đŸ”„ Une amibe se reproduit encore Ă  63 °C dans ce lac, un record

Une minuscule amibe découverte dans des sources chaudes repousse de plusieurs degrés la température maximale connue pour la vie dotée de cellules à noyau.

Son nom est Incendiamoeba cascadensis. Les chercheurs l’ont isolĂ©e dans des eaux gĂ©othermales du parc national volcanique de Lassen, en Californie. Cette amibe appartient aux eucaryotes, le vaste groupe rĂ©unissant notamment les animaux, les plantes et les champignons. Leur point commun est une cellule dont le matĂ©riel gĂ©nĂ©tique est enfermĂ© dans un noyau.

Boiling Springs Lake, zone géothermale du parc national volcanique de Lassen, en Californie.

Boiling Springs Lake, zone géothermale du parc national volcanique de Lassen, en Californie. Crédit : Frank Schulenburg, CC BY-SA 4.0.
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Jusqu’ici, quelques champignons et algues rouges pouvaient encore se multiplier autour de 60 °C. La nouvelle venue franchit cette limite. En laboratoire, les chercheurs ont observĂ© sa multiplication jusqu’à 63 °C. Ils ont mĂȘme observĂ© directement la mitose, c’est-Ă -dire l’étape oĂč une cellule rĂ©partit son matĂ©riel gĂ©nĂ©tique avant de se diviser.

La chaleur n’est pas seulement supportĂ©e pendant quelques instants. Incendiamoeba se dĂ©veloppe entre 42 et 63 °C, avec une croissance optimale autour de 55 Ă  57 °C. À 64 °C, elle ne se multiplie plus, mais reste capable de bouger. ExposĂ©e Ă  70 °C, elle peut encore rĂ©cupĂ©rer lorsque la tempĂ©rature redescend.

Pour comprendre cette rĂ©sistance, l’équipe a aussi Ă©tudiĂ© son ADN et l’activitĂ© de ses gĂšnes. Plusieurs mĂ©canismes semblent participer Ă  sa survie. L’amibe possĂšde davantage de gĂšnes associĂ©s au maintien des protĂ©ines et Ă  la stabilitĂ© de son matĂ©riel gĂ©nĂ©tique. Sous forte chaleur, elle augmente aussi l’activitĂ© de gĂšnes liĂ©s Ă  la rĂ©paration de l’ADN.

Elle peut Ă©galement changer de forme lorsque les conditions deviennent trop chaudes. À haute tempĂ©rature, elle forme une enveloppe protectrice et entre dans un Ă©tat de repos. Cette capacitĂ© lui permet de traverser temporairement des conditions oĂč elle ne peut plus se nourrir ni se multiplier. Elle reprend ensuite son activitĂ© lorsque son environnement redevient favorable.

Dans sa source chaude, cette rĂ©sistance lui procure un avantage trĂšs concret. L’amibe se nourrit de bactĂ©ries adaptĂ©es Ă  la chaleur et occupe le sommet de cette minuscule chaĂźne alimentaire. À de telles tempĂ©ratures, les chercheurs n’ont pas trouvĂ© d’animaux microscopiques capables de manger ces amibes. La concurrence pour la nourriture y est Ă©galement rĂ©duite.

Le record reste trĂšs infĂ©rieur Ă  celui de certaines formes de vie sans noyau. L’archĂ©e Methanopyrus kandleri peut se dĂ©velopper jusqu’à 122 °C prĂšs de sources hydrothermales profondes. Mais les cellules eucaryotes possĂšdent davantage de structures internes sensibles Ă  la chaleur.

Les chercheurs veulent maintenant comprendre quelles adaptations rendent les protĂ©ines de cette amibe si rĂ©sistantes Ă  la chaleur. Certaines pourraient intĂ©resser les biotechnologies, notamment pour concevoir des enzymes actives Ă  haute tempĂ©rature. Des sĂ©quences gĂ©nĂ©tiques proches ont aussi Ă©tĂ© repĂ©rĂ©es dans d’autres rĂ©gions gĂ©othermales, ouvrant la recherche Ă  de nouvelles espĂšces apparentĂ©es.