Combien coûtent les espèces envahissantes à l'humanité ?

Publié par Adrien le 03/04/2021 à 09:00
Source: CNRS
Des scientifiques du CNRS, de l'IRD et du Museum national d'Histoire naturelle viennent de livrer l'estimation la plus complète des coûts engendrés par les espèces envahissantes: près de 1 300 milliards de dollars en l'espace de 40 ans. Ces résultats, publiés dans Nature le 31 mars 2021, ont été obtenus grâce à la base de données (En informatique, une base de données (Abr. : « BD » ou...) InvaCost qui est financée par la Fondation BNP Paribas et par la chaire AXA Biologie (La biologie, appelée couramment la « bio », est la science du vivant....) des invasions portée par la Fondation Paris-Saclay Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la...). L'augmentation annuelle de ces coûts, encore sous-estimés, ne montre aucun signe de ralentissement (Le signal de ralentissement (de type SNCF) annonce une aiguille (ou plusieurs) en position déviée...).


Le longicorne asiatique envahissant, Anoplophora glabripennis, a des répercussions sur de nombreuses espèces d'arbres et a un impact économique élevé sur la foresterie dans son aire de répartition envahissante, en Amérique du Nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.) et plus récemment en Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un...).
© Marion Javal

Une espèce (Dans les sciences du vivant, l’espèce (du latin species, « type »...) exotique envahissante est une espèce introduite par l'humain dans un nouveau milieu, volontairement ou non, qui devient nuisible et menace son nouvel habitat. En plus des impacts écologiques comme la perte de biodiversité (La biodiversité est la diversité naturelle des organismes vivants. Elle s'apprécie...), elle peut engendrer d'importantes pertes économiques dans certains domaines d'activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) tels que l'agriculture et le tourisme (Le tourisme est le fait de quitter son domicile, pour des raisons personnelles, pour une durée...) mais aussi en termes de santé publique (La santé publique peut être définie de diverses manières. On peut en effet la...). Bien qu'il s'agisse de la seconde ( Seconde est le féminin de l'adjectif second, qui vient immédiatement après le premier ou qui...) cause d'extinction (D'une manière générale, le mot extinction désigne une action consistant à éteindre quelque...) d'espèces, les invasions biologiques restent encore très méconnues du grand public et des décideurs.

Après cinq ans de travaux, l'équipe de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue...) internationale dirigée par des scientifiques du laboratoire Écologie, systématique (En sciences de la vie et en histoire naturelle, la systématique est la science qui a pour...) et évolution (CNRS/Université Paris-Saclay/AgroParisTech) a estimé que les espèces envahissantes ont coûté au moins 1 288 milliards de dollars US entre 1970 et 2017. Soit un coût annuel moyen de 26,8 milliards de dollars, qui a cependant triplé chaque décennie (Une décennie est égale à dix ans. Le terme dérive des mots latins de decem « dix »...), jusqu'à atteindre 162,7 milliards de dollars pour la seule année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié...) 2017. Cette somme est 20 fois supérieure aux budgets combinés de l'OMS et du Secrétariat de l'ONU la même année.

Ces coûts demeurent massivement sous-estimés et sous-reportés. Leur augmentation au cours des dernières décennies ne montre aucun signe de ralentissement car le nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre...) d'espèces envahissantes tend à croître avec la multiplication (La multiplication est l'une des quatre opérations de l'arithmétique élémentaire...) des échanges à l'échelle globale. Les scientifiques notent par ailleurs que les montants liés à la prévention (La prévention est une attitude et/ou l'ensemble de mesures à prendre pour éviter...), la surveillance et la lutte contre la propagation de ces espèces restent marginaux en comparaison des coûts des dégâts engendrés. Ainsi, des organismes aussi divers que le moustique tigre (Le tigre (Panthera tigris) est un mammifère carnivore de la famille des félidés...), la fourmi de feu (Le feu est la production d'une flamme par une réaction chimique exothermique d'oxydation...), la jussie rampante, la moule zébrée ou encore le rat (Le mot « rat » désigne en français, dans le langage vernaculaire...) noir cumulent chacun des dizaines de milliards de dollars dus aux ravages engendrés dans les pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue...) qu'ils envahissent.

Ce travail constitue la première synthèse de tous les coûts reportés pour les invasions biologiques, dans le monde (Le mot monde peut désigner :) entier, toutes espèces confondues. Elle se fonde sur l'analyse conservative de 850 études, soit 2 419 données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent...) disparates que les chercheurs et chercheuses ont standardisées pour pouvoir les comparer et les classer selon une quarantaine (La quarantaine (venant de l'italien : quaranta giorni, qui signifie 40 jours, ou bien du...) de variables (espèces, régions, type de milieu, secteur économique...), au sein de la base de données InvaCost dont l'évolution en cours permettra d'obtenir une image en temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le...) réel de la portée de ces coûts associés aux invasions biologiques.

Ces travaux ont été rendus possibles grâce au financement de la base de données InvaCost par la Fondation BNP Paribas et le Fonds AXA pour la Recherche dans le cadre de la chaire de Biologie des invasions portée par la Fondation Paris-Saclay Université. Les résultats appellent la mise en oeuvre de mesures de gestion et d'accords politiques internationaux visant à réduire la dissémination incontrôlée des espèces envahissantes au cours des prochaines décennies.

Bibliographie
High and rising economic costs of biological invasions worldwide.
Christophe Diagne, Boris Leroy, Anne-Charlotte Vaissière, Rodolphe E. Gozlan, David Roiz, Ivan Jarić, Jean-Michel Salles, Corey J. A. Bradshaw et Franck Courchamp. Nature, le 31 mars 2021. https://doi.org/10.1038/s41586-021-03405-6
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