La queue de 3I/ATLAS vient de livrer un indice sur le lieu où cette visiteuse interstellaire aurait vu le jour.
3I/ATLAS ne vient pas de notre Système solaire. Cet objet a été découvert en juillet 2025 sur une trajectoire qui montre qu’il arrive de l’espace interstellaire. Il s’est comporté comme une comète en approchant du Soleil : ses glaces se sont transformées en gaz, formant une enveloppe autour de lui et une longue queue.

3I/ATLAS observée par le télescope spatial Hubble le 30 novembre 2025. Les étoiles d’arrière-plan apparaissent sous forme de traînées car Hubble suivait le déplacement de la comète.
Crédit : NASA, ESA, STScI, D. Jewitt (UCLA). Traitement : J. DePasquale (STScI). CC BY 4.0.
C’est cette queue que Lea Ferellec, Cyrielle Opitom et Colin Snodgrass ont observée avec le télescope William-Herschel, aux îles Canaries. Les mesures ont été réalisées les 30 novembre et 2 décembre 2025, après le passage de 3I/ATLAS au plus près du Soleil. L’instrument a décomposé la lumière de la queue pour identifier les substances qui s’y trouvaient.
Les chercheurs ont notamment repéré de l’azote moléculaire et du monoxyde de carbone sous une forme chargée électriquement. Lorsqu’un gaz de comète reçoit de l’énergie du Soleil, certaines molécules perdent un électron. Elles deviennent alors des ions, que leur lumière permet de détecter dans la queue.
La quantité relative d’azote est particulièrement intéressante. Les mesures indiquent que 3I/ATLAS contient au moins 2,3 molécules d’azote pour 100 molécules de monoxyde de carbone. Cette proportion est élevée par rapport à celle des comètes de notre Système solaire étudiées de la même manière.
Pourquoi cette différence renseigne-t-elle sur son passé ? L’azote moléculaire se transforme très facilement en gaz. Pour qu’une grande quantité reste emprisonnée dans les glaces lors de la naissance d’une comète, il faut donc des conditions très froides. Les auteurs relient ainsi la composition de 3I/ATLAS à une formation loin de son étoile d’origine, dans les régions glacées du système planétaire où elle est née.
Cette interprétation rejoint d’autres observations de 3I/ATLAS. Des mesures précédentes de certaines formes d’hydrogène indiquaient déjà une formation à une température ne dépassant probablement pas environ -243 °C. D’autres analyses de l’azote pointaient également vers les régions extérieures du disque de matière qui entourait sa jeune étoile.
Les observations apportent aussi des informations sur d’autres gaz. La queue contient des traces liées au dioxyde de carbone, à l’eau et à des composés carbonés. Leur quantité est plus difficile à relier directement aux glaces d’origine, car les réactions chimiques qui se produisent autour de la comète transforment ces substances après leur libération.
Il reste désormais à comparer cette signature avec celles d’autres visiteurs interstellaires. Seuls trois objets venus d’un autre système stellaire ont été identifiés à ce jour, et tous n’ont pas permis d’étudier leurs gaz. Chaque nouvelle comète interstellaire observable pourrait donc révéler dans quelles conditions se forment les petits corps autour d’autres étoiles.