Les hommes et les femmes ne gardent pas le même souvenir de la douleur
Publié par Adrien le 12/01/2019 à 08:00
Source: Université McGill
Selon de plus en plus de scientifiques, l'un des principaux déterminants de la douleur chronique - ennui de santé le plus lourd en raison tant de sa prévalence que de ses conséquences - serait le souvenir de la douleur. Or, selon une étude publiée aujourd'hui dans la revue Current Biology, le sexe (Le mot sexe désigne souvent l'appareil reproducteur, ou l’acte sexuel et la sexualité dans un sens plus global, mais se réfère aussi aux différences physiques distinguant les hommes et les femmes. (Les...) influerait sur ce souvenir chez la souris (Le terme souris est un nom vernaculaire ambigu qui peut désigner, pour les francophones, avant tout l’espèce commune Mus musculus, connue aussi comme animal de compagnie ou de laboratoire,...) comme chez l'être humain.

Dirigée par des chercheurs de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa...) McGill et de l'Université de Toronto à Mississauga, l'équipe a constaté que les hommes (et les souris mâles) gardaient un souvenir très net de la douleur (La douleur est la sensation ressentie par un organisme dont le système nerveux détecte un stimulus nociceptif. Habituellement, elle correspond à un signal...) passée. Le retour au lieu où ils l'avaient ressentie provoquait donc un stress (Le stress (« contrainte » en anglais), ou syndrome général d'adaptation, est l'ensemble des réponses d'un organisme soumis à des contraintes environnementales. Dans le langage...) et une hypersensibilité à la douleur ultérieure. Quant aux femmes (et aux souris femelles), elles ne semblaient pas stressées par leurs douleurs passées. De l'avis (Anderlik-Varga-Iskola-Sport (Anderlik-Varga-Ecole-Sport) fut utilisé pour désigner un projet hongrois de monoplace de sport derrière lequel se cachait en fait un monoplace de...) des chercheurs, la forte similitude des résultats obtenus chez la souris et l'être humain pourrait faire avancer la quête de traitements contre la douleur chronique.

Pour les chercheurs, cette découverte était totalement inattendue.

Des résultats probants chez la souris comme chez l'humain

"Au départ, nous voulions étudier l'hypersensibilité à la douleur chez la souris, mais nous avons constaté avec étonnement que le stress ressenti n'était pas le même chez les animaux mâles et femelles", explique Jeffrey Mogil, titulaire de la Chaire de recherche sur la douleur E.-P.-Taylor au Département de psychologie et au Centre Alan-Edwards de recherche sur la douleur de l'Université McGill, et auteur en chef de l'étude. "Nous avons donc décidé de réaliser la même expérience chez l'humain. Les résultats nous ont coupé (Un coupé est une voiture fermée, à deux portes (parfois trois avec hayon ou quatre comme l'ont fait certains constructeurs américains) et possédant deux, quatre ou cinq places. Il est caractérisé...) le souffle: la différence de stress entre les sujets mâles et femelles semblait exister également chez l'être humain."

"La réaction plus forte des hommes est d'autant plus étonnante que, c'est bien connu, les femmes sont plus sensibles à la douleur que les hommes, et elles sont généralement plus stressées qu'eux", fait observer Loren Martin, auteur principal de l'article et professeur adjoint de psychologie à l'Université de Toronto à Mississauga.

Le souvenir de la douleur influe-t-il sur la sensation douloureuse?

L'effectif du volet humain de l'étude comprenait 41 hommes et 38 femmes de 18 à 40 ans. Après avoir installé les sujets dans une pièce (ou, dans le cas des souris, dans un contenant de forme précise), on a provoqué une faible douleur par l'application de chaleur (Dans le langage courant, les mots chaleur et température ont souvent un sens équivalent : Quelle chaleur !) sur l'avant-bras (L'avant-bras est, chez l'homme, la partie du membre supérieur comprise entre le coude et le poignet.) ou sur la patte arrière. Les humains devaient évaluer la douleur sur une échelle de 1 à 100; chez les rongeurs, la rapidité avec laquelle les animaux s'éloignaient de la source de chaleur tenait lieu d'évaluation. Immédiatement après le déclenchement de cette faible douleur, on a fait ressentir aux sujets une douleur plus intense, suivant le principe du réflexe (Le réflexe d'une façon générale fait intervenir des propriétés intégratrices d'un centre nerveux. Il résulte d'un réflexe des activités musculaires en réponse à un...) de Pavlov. Plus précisément, on a demandé aux participants de faire des exercices avec les bras pendant 20 minutes ( Forme première d'un document : Droit : une minute est l'original d'un acte. Cartographie géologique ; la minute de terrain est la carte originale,...) en portant un brassard de tensiomètre (Un tensiomètre, ou sphygmomanomètre est un appareil de mesure médical utilisé pour mesurer la pression artérielle, inventé par le médecin italien Scipione Riva Rocci, en 1896.) gonflé à bloc, ce qui provoque une douleur insoutenable: seulement sept des 80 sujets l'ont évaluée à moins de 50 sur une échelle de 100. Aux souris, on a injecté du vinaigre (Le vinaigre est un liquide acide (pH généralement compris entre 2 et 3), obtenu grâce à l'oxydation de l'éthanol dans le vin, le cidre, la...) dilué afin de provoquer des maux d'estomac (L’estomac (en grec ancien στόμαχος) est la portion du tube digestif en forme de poche, située entre l’œsophage et le...) pendant une trentaine de minutes.

Le lendemain, les sujets humains sont retournés dans la même pièce que la veille ou sont allés dans une autre pièce, et les souris ont été replacées dans le même contenant ou dans un autre contenant. On a appliqué de nouveau de la chaleur sur les bras ou les pattes arrière. On souhaitait ainsi vérifier si la mémoire (D'une manière générale, la mémoire est le stockage de l'information. C'est aussi le souvenir d'une information.) influait sur la sensation douloureuse.

Les hommes de retour dans la même pièce (mais non les autres) ont attribué une cote plus élevée à la douleur que la cote de la veille et que celle des femmes. De même, les souris mâles replacées dans le même milieu ont réagi davantage à la douleur, mais non les femelles du même groupe ni les animaux placés dans un milieu nouveau et neutre.

"À notre avis, les souris et les hommes anticipaient la pose du brassard ou l'injection (Le mot injection peut avoir plusieurs significations :) du vinaigre, et chez les sujets mâles, ce stress d'anticipation (Au sens général du terme, une anticipation correspond à une phase où sont développées des idées qui n’apparaîtront effectives — sous la forme de techniques, de régimes politiques, etc....) a accru la sensibilité à la douleur", avance le Pr Mogil. "Nous nous attendions à ce que la sensation douloureuse soit plus intense le deuxième jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les...), mais non à ce qu'elle le soit chez les mâles seulement. C'était complètement (Le complètement ou complètement automatique, ou encore par anglicisme complétion ou autocomplétion, est une fonctionnalité informatique permettant à l'utilisateur de limiter la quantité d'informations qu'il...) inattendu."

Le soulagement par l'oubli

Afin de confirmer que le souvenir de la douleur était bel (Nommé en l’honneur de l'inventeur Alexandre Graham Bell, le bel est unité de mesure logarithmique du rapport entre deux puissances, connue pour exprimer la puissance du son....) et bien responsable de la sensation douloureuse accrue, les chercheurs ont injecté dans le cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de nombreuses fonctions du corps, dont la motricité volontaire, et constitue le...) des souris mâles un médicament (Un médicament est une substance ou une composition présentée comme possédant des propriétés curatives, préventives ou administrée en vue d'établir un diagnostic. Un médicament est le plus...) appelé "ZIP", qui a pour effet de bloquer la mémoire. Ils ont ensuite refait l'expérience: rien dans le comportement des animaux ne laissait entrevoir quelque souvenir douloureux que ce soit.

"Ces observations (L’observation est l’action de suivi attentif des phénomènes, sans volonté de les modifier, à l’aide de moyens d’enquête et d’étude appropriés....) sont fort intéressantes, parce que de plus en plus de données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) semblent indiquer que la mémoire est une composante essentielle de la douleur chronique, et c'est la première fois qu'une démarche translationnelle - entreprise chez des rongeurs et des êtres humains - montre l'effet du souvenir de la douleur", souligne le Pr Martin, titulaire de la Chaire de recherche du Canada de niveau II en recherche translationnelle sur la douleur. "Si le souvenir douloureux alimente la douleur chronique et si nous comprenons comment cette dernière s'imprime dans la mémoire, peut-être pourrons-nous soulager certains patients en agissant directement sur les mécanismes de la mémoire."

Jeffrey Mogil est lui aussi optimiste. "Cette étude nous autorise à penser que le souvenir de la douleur peut influer sur les sensations douloureuses. L'exploration (L'exploration est le fait de chercher avec l'intention de découvrir quelque chose d'inconnu.) de ce phénomène très bien étayé pourrait - et je pèse mes mots - nous donner des indications utiles pour traiter la douleur chronique. Je ne dis pas cela tous les jours ! Chose certaine, après avoir réalisé cette étude, je ne suis pas très fier d'appartenir à la gent masculine."

L'article "Male-Specific Conditioned Pain Hypersensitivity in Mice and Humans" a été publié dans la revue Current Biology:https://www.cell.com/current-biology/fulltext/S0960-9822(18)31496-9.

Cette étude a été financée par les Instituts de recherche en santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.) du Canada, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, la bourse de recherche sur la douleur Société canadienne de la douleur-Pfizer pour jeunes chercheurs, la Fondation Louise et Alan Edwards, la Fondation Brain Canada et le Programme des chaires de recherche du Canada.
Page générée en 0.980 seconde(s) - site hébergé chez Amen
Ce site fait l'objet d'une déclaration à la CNIL sous le numéro de dossier 1037632
Ce site est édité par Techno-Science.net - A propos - Informations légales
Partenaire: HD-Numérique