Les inconnues psychologiques de l'équation martienne

Publié par Adrien le 08/06/2021 à 09:00
Source: CNES
En changeant d'échelle, l'exploration lointaine mettra les astronautes dans des conditions psychologiques inédites: un défi humain à préparer avant de s'envoler vers Mars.


La planète Mars. Crédits: 24K-Production.

400 km pour l'ISS, 400 000 km pour la Lune (La Lune est l'unique satellite naturel de la Terre et le cinquième plus grand satellite du...), entre 40 et 400 millions de km pour Mars. Ces chiffres donnent la mesure du changement d'échelle que produira l'exploration (L'exploration est le fait de chercher avec l'intention de découvrir quelque chose d'inconnu.) humaine lointaine. A une telle distance, les défis de tous ordres seront innombrables, mais il faut prêter une attention toute particulière au facteur humain: pour les futurs (Futurs est une collection de science-fiction des Éditions de l'Aurore.) astronautes, le voyage (Un voyage est un déplacement effectué vers un point plus ou moins éloigné dans un but personnel...) vers la planète rouge (Planète rouge (Red Planet) est un film américain réalisé par Antony Hoffman,...) créera un contexte (Le contexte d'un évènement inclut les circonstances et conditions qui l'entourent; le...) psychologique radicalement différent de ce que les explorateurs de l'espace ont connu jusqu'à présent. La disparition de la Terre (La Terre est la troisième planète du Système solaire par ordre de distance...) du champ (Un champ correspond à une notion d'espace défini:) visuel en raison de l'éloignement constituera en particulier une expérience inédite, explique Sébastien Barde, sous-directeur Science (La science (latin scientia, « connaissance ») est, d'après le dictionnaire...) et Exploration au CNES: "Sur l'ISS, la vue sur la Terre offre en permanence un point (Graphie) d'ancrage. Depuis Mars, il faudra la chercher dans le ciel (Le ciel est l'atmosphère de la Terre telle qu'elle est vue depuis le sol de la planète.)."


Depuis Mars, il faudra chercher la Terre dans le ciel. Crédits: manuel_adorf.

"Les astronautes ne verront qu'un point lumineux au loin. Ce sentiment d'éloignement, de ne plus avoir aucun repère auquel se rattacher, sera le principal obstacle psychologique à surmonter" annonce Sébastien Barde.


Sébastien Barde, sous-directeur Science et Exploration au CNES. Crédits: CNES.

Une autonomie totale

L'éloignement n'entraînera pas seulement une perte de contact visuel. La durée des missions sera également plus longue, de l'ordre de 2 ans, au cours desquels les équipages devront gérer en autonomie tous les aspects de la vie (La vie est le nom donné :) quotidienne et tous les incidents. Quels que soient les événements qui se produisent, qu'ils soient techniques ou médicaux, il leur faudra réagir sans l'assistance du sol, ni même sans communication (La communication concerne aussi bien l'homme (communication intra-psychique, interpersonnelle,...) en temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le...) réel puisque le temps de propagation d'un message (La théorie de l'information fut mise au point pour déterminer mathématiquement le taux...) entre la Terre et Mars est de 20 min. "Par rapport à l'ISS où les astronautes peuvent être ramenés au sol en 3 heures (L'heure est une unité de mesure  :), l'impossibilité de rentrer en cas de problème change beaucoup de choses sur le plan psychologique, poursuit Sébastien Barde. C'est une situation où chaque point devient critique, la production de nourriture, le recyclage (Le recyclage est un procédé de traitement des déchets industriels et des déchets ménagers qui...), l'oxygène (L’oxygène est un élément chimique de la famille des chalcogènes, de...), la santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste...)..." Sans compter que le voyage vers Mars prendra 8 mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps...), pendant lesquels les organismes seront mis à rude épreuve.

Guillemette Gauquelin-Koch, responsable des sciences de la vie au CNES, s'interroge: "Comment les astronautes vont-ils se réadapter, dans quel état physiologique arriveront-ils, comment auront-ils dormi, quelles seront leurs performances cognitives... Personne n'aime se trouver dans un endroit inconnu sans savoir comment il va se comporter, toutes ces questions auront des retombées psychologiques."


Guillemette Gauquelin-Koch, responsable des Sciences de la vie au CNES. Crédits: CNES.

Sélectionner et entraîner les équipages

On le voit, le facteur psychologique sera déterminant dans les futures missions d'exploration lointaine, et un des éléments de réponse résidera dans la composition des futurs équipages. La clinique spatiale (MEDES) a réalisé plusieurs études pour évaluer en particulier les besoins médicaux en fonction de la probabilité (La probabilité (du latin probabilitas) est une évaluation du caractère probable d'un...) de survenue de différentes pathologies. Les résultats ont montré qu'il serait important d'avoir à bord une compétence médicale et dentaire, et en particulier un membre d'équipage avec une formation d'anesthésiste-réanimateur, capable de réaliser des gestes chirurgicaux simples. "Sur le plan psychologique, on sait sélectionner de manière individuelle des profils d'astronautes résistants au stress, qui ont la capacité sociale à vivre dans un milieu confiné", souligne Bernard Comet, consultant auprès du MEDES.

"Il faut encore affiner les critères pour constituer l'équipe la plus efficace et solidaire, et surtout il faudra former les astronautes pour savoir anticiper et gérer les crises." poursuit Bernard Comet.

Leardership, cohésion, mixité de genre, diversité culturelle: la réflexion n'en est qu'à ses débuts. "Mais avant de se poser la question psychologique, il faut être capable de faire manger et respirer les astronautes, et les protéger contre les radiations, conclut Sébastien Barde. Nous devons d'abord résoudre les problématiques technologiques pour créer des conditions de vie normales sur Mars."


Bernard Comet, consultant auprès du MEDES. Crédits: MEDES.


Etude de simulation d'impesanteur au MEDES. Crédits: MEDES.
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