L'inactivité physique menace déjà les préadolescents
Publié par Adrien le 05/06/2019 à 08:00
Source: Université de Genève
Des chercheurs de l'UNIGE démontrent que dès l'âge de neuf ans, les enfants perdent leur motivation à pratiquer des activités physiques lors des cours d'éducation physique à l'école.

En vingt ans, les capacités cardio-respiratoires des enfants ont diminué de 25%, selon une étude de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux États-Unis, au...) d'Adelaïde en Australie (L’Australie (officiellement Commonwealth d’Australie) est un pays de l’hémisphère Sud dont la superficie couvre la plus grande partie de...). En cause: l'environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux écologiques actuels, le terme environnement tend actuellement à prendre...) social, la perte d'espaces de jeux, une approche plus académique de l'enseignement (L'enseignement (du latin "insignis", remarquable, marqué d'un signe, distingué) est une pratique d'éducation visant à développer les...) de l'éducation physique (La physique (du grec φυσις, la nature) est étymologiquement la « science de la nature ». Dans un sens général et ancien, la physique désigne la connaissance de la...) ou encore le développement des technologies. Mais à partir de quel âge les enfants perdent-ils l'envie de se dépenser ? Des chercheurs de l'Université de Genève (UNIGE) ont suivi pendant deux ans 1200 élèves genevois, âgés de 8 à 12 ans. Ils ont constaté que dès l'âge de 9 ans, les bonnes raisons de se dépenser - le plaisir lié à l'activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) ou la santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.) - reculaient au profit de motivations plus néfastes: avoir une bonne note ou améliorer son image auprès des autres. Ces résultats, à lire dans la revue Psychology of Sport and Exercise, plaident pour une réflexion sur l'enseignement de l'éducation physique, afin de lutter contre l'inactivité physique et la sédentarité dès le plus jeune âge.


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Notre société actuelle est marquée par une augmentation de la sédentarité et de l'inactivité physique, qui se traduit par un nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) croissant d'enfants en surpoids (Le surpoids est l'état d'une personne présentant une corpulence considérée comme légèrement plus importante que la normale ou la moyenne...) (16% des enfants entre 6 et 12 ans en Suisse). Dans une étude précédente, les chercheurs de l'UNIGE constataient que dès l'école, les recommandations de l'Organisation (Une organisation est) mondiale de la santé (OMS) en terme de quantité (La quantité est un terme générique de la métrologie (compte, montant) ; un scalaire, vecteur, nombre d’objets ou d’une autre manière de dénommer la valeur d’une collection ou un groupe de choses.) de pratique n'étaient pas atteintes: les enfants devraient être actifs au moins 50% du temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) consacré à l'éducation physique en école primaire, mais dans les faits, ils ne bougent en moyenne (La moyenne est une mesure statistique caractérisant les éléments d'un ensemble de quantités : elle exprime la grandeur...) que 38% du temps. Et plus l'enfant grandit, plus ce pourcentage (Un pourcentage est une façon d'exprimer une proportion ou une fraction dans un ensemble. Une expression comme « 45 % » (lue « 45 pour cent ») est en réalité la...) diminue. Mais pourquoi ?

Les bonnes motivations s'envolent-elles avec l'âge ?

Durant deux ans, les chercheurs de l'UNIGE ont suivi 1200 élèves genevois, âgés de 8 à 12 ans. Ceux-ci ont dû remplir chaque six mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.) un questionnaire (Les questionnaires sont un des outils de recherche pour les sciences humaines et sociales, en particulier la psychologie, la sociologie, le marketing et la géographie.) mesurant leur quantité de motivation (La motivation est, dans un organisme vivant, la composante ou le processus qui règle son engagement dans une action ou expérience. Elle en détermine le déclenchement dans une certaine direction avec l'intensité souhaitée et en assure...) sur une échelle en 7 points, selon différentes régulations motivationnelles associées ou non à la pratique de l'activité elle-même: le plaisir, l'apprentissage (L’apprentissage est l'acquisition de savoir-faire, c'est-à-dire le processus d’acquisition de pratiques, de connaissances, compétences, d'attitudes ou de valeurs culturelles, par l'observation,...), la santé, ou la note, la satisfaction d'autres personnes, l'intégration, l'évitement de la culpabilité ou de la honte, etc. "Pour la première fois, nos résultats démontrent une forte baisse des motivations positives pour l'activité physique (L'activité physique regroupe à la fois l'exercice physique de la vie quotidienne, maison, jardinage, commissions, travail, marche usage des...) (avec de bonnes qualités motivationnelles), comme le plaisir ou la santé, sur la période de l'école primaire et ce, dès l'âge de 9 ans, commente Julien Chanal, chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les domaines de...) à la Section de psychologie de la Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation (FPSE) de l'UNIGE. Ce déclin n'avait jamais été constaté si jeune!" Au contraire, les motivations considérées comme néfastes (avec de mauvaises qualités motivationnelles), comme pratiquer l'activité pour avoir une bonne note ou pour renvoyer une image positive à ses camarades, augmentent avec les années. "Certes, les motivations néfastes font aussi que l'enfant pratique une activité physique, mais ces qualités motivationnelles ne valent qu'à court terme, ce qui est contre-productif pour le développement physique de l'enfant. En effet, on sait que les bonnes raisons de pratiquer jeunes font que les enfants restent des pratiquants à l'âge adulte", continue Julien Chanal. Mais comment lutter contre la baisse si précoce des bonnes motivations ?

Réformer l'enseignement pour augmenter l'activité physique

Puisque neuf ans est un âge charnière pour l'attractivité de l'éducation physique, il faut analyser l'enseignement dispensé dans les classes primaires, l'école obligatoire est en effet le seul lieu qui permette de toucher (Le toucher, aussi appelé tact ou taction, est l'un des cinq sens de l'homme ou de l'animal, essentiel pour la survie et le développement des...) tous les enfants. "Ces dernières décennies, l'enseignement de cette discipline a beaucoup changé, rendant les périodes de cours plus académiques, avec l'apprentissage des règles, du fonctionnement moteur (Un moteur (du latin mōtor : « celui qui remue ») est un dispositif qui déplace de la matière en apportant de la puissance. Il effectue ce travail à partir d'une énergie...), de l'entre-aide, etc. Mais ceci a un coût direct pour l'enfant, en réduisant les temps de pratique effectifs en activité modéré à vigoureuse déjà rares en dehors de l'école", constate Julien Chanal.

Les chercheurs de l'UNIGE travaillent aujourd'hui avec la Haute école (Une haute école en Belgique, ou Haute école spécialisée en Suisse, est une école qui propose des études supérieures voire universitaire.) pédagogique du Canton de Vaud (HEP Vaud) sur l'enseignement de l'éducation physique dans les classes du primaire. L'objectif ? Développer l'autonomie et la coopération entre les élèves, et travailler sur le programme, la structure du cours et l'implication des enseignants afin de permettre aux élèves de conserver ou développer une bonne motivation envers l'éducation physique. "Maintenant que les enfants ne bougent plus autant qu'avant en-dehors de l'école, il est primordial que les périodes de cours dédiées à l'éducation physique valorisent au maximum le mouvement, appuie Julien Chanal. D'autant plus qu'encore une fois, nous sommes en-dessous des normes prescrites par l'OMS, qui conseille 150 minutes ( Forme première d'un document : Droit : une minute est l'original d'un acte. Cartographie géologique ; la minute de terrain est la...) d'éducation physique par semaine, alors que les élèves genevois n'ont à disposition que 135 minutes, soit trois périodes de 45 minutes." L'enseignement de l'éducation physique a donc un rôle important à jouer sur ce nouveau problème de santé globale, qui touche des enfants toujours plus jeunes.
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