COVID-19: des vaccins conçus à partir d'embryons avortés ?

Publié par Adrien le 16/03/2021 à 09:00
Source: ASP
Des évêques canadiens et américains en ont pris plus d'un par surprise ces derniers jours, avec des avertissements où étaient évoqués pêle-mêle avortements, embryons et vaccins contre la COVID.

Photo: torstensimon / Pixabay

L'origine de l'histoire

La Conférence des évêques catholiques du Canada et celle des États-Unis ont publié ce mois-ci de courts textes mettant en garde les catholiques face aux vaccins contre la COVID-19 des compagnies Johnson & Johnson et AstraZeneca. Ceux-ci auraient été, selon les évêques, "développés, testés et produits avec des lignées cellulaires dérivées de l'avortement (L'avortement se définit comme l'interruption avant son terme du processus de gestation,...)".

Les évêques reprochent ainsi aux deux sociétés pharmaceutiques "d'utiliser des lignées cellulaires dérivées de l'avortement dans leur développement, leur production et leurs essais cliniques". Un procédé qui soulèverait, à leurs yeux, des préoccupations éthiques pour les catholiques qui ne veulent pas soutenir l'avortement. Pour l'archidiocèse de la Nouvelle-Orléans, la vaccination (La vaccination est un procédé consistant à introduire un agent extérieur (le...) est même "moralement compromise".

Les faits

Le problème est que ces allégations créent de la confusion. Il n'y a aucune cellule foetale dans les vaccins, contrairement à ce que certains ont pu comprendre de la sortie des évêques.

Comme le rappelait l'an dernier la revue Science, les développeurs de vaccins utilisent en général une des deux lignées cellulaires foetales humaines: HEK-293, une lignée cellulaire rénale largement utilisée dans la recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue...) et l'industrie qui provient, à l'origine, d'un foetus avorté vers 1972; et PER.C6, une lignée cellulaire exclusive appartenant à Janssen, une filiale de Johnson & Johnson, qui a été développée (En géométrie, la développée d'une courbe plane est le lieu de ses centres de...) à partir de cellules rétiniennes d'un foetus de 18 semaines avorté en 1985.

Les deux lignées cellulaires ont été développées dans le laboratoire du biologiste (Sur les autres projets Wikimédia :) moléculaire Alex van der Eb, à l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la...) de Leiden, aux Pays-Bas.

La technique utilisée par Johnson & Johnson et par AstraZeneca est donc bien plus ancienne que la COVID. Elle avait été utilisée, par ces laboratoires et par tous les autres laboratoires de la planète (Une planète est un corps céleste orbitant autour du Soleil ou d'une autre étoile de...), pour mettre au point (Graphie), entre autres, les vaccins contre la varicelle (La varicelle est une maladie infantile éruptive fréquente, caractérisée par sa...), l'hépatite (L’hépatite (du grec hépar: foie) désigne toute inflammation aiguë ou...) et le zona (Le zona est une dermatose virale fréquente, due au virus de l'herpès zoster, le même...), ainsi que des médicaments contre, par exemple, la polyarthrite rhumatoïde (La polyarthrite rhumatoïde (PR) est la cause la plus fréquente des polyarthrites...) et la fibrose kystique.

La technique consiste à prélever un échantillon (De manière générale, un échantillon est une petite quantité d'une matière, d'information, ou...) de quelques cellules qui sont les "descendantes" de ces cellules foetales, et de les cultiver en laboratoire pour les multiplier.

Pourquoi des cellules humaines ? Parce qu'elles sont utilisées comme des "usines" pour générer de grandes quantités d'adénovirus: une très vaste famille de ces virus (Un virus est une entité biologique qui nécessite une cellule hôte, dont il utilise...) qui infectent l'humain et certains animaux - le rhume (La rhinopharyngite ou nasopharyngite, communément nommée rhume banal (prononcé ),...) en fait partie. L'adénovirus se développe et se multiplie jusqu'à ce que les cellules embryonnaires se désagrègent. Les scientifiques éliminent ensuite ce qui reste du matériel cellulaire pour ne conserver que les adénovirus qui serviront au vaccin.

Rappelons qu'il s'agit là de la base du procédé de fabrication d'un vaccin: un virus, d'abord rendu (Le rendu est un processus informatique calculant l'image 2D (équivalent d'une photographie)...) inoffensif (les adénovirus sont modifiés génétiquement pour être incapables de se répliquer chez leurs futurs (Futurs est une collection de science-fiction des Éditions de l'Aurore.) hôtes). Ce virus est ensuite injecté afin d'apporter aux cellules des personnes vaccinées les instructions génétiques dont leur système immunitaire (Le système immunitaire d'un organisme est un ensemble coordonné d'éléments de...) aura besoin (Les besoins se situent au niveau de l'interaction entre l'individu et l'environnement. Il est...) pour réagir, le jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la...) où il sera confronté au véritable virus. Or, ce virus, pour être "fabriqué", a besoin de cellules humaines en laboratoire, puisqu'un virus ne peut pas croître tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou...) seul.

Même le Vatican approuve

En décembre dernier, le Vatican a assuré dans une déclaration d'une page que, même si les vaccins ont été développés avec l'utilisation de cellules dérivées de foetus avortés il y a des décennies, il est "moralement acceptable" pour les catholiques de recevoir un de ces vaccins. Une position qu'il avait déjà publiée en 2005 et en 2017. La déclaration précise qu'en l'absence d'autres options, le rôle des vaccinés dans un avortement qui "a eu lieu au siècle (Un siècle est maintenant une période de cent années. Le mot vient du latin saeculum, i, qui...) dernier" est "lointain" et que, face au "grave danger" posé par la COVID-19, les catholiques ont le devoir moral de protéger leur santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste...).

Même ainsi, la Congrégation pour la doctrine de la foi du Vatican, le bureau chargé de défendre la doctrine catholique, souligne que "l'utilisation de tels vaccins n'implique et ne devrait en aucun cas impliquer qu'il existe une approbation morale de l'utilisation de lignées cellulaires provenant de foetus avortés."

La déclaration évoque également un "impératif moral" pour l'industrie pharmaceutique (L'industrie pharmaceutique est le secteur économique qui regroupe les activités de...), les gouvernements et les organisations internationales, de s'assurer que des vaccins soient "éthiquement acceptables" et accessibles aux pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue...) les plus pauvres, et ce, à faible coût.

Verdict

Des cellules ont bien été prélevées sur deux foetus avortés dans les années 1970 et 1980, mais aujourd'hui, ce sont les lointaines descendantes de ces cellules, cultivées en laboratoire, qui sont utilisées -et qui l'ont été pour le développement de très nombreux vaccins et médicaments dans les quatre dernières décennies.
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