🔭 84 objets cosmiques inconnus se cachaient dans les archives du tĂ©lescope Chandra

Les archives d’un tĂ©lescope spatial cachaient 84 objets si inhabituels qu’ils pourraient appartenir Ă  une famille cosmique jusque-lĂ  passĂ©e inaperçue.

Les chercheurs les ont retrouvĂ©s dans les anciennes observations du tĂ©lescope spatial Chandra, spĂ©cialisĂ© dans les rayons X. Ils ont examinĂ© six galaxies et repĂ©rĂ© ces objets dans chacune d’elles. Deux sont des galaxies spirales, dont AndromĂšde et M101, et quatre sont des galaxies elliptiques. Les sources apparaissent aussi bien prĂšs de jeunes Ă©toiles que dans des rĂ©gions peuplĂ©es d’étoiles anciennes.

Vue d'artiste montrant un systÚme de deux étoiles, une naine blanche au premier plan et son compagnon en arriÚre-plan.

Vue d'artiste montrant un systÚme de deux étoiles, une naine blanche au premier plan et son compagnon en arriÚre-plan. La naine blanche aspire du gaz de son compagnon, qui est canalisé vers ses pÎles. Lorsque ce matériau tombe sur la surface chaude de la naine blanche.
Mark Garlick · CC BY 4.0 · Wikimedia

Leur particularitĂ© tient Ă  la lumiĂšre qu’elles Ă©mettent. Dans les images de Chandra, elles apparaissent avec les rayons X les moins Ă©nergĂ©tiques, puis disparaissent lorsqu’on regarde des rayons X plus Ă©nergĂ©tiques. Les astronomes les ont donc baptisĂ©es « sources de rayons X hypersoft ». Une grande partie de leur Ă©nergie serait en rĂ©alitĂ© Ă©mise sous forme d’ultraviolet trĂšs Ă©nergĂ©tique, juste Ă  cĂŽtĂ© des rayons X dans le spectre de la lumiĂšre.

Pour comprendre pourquoi elles sont restĂ©es cachĂ©es, il faut regarder comment cette lumiĂšre voyage. Les rayons X de faible Ă©nergie sont difficiles Ă  dĂ©tecter. L’ultraviolet produit par ces objets est aussi facilement absorbĂ© par l’hydrogĂšne et l’hĂ©lium prĂ©sents entre les Ă©toiles. Les tĂ©lescopes regardaient donc depuis longtemps dans une zone du spectre oĂč une partie du signal leur Ă©chappait.

La nature exacte de ces 84 sources reste inconnue. Les chercheurs pensent toutefois que plusieurs types d’objets pourraient se cacher derriĂšre ce mĂȘme comportement. Il pourrait s’agir de systĂšmes formĂ©s de deux Ă©toiles, dont l’une est devenue une naine blanche, une Ă©toile Ă  neutrons ou un trou noir. Cet astre trĂšs dense attire alors de la matiĂšre provenant de son compagnon.

En tombant vers l’objet compact, cette matiĂšre chauffe et libĂšre Ă©normĂ©ment d’énergie. De tels couples d’astres sont dĂ©jĂ  connus. Ici, la diffĂ©rence vient surtout de la rĂ©partition de cette Ă©nergie : beaucoup d’ultraviolet trĂšs Ă©nergĂ©tique et des rayons X particuliĂšrement peu Ă©nergĂ©tiques. Les exemples les plus lumineux atteignent environ 1031 watts dans la petite bande de rayons X Ă©tudiĂ©e.

Cette dĂ©couverte pourrait notamment intĂ©resser les chercheurs qui Ă©tudient certaines supernovas. Une naine blanche qui rĂ©cupĂšre de la matiĂšre auprĂšs d’une Ă©toile voisine peut, dans certains scĂ©narios, finir par exploser en supernova de type Ia. Les astronomes utilisent ces explosions pour mesurer les distances dans l’Univers, mais l’identitĂ© prĂ©cise des systĂšmes qui les produisent reste dĂ©battue. Certaines des nouvelles sources pourraient appartenir Ă  cette population recherchĂ©e.

Ces objets pourraient aussi agir sur le gaz de leur galaxie. Leur puissant rayonnement ultraviolet peut arracher des électrons aux atomes présents entre les étoiles, un phénomÚne appelé ionisation. Or les astronomes observent dans certaines galaxies davantage de gaz ionisé que les étoiles chaudes connues ne semblent pouvoir en produire seules. Une population cachée de ces sources fournirait une explication possible à une partie de ce rayonnement.

Les chercheurs doivent maintenant dĂ©terminer ce qui se trouve rĂ©ellement au cƓur de chaque source. Les 84 objets ne sont pas forcĂ©ment tous de mĂȘme nature. Des observations complĂ©mentaires pourront rechercher leurs Ă©toiles compagnes, suivre leurs variations de luminositĂ© et distinguer les naines blanches des systĂšmes contenant une Ă©toile Ă  neutrons ou un trou noir.