Protégeons-nous davantage les beaux animaux ? Oui

Publié par Adrien le 29/07/2022 à 09:00
Source: ASP
L'annonce l'an dernier par la ville de Longueuil et la SÉPAQ que des chevreuils allaient être euthanasiés en raison de leur surpopulation, a fait bondir les amis des animaux. La réaction aurait-elle été la même s'il avait été question d'un animal (Un animal (du latin animus, esprit, ou principe vital) est, selon la classification classique, un...) moins mignon ?


Photo: SEPAQ

Beauté et moralité

Les animaux en voie de disparition ont avantage à être mignons ou attendrissants s'ils veulent faire l'objet (De manière générale, le mot objet (du latin objectum, 1361) désigne une entité définie dans...) d'une campagne (La campagne, aussi appelée milieu rural désigne l'ensemble des espaces cultivés...) de conservation, à en croire la littérature scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui...). Selon les participants à une étude publiée en 2019 dans la revue Animals, les animaux mignons, comme les dauphins et les koalas, se méritent plus de considération morale que les espèces moins attrayantes, comme les chauves-souris et les sangliers.

Les chercheurs de l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est...) universitaire de Lisbonne sont arrivés à cette conclusion après avoir demandé à 509 adultes de regarder 120 photos d'un animal sur un fond blanc (Le blanc est la couleur d'un corps chauffé à environ 5 000 °C (voir...). Les participants devaient ensuite évaluer les animaux - allant des lixiviats aux vers de terre (La Terre est la troisième planète du Système solaire par ordre de distance...) en passant par les vaches et les chimpanzés- sur 11 aspects, dont leur dangerosité, leur capacité à penser et à ressentir, l'acceptabilité pour les humains de manger l'animal et le sentiment de protection qu'il provoquait.

Ces résultats sont confirmés par ceux de six études menées auprès de 1662 personnes par des chercheurs australiens. Ces derniers ont exploré l'effet de l'attrait physique (La physique (du grec φυσις, la nature) est étymologiquement la...) sur nos préférences pour certaines espèces, en s'appuyant sur le fait que les personnes attirantes sont plus susceptibles d'être perçues comme intelligentes et compétentes que les personnes peu attirantes. Un phénomène appelé biais d'attractivité.

Ils ont aussi découvert que nous accordons une plus grande valeur morale et une plus grande pureté à la beauté, que ce soit chez les personnes, les animaux, les paysages ou les bâtiments. Ainsi, nous sommes plus préoccupés par les beaux animaux que par les animaux laids, même les plus dangereux.

Comme des enfants

Une explication parfois évoquée est que les animaux mignons nous rappelleraient les bébés humains. Une étude publiée à ce sujet en 2014, évoquait que les animaux avec de grands yeux et des traits faciaux doux, déclencheraient nos instincts parentaux. D'autres chercheurs ont conclu que l'effet de l'apparence du visage sur la gentillesse était lié à l'intérêt humain pour les nourrissons. L'anthropozoologue James Serpell appelle cela la réponse humaine mignonne, qui interprète le comportement social des compagnons animaux en termes humains.

Les beaux animaux ne sont cependant pas tous mignons. Par exemple, le papillon monarque est jugé magnifique, mais ne suscite pas de réflexe (Le réflexe d'une façon générale fait intervenir des propriétés intégratrices d'un centre...) parental...

L'effet Bambi

L'autre explication est appelée l'effet Bambi: une objection à la mort (La mort est l'état définitif d'un organisme biologique qui cesse de vivre (même si...) d'animaux perçus comme mignons ou adorables. Le terme s'inspire évidemment du film d'animation (L'animation consiste à donner l'illusion du mouvement à l'aide d'une suite d'images. Ces images...) de Walt Disney (Walter Elias Disney dit Walt (né le 5 décembre 1901 à Chicago, Illinois - mort le 15 décembre...) de 1942 où la mère du jeune paon se fait tuer par le chasseur, le laissant seul et vulnérable. C'est en vertu de cet effet que des groupes d'amis des animaux en viennent parfois à s'opposer aux organismes qui gèrent la faune, au risque de nuire au reste de l'écosystème. Par exemple, les opposants à l'euthanasie (À l'origine, l'euthanasie (gr: ευθανασία...) des cerfs du parc (Un Parc est un terrain naturel enclos,[1] formé de bois ou de prairies, dans lequel ont été...) Michel-Chartrand à Longueuil semblent oublier que leur trop grand nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre...) menace l'habitat.

Une étude sur la protection des koalas publiée en 2008 faisait allusion à l'effet Bambi, suggérant que pour aider les animaux sauvages les plus agressifs et hostiles à être plus aimés, des dessins animés plus "mignons" devraient être créés pour eux.

En biologie (La biologie, appelée couramment la « bio », est la science du vivant....), on parle bel (Nommé en l’honneur de l'inventeur Alexandre Graham Bell, le bel est unité de...) et bien de mégafaune charismatique ou d'espèces charismatiques. Le premier terme désigne essentiellement de grands mammifères comme le lion (Le lion (Panthera leo) est un mammifère carnivore de la famille des félidés du genre...), l'éléphant (Les éléphantidés (Elephantidae) forment l'unique famille de mammifères de l'ordre des...) d'Afrique (D’une superficie de 30 221 532 km2 en incluant les îles,...), la baleine à bosse (La baleine à bosse (Megaptera novaeangliae), mégaptère ou jubarte est une...) ou le panda géant (Le Panda géant (大熊猫 en pinyin daxióngmāo : 大 da...), possédant tous quelques caractéristiques des humains -réelles ou perçues- comme l'intelligence. Les auteurs d'une revue sur l'utilisation du terme en science (La science (latin scientia, « connaissance ») est, d'après le dictionnaire...) -et dans le domaine de la conservation des espèces- évaluent que le potentiel charismatique de ces espèces semble un paramètre (Un paramètre est au sens large un élément d'information à prendre en compte...) crucial dans la définition (Une définition est un discours qui dit ce qu'est une chose ou ce que signifie un nom. D'où la...) d'un programme de conservation et sa promotion.

Verdict

Les études s'entendent, sans surprise, pour dire que nous sommes sensibles à la beauté. Nous accordons une plus grande pureté et une plus grande moralité aux animaux "mignons", allant jusqu'à leur attribuer des sentiments, ce qui suscite un désir de protection. Autrement dit, il vaut mieux être beau si on est un animal qui veut susciter la sympathie et attirer du financement. Les chevreuils de Longueuil pourraient en témoigner, s'ils pouvaient parler.
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