Une recherche, conduite par une équipe du centre médical de l'Université Vanderbilt, s'est penchée sur des personnes ayant déjà présenté des polypes colorectaux. Dans le cadre d'un essai randomisé en double aveugle, les participants ont reçu soit un supplément de magnésium, soit un placebo. L'objectif consistait à observer l'effet de cette supplémentation sur leur microbiome intestinal, c'est-à -dire ces milliards de microbes hébergés par notre systÚme digestif.
Les données obtenues indiquent que la prise de magnésium accroßt la présence de deux types spécifiques de bactéries, Carnobacterium maltaromaticum et Faecalibacterium prausnitzii. Ces microorganismes sont reconnus pour leur capacité à synthétiser de la vitamine D directement dans le tube digestif, indépendamment de l'exposition solaire. Fabriquée sur place, cette vitamine n'entre pas dans la circulation sanguine mais exerce localement une action qui pourrait se révéler protectrice.

Image d'illustration Pixabay
L'enquĂȘte prĂ©cise que ces consĂ©quences ne sont pas uniformes. Elles dĂ©pendent notamment du fonctionnement d'un gĂšne nommĂ© TRPM7, qui rĂ©gule la façon dont notre organisme absorbe le magnĂ©sium et le calcium. Pour les individus chez qui ce gĂšne opĂšre correctement, le supplĂ©ment de magnĂ©sium stimule les bactĂ©ries bĂ©nĂ©fiques. En revanche, lorsque son fonctionnement est moins efficace, il peut rĂ©duire l'abondance de F. prausnitzii au niveau de la muqueuse rectale.
Les scientifiques ont aussi constatĂ© une disparitĂ© entre les hommes et les femmes, l'effet Ă©tant principalement observĂ© chez ces derniĂšres. Ils estiment que cette diffĂ©rence pourrait dĂ©couler de l'influence des hormones fĂ©minines, comme les ĆstrogĂšnes, sur le transport et l'utilisation du magnĂ©sium par les cellules corporelles.
Le suivi des participants durant plusieurs années aprÚs la fin de l'essai a permis une autre observation. Une présence élevée de la bactérie F. prausnitzii dans la muqueuse rectale était liée à un risque presque triplé de réapparition de polypes. Ce constat montre que la relation entre ces bactéries et la santé intestinale est nuancée et appelle des investigations complémentaires.
Ces travaux permettent d'envisager des stratégies plus individualisées pour la prévention du cancer colorectal, spécialement chez les personnes à risque. Ils illustrent les interactions étroites entre notre alimentation, les suppléments consommés et l'équilibre délicat de notre flore intestinale. à l'avenir, la maßtrise de ces mécanismes pourrait aider à élaborer des recommandations nutritionnelles adaptées à chaque profil.