🌿 Cette plante de montagne se révèle être carnivore

Une petite plante des montagnes chinoises se nourrit d’insectes pour compenser la pauvreté de son environnement. Cette capacité vient d’être démontrée par une série d’expériences. La plante capture ses proies, les digère, puis récupère leur azote pour sa reproduction.

L’espèce, nommée Saxifraga candelabrum, pousse entre 2500 et 3300 m d’altitude. Elle occupe des fissures rocheuses du plateau Qinghai-Tibet et des monts Hengduan, dans le sud-ouest de la Chine. Le sol y fournit peu de nutriments, ce qui favorise des stratégies inhabituelles pour survivre.

Saxifraga candelabrum.

Saxifraga candelabrum.
a) Plantes fleuries prospérant dans les crevasses de la pierre.
b) Plantes recouvertes d'insectes.
c) Hampe dressée ; gros plan du rachis.
d) Feuille avec un insecte capturé.
e) Calice et pédicelle.
Ces photos (en particulier c à e) montrent les poils glanduleux rougeâtres et collants ainsi que les insectes capturés sur différentes parties de la plante.

Ses tiges, ses feuilles et les branches portant les fleurs sont couvertes de petits poils glandulaires rougeâtres. Ceux-ci produisent une substance visqueuse capable d’immobiliser de minuscules insectes. Les chercheurs ont observé en moyenne 71 proies sur les plantes adultes étudiées, surtout des moucherons non piqueurs.

La simple présence d’insectes collés ne suffisait toutefois pas à classer cette fleur parmi les plantes carnivores. Pour le démontrer, l’équipe devait vérifier quatre étapes : attirer une proie, la capturer, la digérer et absorber ses nutriments. Des expériences menées sur le terrain et en laboratoire ont confirmé chacune d’elles.

Les scientifiques ont notamment détecté une phosphatase dans les poils glandulaires. Cette enzyme aide à libérer certains nutriments contenus dans les tissus animaux. Ils ont ensuite placé sur la plante des drosophiles enrichies en azote 15, une forme stable de l’azote facile à suivre dans les tissus.

Deux semaines plus tard, cet azote était présent dans plusieurs parties de la plante. Les fleurs en contenaient davantage que les feuilles, ce qui indique un transfert vers les organes reproducteurs. Les espèces non carnivores utilisées comme témoins n’ont pas montré cet enrichissement, ce qui écarte une simple contamination extérieure.

La plante semble aussi éviter de capturer ses propres pollinisateurs. Ses proies sont surtout de très petits insectes, alors que les mouches et abeilles plus grandes peuvent se dégager. Cette sélection permet à la fleur de gagner des nutriments sans compromettre la pollinisation nécessaire à la production de graines.

Charles Darwin avait proposé dès 1875 que certaines saxifrages munies de poils collants puissent être carnivores. Il n’avait pas réussi à le démontrer avec les moyens disponibles. Cette étude confirme son intuition sur ce groupe végétal et ouvre désormais la recherche vers d’autres espèces discrètes, peut-être carnivores sans avoir encore été reconnues comme telles.

BI
Biscotte

Je trouve ça assez fou qu'une plante puisse « manger » des insectes juste parce que le sol lui donne pas assez. Mais du coup, si on la cultivait dans une terre très riche, elle arrêterait de les capturer ?

TI
TitouB

Mais les insectes ils sont attirés par une odeur ou ils se collent juste dessus par hasard ?

GI
GigiZ

Le fait que l’azote des insectes se retrouve davantage dans les fleurs est vraiment parlant. Ça donne une bonne idée de l’intérêt de ces proies pour la reproduction.

MI
mimipartie

Ah bah ça me rappelle mes plantes collantes sur le balcon, pfiou les petits moucherons restaient souvent dessus. Je pensais juste que c’était une défense, pas qu’une plante pouvait récupérer des nutriments comme ça.