier bastion (Le bastion est un des éléments des fortifications classiques, il remplace dans celles-ci, la tour...) maya des basses terres du sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.) (Nojpeten; aujourd'hui Flores, au Guatemala).

Pour évaluer la taille des populations anciennes présentes dans les basses terres mayas, on procède généralement par étude de terrain et excavation. Ainsi, l'archéologue souhaitant reconstituer la dynamique (Le mot dynamique est souvent employé désigner ou qualifier ce qui est relatif au mouvement. Il...) populationnelle situe, cartographie (La cartographie désigne la réalisation et l'étude des cartes géographiques. Le...) et dénombre les structures résidentielles, puis excave l'emplacement pour déterminer les dates d'occupation. Il compare les tendances populationnelles du site à celles de la région. Puis, en ayant recours à des techniques comme l'analyse du pollen (Le pollen (du grec palè : farine ou poussière) constitue, chez les...) ainsi qu'à des indicateurs de l'érosion du sol dans les lacs, il reconstitue les changements écologiques survenus à l'époque étudiée.


Benjamin Keenan, chercheur principal, prélève une carotte (La carotte (Daucus carota) est une plante bisannuelle de la famille des apiacées (anciennement...) sédimentaire dans le lac Izabal, le plus grand du Guatemala. Photo: Elisandra Hernández
"Notre étude procure aux archéologues un nouvel outil (Un outil est un objet finalisé utilisé par un être vivant dans le but d'augmenter son...) pour mettre au jour des changements susceptibles de leur échapper en raison de l'absence de preuves archéologiques, ou encore de la perte ou de la destruction de ces éléments", affirme Benjamin Keenan, candidat au doctorat (Le doctorat (du latin doctorem, de doctum, supin de docere, enseigner) est généralement...) au Département des sciences de la Terre (La Terre est la troisième planète du Système solaire par ordre de distance...) et des planètes de l'Université McGill (L’Université McGill, située à Montréal au Québec, est une des...) et auteur principal de l'article. "Les conditions de forêt (Une forêt ou un massif forestier est une étendue boisée, relativement dense,...) tropicale qui règnent dans les basses terres mayas ne sont pas idéales pour la préservation des constructions et autres vestiges de la vie (La vie est le nom donné :) humaine."

Les sécheresses et les périodes humides ont influé sur la taille de la population maya Le stanol fécal trouvé dans les sédiments du lac Laguna Itzan confirme que trois sécheresses ont provoqué le déclin de la population maya dans la région, soit celle de 90-280 apr. J.‑C., celle de 730-900 apr. J.‑C. et une dernière, nettement moins étudiée, soit celle de 1350‑950 av. J.‑C. Les chercheurs ont également observé un autre déclin populationnel, survenu celui-là pendant une période de grande humidité, soit entre 400 et 210 av. J.‑C., et qui a peu retenu l'attention jusqu'à maintenant. Ces déclins intervenus tant en période sèche qu'en période humide témoignent des effets du climat sur la population aux deux extrêmes climatiques, et non seulement lors des sécheresses.

"Il faut que la société sache que des civilisations antérieures ont subi les contrecoups des changements climatiques et se sont adaptées", fait valoir Peter Douglas, professeur adjoint au Département des sciences de la Terre et des planètes et auteur en chef de l'article. "En faisant un lien entre les changements climatiques et populationnels, on voit clairement que les précipitations ont influé sur la capacité de ces cités anciennes de subvenir aux besoins de leur population."

Enfin, l'étude semble indiquer que le peuple (Le terme peuple adopte des sens différents selon le point de vue où l'on se place.) maya aurait pallié des problèmes environnementaux, tels que la dégradation des sols et la perte d'éléments nutritifs, en ayant recours à certaines techniques, par exemple l'épandage des matières de vidange comme fertilisants. Les chercheurs évoquent cette possibilité en raison de la quantité relativement faible de stanols fécaux présents dans les sédiments lacustres à l'époque où, selon les éléments archéologiques, la population humaine était la plus forte. Leur raisonnement est le suivant: si les matières de vidange étaient utilisées comme fertilisants, il est logique (La logique (du grec logikê, dérivé de logos (λόγος),...) que les stanols ne se soient pas retrouvés dans le lac.


Ce diagramme illustre le transport (Le transport est le fait de porter quelque chose, ou quelqu'un, d'un lieu à un autre, le plus...) du stanol fécal de l'intestin (L'intestin est la partie du système digestif qui s'étend de la sortie de l'estomac à...) humain vers les sédiments lacustres, puis son extraction par prélèvement de carottes sédimentaires.

L'étude:

L'article "Molecular evidence for human population change associated with climate events in the Maya lowlands", par Benjamin Keenan et coll., a été publié dans Quaternary Science Reviews. L'étude a été financée par la Bourse de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue...) Eric-Mountjoy, des fonds de démarrage de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la...) McGill et une subvention (Une subvention est une aide financière, c’est-à-dire une somme d’argent, qui est...) Découverte du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG).
DOI: https://doi.org/10.1016/j.quascirev.2021.106904

L'Université McGill Fondée en 1821, l'Université McGill accueille des étudiants, des professeurs et des employés d'exception de partout au Canada et du monde (Le mot monde peut désigner :) entier. Année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié...) après année, elle se classe parmi les meilleures universités du Canada et du monde. Établissement d'enseignement (L'enseignement (du latin "insignis", remarquable, marqué d'un signe, distingué) est une...) supérieur de renommée mondiale, l'Université McGill exerce ses activités de recherche dans deux campus (Un campus (du mot latin désignant un champ) désigne l'espace rassemblant les...), 11 facultés et 13 écoles professionnelles; elle compte 300 programmes d'études et au-delà de 40 000 étudiants, dont plus de 10 200 aux cycles supérieurs.

Son adhésion (En physique, l'adhésion est l'ensemble des phénomènes physico-chimiques qui se...) au développement durable (Le développement durable (traduction de Sustainable development) est une nouvelle conception...) ne date pas d'hier: il remonte à des dizaines d'années et se déploie à l'échelle tant locale que planétaire (Un planétaire désigne un ensemble mécanique mobile, figurant le système solaire...). Comme en témoignent les énoncés de durabilité qu'elle a signés, l'Université souhaite contribuer à façonner un avenir où l'être humain pourra s'épanouir dans le respect de la planète (Une planète est un corps céleste orbitant autour du Soleil ou d'une autre étoile de...).
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