Le penchant pour la bouteille dans les gènes ?
Publié par Adrien le 11/09/2019 à 08:00
Source: Jean Hamann - Université Laval
Des chercheurs découvrent des variations génétiques liées à la consommation d'alcool

On savait que le risque de développer une dépendance à l'alcool relevait en partie de facteurs génétiques. Une étude qui vient de paraître dans Nature Human Behaviour vient ajouter un nouveau chapitre au dossier liant (Un liant est un produit liquide qui agglomère des particules solides sous forme de poudre. Dans le domaine de la peinture, il permet au pigment d'une...) les gènes et l'alcool. En effet, une équipe internationale, dont fait partie le professeur Sébastien Thériault de la Faculté de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain (anatomie), son fonctionnement normal (physiologie), et cherchant à restaurer la...) et du Centre de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la...) de l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for...) universitaire de cardiologie (La cardiologie est la spécialité médicale qui étudie le cœur et ses maladies. Le médecin qui s’en occupe s’appelle le cardiologue....) et de pneumologie (En médecine, la pneumologie est la branche qui s'occupe de maladies des poumons et du tractus respiratoire. Elle est, en général, considérée comme une branche de la médecine interne, bien qu'elle soit très...) de Québec, a découvert une association entre certaines variations génétiques et la consommation courante d'alcool.

Cette étude a été réalisée grâce au concours de 481 000 personnes dont on connaissait le profil génomique (La génomique est une discipline de la biologie moderne. Elle étudie le fonctionnement d'un organisme, d'un organe, d'un cancer, etc. à l'échelle du génome, et non plus limitée à celle d'un seul...) ainsi que la consommation quotidienne d'alcool. Les analyses effectuées par les chercheurs ont permis de repérer 46 nouveaux locus - des régions du génome (Le génome est l'ensemble du matériel génétique d'un individu ou d'une espèce codé dans son ADN (à l'exception de certains virus...) - associés à la prise d'alcool.

Plusieurs de ces variations sont situées dans des gènes exprimés dans le cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de nombreuses fonctions du corps, dont la motricité...), note le professeur Thériault. La plus forte association concerne un gène (Un gène est une séquence d'acide désoxyribonucléique (ADN) qui spécifie la synthèse d'une chaîne de polypeptide ou d'un acide...) lié aux protéines tau dans les microtubules; chez l'humain, ces protéines sont surtout présentes dans les neurones. Une autre variation génétique (La génétique (du grec genno γεννώ = donner naissance) est la science qui étudie l'hérédité et les gènes.) montrant une forte association touche le gène d'un récepteur de la dopamine, un neurotransmetteur (Les neurotransmetteurs, ou neuromédiateurs, sont des composés chimiques libérées par les neurones (et parfois par les cellules gliales) agissant sur d'autres neurones, appelé neurone postsynaptique, ou,...).

Autre découverte intéressante, l'une des variations génétiques liées à la consommation d'alcool est aussi associée au volume (Le volume, en sciences physiques ou mathématiques, est une grandeur qui mesure l'extension d'un objet ou d'une partie de l'espace.) du putamen mesuré par imagerie médicale (L'imagerie médicale regroupe les moyens d'acquisition et de restitution d'images à partir de différents phénomènes physiques (Résonance magnétique, réflexion d'ondes ultrasons,...). Le putamen est une région du cerveau qui interviendrait dans les dépendances, le syndrome (Un syndrome est un ensemble de signes cliniques et de symptômes qu'un patient est susceptible de présenter lors de certaines maladies, ou bien...) de sevrage et certains troubles comme la psychose (Le terme psychose, introduit au XIXe siècle, désignait la folie et l'aliénation. C'est un terme général qui désigne les affections...) et la schizophrénie (Le terme de schizophrénie regroupe de manière générique un ensemble d'affections psychiatriques présentant un noyau commun, mais dites différentes quant à leur...).

"Notre hypothèse est que certains mécanismes responsables de la consommation d'alcool se retrouvent également dans des maladies neuropsychiatriques, commente Sébastien Thériault. L'étude plus poussée (En aérodynamique, la poussée est la force exercée par le déplacement de l'air brassé par un moteur, dans le sens inverse de l'avancement.) des gènes que nous avons repérés pourrait permettre de mieux comprendre les mécanismes biologiques impliqués dans la consommation d'alcool et leurs interrelations avec la schizophrénie et d'autres troubles neuropsychiatriques."

Le professeur prévient qu'il faut éviter le piège du déterminisme génétique, ce qui signifie que la présence de ces variations dans le génome n'est pas une condamnation immuable à la bouteille ni un prétexte pour prendre de l'alcool. "La consommation d'alcool est un trait multifactoriel complexe fortement influencé par les facteurs sociaux et environnementaux. L'intérêt de notre étude est qu'elle nous aide à comprendre les mécanismes biologiques qui interviennent dans la consommation d'alcool. À plus long terme, elle pourrait nous aider à mieux cibler les interventions servant à prévenir la consommation abusive d'alcool."
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