Muscles et cerveau, qui entraîne qui ?

Publié par Adrien le 25/03/2020 à 09:00
Source: Université de Genève
Des chercheurs de l'UNIGE démontrent que le déclin des capacités cognitives après 50 ans entraîne le déclin de l'activité physique, et que contrairement à ce que la littérature suggérait jusqu'ici, la relation inverse est beaucoup moins forte.

Toutes les 10 secondes, une personne décède dans le monde (Le mot monde peut désigner :) à cause de l'inactivité physique (La physique (du grec φυσις, la nature) est étymologiquement la « science de la nature ». Dans un sens général et ancien, la physique désigne la connaissance de...), soit 3,2 millions de personnes par an selon l'Organisation (Une organisation est) mondiale de la santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.) (OMS). Dès l'âge de cinquante ans, on constate un déclin progressif de l'activité physique (L'activité physique regroupe à la fois l'exercice physique de la vie quotidienne, maison, jardinage, commissions, travail, marche usage des escaliers déplacements transports,...), mais aussi des capacités cognitives, car les deux sont corrélées. Mais qu'est-ce qui influe sur quoi ? L'activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) physique sur le cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de nombreuses fonctions du corps, dont la motricité volontaire, et...) ou l'inverse (En mathématiques, l'inverse d'un élément x d'un ensemble muni d'une loi de composition interne · notée multiplicativement, est un...) ? Pour répondre à cette question, des chercheurs de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études...) de Genève (UNIGE) et du Pôle de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne également le cadre...) national PRN Lives ont utilisé une base de données (En informatique, une base de données (Abr. : « BD » ou « BDD ») est un lot d'informations stockées...) regroupant plus de 100'000 personnes âgées de 50 à 90 ans, dont les capacités physiques et cognitives ont été mesurées tous les deux ans pendant douze ans. Leurs résultats, à lire dans la revue Health Psychology, démontrent que contrairement à ce que l'on pensait, les capacités cognitives préviennent la sédentarité beaucoup plus que l'activité physique ne prévient le déclin des capacités cognitives. C'est donc bien notre cerveau qu'il faut entraîner en premier lieu.


© DR.

Depuis plusieurs années, la littérature s'intéresse à l'impact de l'activité physique sur les aptitudes cognitives. "Des corrélations ont été établies entre ces deux éléments, notamment au niveau de la mémoire (D'une manière générale, la mémoire est le stockage de l'information. C'est aussi le souvenir d'une information.), mais aussi de la croissance et de la survie de nouveaux neurones, explique Boris Cheval (Le cheval (Equus ferus caballus ou equus caballus) est un grand mammifère herbivore et ongulé appartenant à l'une des sept espèces de la famille des équidés. Il a évolué...), chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les domaines de...) au Centre interfacultaire en sciences affectives (CISA) de l'UNIGE. Mais on n'a encore jamais formellement testé qui précède qui: est-ce l'activité physique qui prévient le déclin des aptitudes cognitives ou l'inverse ? C'est ce que nous avons voulu vérifier."

Qui de l'oeuf ou de la poule est arrivé en premier ?

D'anciennes études fondées sur la corrélation entre l'activité physique et les aptitudes cognitives postulent que c'est la première qui prévient le déclin des secondes. "Mais est-ce que ces recherches ne raconteraient pas qu'une moitié de l'histoire ? C'est ce que des études récentes suggèrent, puisqu'elles démontrent que notre cerveau est mis à contribution quand ils s'agit de s'engager dans une activité physique", continue le chercheur genevois.

Pour tester formellement les deux options possibles, les chercheurs de l'UNIGE ont utilisé les données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement,...) de l'enquête SHARE (Share (en anglais, to share signifie partager) est le nom d'un programme de poste à poste chiffré et anonyme développé au Japon par un programmeur anonyme. Successeur de Winny, il se focalise sur une...) (Survey of health, aging and retirement in Europe), une base de données socio-économiques européenne réunissant plus de 25 pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas gallo-romaine. Comme la civitas qui subsiste le...). "Tous les deux ans, les capacités cognitives et le niveau d'activité physique de 105 206 adultes âgés de 50 à 90 ans ont été testées sur une période de douze ans", explique Matthieu Boisgontier, chercheur au Pôle de recherche national Lives (PRN Lives). Les capacités cognitives étaient mesurées par un test de fluence verbale (nommer le plus d'animaux possible en 60 secondes) et de mémoire (mémoriser 10 mots et les réciter plus tard). L'activité physique était mesurée sur une échelle de 1 ("jamais") à 4 ("plus d'une fois par semaine").

Les chercheurs genevois ont ensuite utilisé ces données dans trois modèles statistiques distincts: dans le premier, ils regardaient si l'activité physique prédisait le changement des aptitudes cognitives au cours du temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.). Dans le deuxième, si les aptitudes cognitives prédisaient le changement de l'activité physique. Dans le dernier, ils testaient de manière bidirectionnelle ces deux possibilités. "Grâce à un indice statistique (La statistique est à la fois une science formelle, une méthode et une technique. Elle comprend la collecte, l'analyse, l'interprétation de données ainsi que la présentation de ces...), nous avons constaté que le deuxième modèle était celui qui s'ajustait le plus précisément aux données des participants", se réjouit Boris Cheval. Cette étude démontre donc que ce sont principalement les capacités cognitives qui influent sur l'activité physique et non l'inverse, comme le postulait la littérature jusqu'à présent. "Évidemment, il s'agit d'un cercle (Un cercle est une courbe plane fermée constituée des points situés à égale distance d'un point nommé centre. La valeur de cette distance est appelée rayon du cercle. Celui-ci étant infiniment...) vertueux, l'activité physique influence aussi nos aptitudes cérébrales, mais à la lumière (La lumière est l'ensemble des ondes électromagnétiques visibles par l'œil humain, c'est-à-dire comprises dans des longueurs d'onde de 380nm (violet) à 780nm (rouge). La lumière est intimement...) de ces nouveaux résultats, elle le fait dans une moindre mesure", précise Matthieu Boisgontier.

Ralentir un déclin inévitable

Dès l'âge de 50 ans, le déclin des capacités physiques et cognitives est inéluctable. Toutefois, ces résultats démontrent que contrairement à ce que l'on pensait, c'est en agissant d'abord sur les aptitudes cérébrales qu'on pourra ralentir le déclin de ce cercle vertueux. "Cette étude renforce notre théorie (Le mot théorie vient du mot grec theorein, qui signifie « contempler, observer, examiner ». Dans le langage courant, une théorie est une idée ou une connaissance spéculative, souvent basée sur l’observation ou...) qui postule que le cerveau doit fournir un véritable effort pour sortir de la sédentarité et que c'est bel (Nommé en l’honneur de l'inventeur Alexandre Graham Bell, le bel est unité de mesure logarithmique du rapport entre deux puissances, connue pour exprimer la...) et bien en travaillant sur les capacités cognitives que l'activité physique suivra", conclut Boris Cheval.
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