Un rĂ©sumĂ© contenant une seule information fausse peut modifier le souvenir que nous gardons dâune scĂšne pourtant vue auparavant.
Des chercheurs de Georgetown University et de lâUniversitĂ© de Washington ont testĂ© cet effet avec une scĂšne animĂ©e reprĂ©sentant un accident. Une voiture arrive Ă une intersection comportant soit un panneau stop, soit un cĂ©dez-le-passage. Elle tourne ensuite et percute un piĂ©ton. Les participants devaient retenir ce quâils avaient rĂ©ellement vu.

Entre 24 et 48 heures plus tard, ils lisaient un rĂ©sumĂ© de la scĂšne gĂ©nĂ©rĂ© avec ChatGPT. Selon le groupe, le texte indiquait correctement le panneau ou mentionnait lâautre panneau. Les chercheurs demandaient ensuite aux participants de rĂ©pondre en se fondant sur leur souvenir de la vidĂ©o, et non sur le rĂ©sumĂ©.
Le rĂ©sultat est net. Parmi les 328 personnes retenues dans lâanalyse, 83,6 % de celles ayant lu lâinformation correcte dans le texte de ChatGPT ont reconnu le bon panneau. Avec une information trompeuse, cette proportion tombait Ă 44,8 %. Le texte lu aprĂšs la vidĂ©o avait donc modifiĂ© la rĂ©ponse concernant un dĂ©tail prĂ©cis de la scĂšne.
On pourrait penser quâun avertissement sur lâorigine du texte protĂšge contre cet effet. Les participants Ă©taient justement informĂ©s que le rĂ©sumĂ© provenait soit dâune IA, soit dâun transcripteur humain. En rĂ©alitĂ©, tous lisaient un texte produit avec ChatGPT. LâĂ©tiquette « IA » nâa pas rĂ©duit de maniĂšre significative lâinfluence de lâinformation erronĂ©e.
LâexpĂ©rience sâappuie sur un phĂ©nomĂšne connu depuis plusieurs dĂ©cennies : une information reçue aprĂšs un Ă©vĂ©nement peut altĂ©rer le souvenir de lâĂ©vĂ©nement. Ici, les chercheurs ne montrent donc pas que lâIA crĂ©e une faiblesse nouvelle du cerveau. Ils constatent quâun rĂ©sumĂ© automatisĂ© peut devenir une nouvelle voie par laquelle une information incorrecte agit sur la mĂ©moire.
LâĂ©quipe a Ă©galement examinĂ© vingt rĂ©sumĂ©s produits Ă partir de deux courtes vidĂ©os par ChatGPT et Gemini. Tous contenaient des erreurs selon leur mĂ©thode dâanalyse. En moyenne, 51,6 % des dĂ©tails considĂ©rĂ©s comme centraux Ă©taient omis. Dix-neuf rĂ©sumĂ©s sur vingt ne mentionnaient mĂȘme pas la collision entre la voiture et le piĂ©ton.
Les chercheurs veulent dĂ©sormais Ă©tudier des situations issues du monde rĂ©el, notamment les rĂ©sumĂ©s de vidĂ©os enregistrĂ©es par des policiers. Cette Ă©tape permettra de tester si le mĂȘme effet apparaĂźt avec des scĂšnes plus riches, des documents plus longs et des dĂ©cisions ayant des consĂ©quences concrĂštes.