Une minuscule amibe découverte dans des sources chaudes repousse de plusieurs degrés la température maximale connue pour la vie dotée de cellules à noyau.
Son nom est Incendiamoeba cascadensis. Les chercheurs lâont isolĂ©e dans des eaux gĂ©othermales du parc national volcanique de Lassen, en Californie. Cette amibe appartient aux eucaryotes, le vaste groupe rĂ©unissant notamment les animaux, les plantes et les champignons. Leur point commun est une cellule dont le matĂ©riel gĂ©nĂ©tique est enfermĂ© dans un noyau.

Boiling Springs Lake, zone géothermale du parc national volcanique de Lassen, en Californie. Crédit : Frank Schulenburg, CC BY-SA 4.0.
Image Wikimedia
Jusquâici, quelques champignons et algues rouges pouvaient encore se multiplier autour de 60 °C. La nouvelle venue franchit cette limite. En laboratoire, les chercheurs ont observĂ© sa multiplication jusquâĂ 63 °C. Ils ont mĂȘme observĂ© directement la mitose, câest-Ă -dire lâĂ©tape oĂč une cellule rĂ©partit son matĂ©riel gĂ©nĂ©tique avant de se diviser.
La chaleur nâest pas seulement supportĂ©e pendant quelques instants. Incendiamoeba se dĂ©veloppe entre 42 et 63 °C, avec une croissance optimale autour de 55 Ă 57 °C. Ă 64 °C, elle ne se multiplie plus, mais reste capable de bouger. ExposĂ©e Ă 70 °C, elle peut encore rĂ©cupĂ©rer lorsque la tempĂ©rature redescend.
Pour comprendre cette rĂ©sistance, lâĂ©quipe a aussi Ă©tudiĂ© son ADN et lâactivitĂ© de ses gĂšnes. Plusieurs mĂ©canismes semblent participer Ă sa survie. Lâamibe possĂšde davantage de gĂšnes associĂ©s au maintien des protĂ©ines et Ă la stabilitĂ© de son matĂ©riel gĂ©nĂ©tique. Sous forte chaleur, elle augmente aussi lâactivitĂ© de gĂšnes liĂ©s Ă la rĂ©paration de lâADN.
Elle peut Ă©galement changer de forme lorsque les conditions deviennent trop chaudes. Ă haute tempĂ©rature, elle forme une enveloppe protectrice et entre dans un Ă©tat de repos. Cette capacitĂ© lui permet de traverser temporairement des conditions oĂč elle ne peut plus se nourrir ni se multiplier. Elle reprend ensuite son activitĂ© lorsque son environnement redevient favorable.
Dans sa source chaude, cette rĂ©sistance lui procure un avantage trĂšs concret. Lâamibe se nourrit de bactĂ©ries adaptĂ©es Ă la chaleur et occupe le sommet de cette minuscule chaĂźne alimentaire. Ă de telles tempĂ©ratures, les chercheurs nâont pas trouvĂ© dâanimaux microscopiques capables de manger ces amibes. La concurrence pour la nourriture y est Ă©galement rĂ©duite.
Le record reste trĂšs infĂ©rieur Ă celui de certaines formes de vie sans noyau. LâarchĂ©e Methanopyrus kandleri peut se dĂ©velopper jusquâĂ 122 °C prĂšs de sources hydrothermales profondes. Mais les cellules eucaryotes possĂšdent davantage de structures internes sensibles Ă la chaleur.
Les chercheurs veulent maintenant comprendre quelles adaptations rendent les protĂ©ines de cette amibe si rĂ©sistantes Ă la chaleur. Certaines pourraient intĂ©resser les biotechnologies, notamment pour concevoir des enzymes actives Ă haute tempĂ©rature. Des sĂ©quences gĂ©nĂ©tiques proches ont aussi Ă©tĂ© repĂ©rĂ©es dans dâautres rĂ©gions gĂ©othermales, ouvrant la recherche Ă de nouvelles espĂšces apparentĂ©es.