Découverte du plus ancien dessin au crayon
Publié par Adrien le 14/09/2018 à 00:00
Source: CNRS
Le plus ancien exemple de dessin abstrait, exécuté à l'ocre, a été découvert sur un fragment de roche siliceuse dans des couches archéologiques datées de 73 000 ans avant le présent, dans la grotte de Blombos en Afrique du Sud. Ce fragment porte sur une de ses faces un croisillon (Le terme croisillon renvoie à plusieurs significations :) formé par neuf traits, qui ont été volontairement tracés avec un crayon d'ocre pourvu d'une fine pointe. Ce tracé précède d'au moins 30 000 ans les plus anciens dessins abstraits et figuratifs connus jusqu'à présent et réalisés avec la même technique. Cette découverte est publiée le 12 septembre 2018 dans la revue Nature par une équipe internationale impliquant des chercheurs du laboratoire Pacea (CNRS/Université de Bordeaux/Ministère de la Culture) et du laboratoire Traces (TRACES (TRAde Control and Expert System) est un réseau vétérinaire sanitaire de certification et de notification basé sur internet sous la...) (CNRS/Université Toulouse - Jean Jaurès/Ministère de la Culture).


Fragment de silcrète portant sur l'une de ses faces un dessin composé de neuf lignes tracées au crayon d'ocre.
© D'Errico/Henshilwood/Nature

Qu'est-ce qu'un symbole ? Voici une question difficile quand il s'agit d'analyser les premiers "graphismes". Ce que nous percevons aujourd'hui comme de véritables représentations peut en réalité avoir été produit sans but précis, comme de simples "gribouillages". Pendant longtemps, les archéologues étaient convaincus que les premiers symboles étaient apparus lorsqu'Homo sapiens colonisa les territoires européens, il y a environ 40 000 ans. De récentes découvertes archéologiques en Afrique (D’une superficie de 30 221 532 km2 en incluant les îles, l’Afrique est un continent couvrant 6 % de la surface...), en Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un continent à part entière, mais aussi comme l’extrémité occidentale du continent...) et en Asie (L'Asie est un des cinq continents ou une partie des supercontinents Eurasie ou Afro-Eurasie de la Terre. Il est le plus grand continent (8,6 % de la...) montreraient cependant une émergence beaucoup plus précoce de la production et de l'utilisation de symboles, comme par exemple la plus ancienne gravure connue, un zig-zag incisé sur une moule d'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.) douce retrouvée à Trinil (Java) dans des couches archéologiques datant de 540 000 ans (1) ou la découverte d'objets de parure dans plusieurs sites archéologiques africains datés entre 120 000 et 70 000 ans avant le présent (2).

Dans ce nouvel article, les chercheurs décrivent le plus ancien exemple connu de dessin abstrait réalisé avec un crayon d'ocre. Ce dessin a été identifié sur la surface (Une surface désigne généralement la couche superficielle d'un objet. Le terme a plusieurs acceptions, parfois objet...) d'un petit morceau de roche (La roche, du latin populaire rocca, désigne tout matériau constitutif de l'écorce terrestre. Tout matériau entrant dans la composition du sous-sol est...) siliceuse, appelée silcrète, lors de l'analyse d'outils en pierre recueillis lors de la fouille de la grotte de Blombos (Afrique du Sud) (3). L'objet (De manière générale, le mot objet (du latin objectum, 1361) désigne une entité définie dans un espace à trois dimensions, qui a une fonction précise, et qui peut être désigné par une étiquette verbale. Il est défini par...) en question provient d'une couche archéologique datant d'il y a 73 000 ans et il porte sur l'une de ses faces un motif composé de neuf fines lignes entrecroisées.


Morceau d'ocre gravé d'un motif abstrait découvert dans la grotte de Blombos, dans la même couche archéologique qui a livré le fragment de silcrète portant le dessin.
© D'Errico/Henshilwood/Nature

S'assurer que ces lignes ont été volontairement tracées par des humains a représenté un défi méthodologique de taille pour les chercheurs, notamment pour l'équipe française, spécialiste de la question et de l'analyse chimique des pigments. Pour cela, ils ont d'abord reproduit expérimentalement les traits avec plusieurs techniques: avec des morceaux d'ocre pourvus d'une pointe ou présentant un tranchant, mais aussi avec des pinceaux marquant la surface avec un mélange (Un mélange est une association de deux ou plusieurs substances solides, liquides ou gazeuses qui n'interagissent pas chimiquement. Le résultat de...) d'eau et de poudre (La poudre est un état fractionné de la matière. Il s'agit d'un solide présent sous forme de petits morceaux, en général de taille inférieure au dixième de...) d'ocre, technique testée à plusieurs dilutions différentes. Ils ont ensuite comparé leurs productions au dessin original grâce à des techniques d'analyse microscopique, chimique et tribologique (4). Leurs résultats indiquent que les lignes ont été délibérément tracées avec un crayon d'ocre pointu (Le pointu est une famille de barques de pêche traditionnelles de Méditerranée.), sur une surface préalablement lissée par frottement (Les frottements sont des interactions qui s'opposent à la persistance d'un mouvement relatif entre deux systèmes en contact.), ce qui fait de ce motif le dessin le plus ancien découvert, précédant d'au moins 30 000 ans les plus vieux exemples connus jusqu'alors.

La couche archéologique dans laquelle ce fragment de silcrète a été découvert avait déjà livré de nombreux autres objets à vocation symbolique, notamment des morceaux d'ocres gravés de motifs abstraits en forme de croisillons, qui ressemblent beaucoup au nouveau dessin mis au jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son début (par rapport à minuit heure locale) et sa durée...). Ces découvertes démontrent que les premiers Homo sapiens de cette région d'Afrique ont utilisé différentes techniques pour produire des signes similaires sur différents supports, un constat qui renforce l'hypothèse d'une utilisation symbolique de ces signes.

Notes:

(1) Voir cet article de Nature, dont F. D'Errico est également co-auteur: Consulter le site web (Un site Web est un ensemble de pages Web hyperliées entre elles et mises en ligne à une adresse Web. On dit aussi site Internet par métonymie, le World Wide Web reposant sur Internet.)
(2) D'Errico et al. Additional evidence on the use of personal ornaments in the Middle Paleolithic of North Africa. Proceedings of the National Academy of Sciences 106.38 (2009): 16051-16056. Consulter le site web
(3) Ce site est fouillé depuis 1991 par des équipes de l'université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux...) de Bergen (Norvège) et de l'université de Witwatersrand (Afrique du Sud).
(4) La tribologie est la science (La science (latin scientia, « connaissance ») est, d'après le dictionnaire Le Robert, « Ce que l'on sait pour...) du frottement et de l'usure.
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