đŸŒĄïž En SibĂ©rie, les Ă©missions de mĂ©thane ont doublĂ© en treize ans

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Les Ă©missions de mĂ©thane de SibĂ©rie ont fortement augmentĂ© entre 2010 et 2023. Une nouvelle Ă©tude estime cette hausse Ă  12.0 ± 1.9 millions de tonnes par an sur la pĂ©riode, soit presque un doublement. Le phĂ©nomĂšne combine surtout deux moteurs : des zones humides plus productrices Ă  l’ouest et davantage d’incendies Ă  l’est.

Le mĂ©thane retient davantage de chaleur que le dioxyde de carbone sur quelques dĂ©cennies, mais il reste moins longtemps dans l’atmosphĂšre. Suivre son Ă©volution est donc particuliĂšrement utile pour comprendre l’effet climatique des changements rapides qui touchent les hautes latitudes.

Massif de l'Ergaki, monts SaĂŻan, Russie.
Image Wikimedia

Pour mesurer la tendance sibĂ©rienne, les chercheurs ont combinĂ© les observations du satellite japonais GOSAT avec des stations au sol et des tours de mesure atmosphĂ©rique. Cette approche permet d’estimer les Ă©missions Ă  grande Ă©chelle Ă  partir des concentrations rĂ©ellement observĂ©es dans l’air, plutĂŽt que de simplement additionner des sources thĂ©oriques.

La progression moyenne atteint environ 1.1 million de tonnes de mĂ©thane supplĂ©mentaires par an, chaque annĂ©e. Elle ne vient toutefois pas du mĂȘme processus partout. Dans l’ouest de la SibĂ©rie, plus humide, les tempĂ©ratures plus Ă©levĂ©es et les changements hydrologiques favorisent la production microbienne de mĂ©thane dans les sols gorgĂ©s d’eau.

À l’est, l’évolution paraĂźt davantage liĂ©e aux incendies. Des conditions plus chaudes et plus sĂšches favorisent leur frĂ©quence et leur intensitĂ©, avec des rejets directs de mĂ©thane lors de la combustion. Cette distinction compte : toute la hausse mesurĂ©e ne provient donc pas d’un dĂ©gazage direct du pergĂ©lisol en train de fondre.

ConcrĂštement, les auteurs attribuent environ 0.4 million de tonnes par an de croissance annuelle aux sources dominantes de l’ouest, contre environ 0.7 million Ă  celles de l’est. Les incertitudes restent importantes, car les Ă©missions naturelles changent fortement selon la mĂ©tĂ©o, l’état des sols et l’étendue des feux.

L’étude a aussi projetĂ© cette Ă©volution jusqu’en 2050 sous un scĂ©nario de trĂšs fortes Ă©missions. Dans ce cas, l’augmentation des Ă©missions sibĂ©riennes pourrait annuler environ 20 % des rĂ©ductions mondiales de mĂ©thane d’origine humaine envisagĂ©es pour les objectifs climatiques. Cela compliquerait les efforts, sans les effacer entiĂšrement.

Reste une limite importante : relier prĂ©cisĂ©ment les Ă©missions observĂ©es Ă  la profondeur du dĂ©gel, Ă  l’eau dans les sols ou au carbone libĂ©rĂ© exige davantage de mesures locales. Les prochaines campagnes devront donc associer plus Ă©troitement satellites, tours atmosphĂ©riques, donnĂ©es sur les incendies et observations directes du pergĂ©lisol.