🌊 Des forêts englouties deviennent des récifs pleins de vie

Au large du Mozambique, des paysages engloutis il y a des milliers d'années abritent aujourd'hui une vie marine étonnante.

Dans l'archipel de Bazaruto, des chercheurs ont découvert des récifs qui ressemblent à ceux des coraux, mais qui ne sont pas construits par ces animaux. Leur base est constituée d'une matière beaucoup plus ancienne : de la tourbe, formée par des végétaux qui poussaient autrefois sur la terre ferme.

Photographies comparant des récifs de tourbe et des récifs coralliens dans l’archipel de Bazaruto.

Photographies comparant des récifs de tourbe et des récifs coralliens dans l’archipel de Bazaruto. Les dépôts de tourbe engloutis hébergent une vie marine variée.
Source : Scientific Reports (2026), figure 2, CC BY 4.0.

Il faut remonter plusieurs milliers d'années en arrière pour comprendre leur origine. À cette époque, une partie du littoral était occupée par des forêts et des marécages. Dans ces zones humides, les végétaux morts s'accumulaient dans le sol sans se décomposer complètement. Au fil du temps, ils ont formé des couches de tourbe riches en carbone.

Puis la mer a gagné du terrain. D'anciens sols ont été recouverts par l'eau, avant que l'érosion et les mouvements du sable ne mettent une partie de leurs dépôts à découvert. Les chercheurs ont daté des échantillons de tourbe : leur âge s'étend d'environ 300 à 5 000 ans.

Ces restes de paysages terrestres sont devenus de véritables refuges sous-marins. La tourbe durcie forme des reliefs, des trous et des fissures au milieu de zones souvent sableuses. Les poissons peuvent s'y cacher, et les éponges, les algues ou d'autres petits animaux y trouvent un support pour s'installer.

Carte et diagrammes retraçant la submersion d’anciennes zones de végétation dans l’archipel de Bazaruto.

Carte et diagrammes retraçant la submersion d’anciennes zones de végétation dans l’archipel de Bazaruto.
Source : Scientific Reports (2026), figure 1, DOI 10.1038/s41598-026-65430-7.

Les chercheurs ont comparé ces formations aux récifs coralliens voisins. Ils ont découvert qu'elles accueillaient elles aussi de nombreuses espèces, mais pas exactement les mêmes. Certains jeunes poissons présents sur ces récifs de tourbe appartiennent à des espèces que l'on rencontre également près des coraux.

La différence tient à la construction du récif. Les coraux bâtissent progressivement des structures calcaires grâce à leurs colonies d'animaux. Ici, il n'y a pas besoin de coraux bâtisseurs : c'est un ancien sol végétal qui offre directement une surface solide à la vie marine. Les scientifiques parlent donc de « récifs de tourbe ».

Cette tourbe contient aussi beaucoup de carbone, parfois jusqu'à 40 % de sa masse sèche dans les échantillons analysés. Mais les chercheurs n'ont pas encore mesuré la quantité totale de carbone stockée dans l'ensemble de ces récifs. Ils ne peuvent donc pas dire précisément quelle place ces formations occupent dans le bilan climatique des océans.

La découverte montre surtout qu'un ancien milieu terrestre peut acquérir une nouvelle fonction après avoir été englouti. Il ne s'agit donc pas ici d'une forêt encore debout sous l'eau, mais de ses dépôts devenus un habitat marin. L'équipe cherche maintenant à savoir si d'autres côtes abritent elles aussi ces récifs longtemps passés inaperçus.