On se souvient des vaccins contre la Covid-19, dont la fragilitĂ© imposait de respecter une chaĂźne du froid stricte entre leur sortie des chaĂźnes de fabrication et lâinjection.
Cette contrainte pourrait changer : des vaccins expĂ©rimentaux Ă ARN se sont montrĂ©s bien plus rĂ©sistants. Ils ont conservĂ© leurs propriĂ©tĂ©s jusquâĂ un an Ă tempĂ©rature ambiante grĂące Ă une formulation trouvĂ©e avec lâaide de lâintelligence artificielle.

Vaccins contre la Covid-19.
Image d'illustration Pixabay.
LâARN messager est une molĂ©cule fragile. Dans ces vaccins, il est enfermĂ© dans de minuscules enveloppes grasses appelĂ©es nanoparticules lipidiques, qui le protĂšgent et lâaident Ă entrer dans les cellules. MalgrĂ© cette protection, les formulations doivent gĂ©nĂ©ralement rester froides. Les chercheurs du MIT ont cherchĂ© Ă rendre des compositions proches de celles utilisĂ©es contre la Covid-19 beaucoup plus rĂ©sistantes Ă la chaleur.
Leur mĂ©thode agit sur les ingrĂ©dients ajoutĂ©s autour de ces nanoparticules. Sucres, sels ou polymĂšres peuvent protĂ©ger la prĂ©paration pendant son stockage. Or les combinaisons possibles sont nombreuses et les tester une par une demanderait beaucoup dâexpĂ©riences. LâĂ©quipe a donc utilisĂ© un algorithme capable dâapprendre Ă partir dâun petit nombre de mesures, puis de choisir les formulations les plus intĂ©ressantes Ă tester ensuite.
ConcrĂštement, prĂšs de 50 substances dĂ©jĂ autorisĂ©es comme excipients ont dâabord Ă©tĂ© examinĂ©es. Un excipient est un ingrĂ©dient qui accompagne le principe actif sans ĂȘtre lui-mĂȘme le vaccin. Lâalgorithme a ensuite guidĂ© les essais successifs. Selon lâĂ©tude publiĂ©e dans Nature Biotechnology, six cycles dâoptimisation rĂ©alisĂ©s en moins dâun mois ont suffi pour obtenir des formulations nettement plus stables.
Les chercheurs ont travaillĂ© avec deux types de nanoparticules proches des compositions utilisĂ©es pour les vaccins de Moderna et Pfizer-BioNTech. Sous forme solide et sans eau, certaines prĂ©parations ont conservĂ© toute leur activitĂ© biologique pendant plus de deux mois Ă 37 °C. Dâautres essais rapportĂ©s par le MIT montrent une stabilitĂ© pouvant atteindre un an Ă tempĂ©rature ambiante.
La stabilitĂ© chimique ne suffit cependant pas : le vaccin doit encore provoquer la rĂ©ponse immunitaire attendue. Chez des souris recevant un vaccin expĂ©rimental contre la Covid-19 aprĂšs stockage prolongĂ©, cette rĂ©ponse est restĂ©e comparable Ă celle obtenue avec une prĂ©paration fraĂźche. LâĂ©tude rapporte Ă©galement des rĂ©ponses immunitaires chez des rongeurs et des primates non humains avec les formulations solides thermostables.
Cette rĂ©sistance Ă la chaleur pourrait rĂ©duire la dĂ©pendance Ă la chaĂźne du froid. Aujourdâhui, le stockage Ă basse tempĂ©rature complique le transport vers les rĂ©gions disposant de peu dâĂ©quipements frigorifiques. Une prĂ©paration solide ouvre aussi la voie Ă dâautres modes dâadministration, notamment des patchs couverts de centaines de micro-aiguilles qui se dissolvent dans la peau.
Ces rĂ©sultats restent prĂ©cliniques : ils ne dĂ©montrent pas encore quâun vaccin ainsi formulĂ© peut ĂȘtre distribuĂ© et utilisĂ© chez lâĂȘtre humain pendant un an sans rĂ©frigĂ©ration. Les chercheurs disposent dĂ©sormais dâune mĂ©thode pour adapter la formulation Ă diffĂ©rentes nanoparticules et diffĂ©rents ARN. Des essais supplĂ©mentaires devront Ă©tablir les durĂ©es de conservation et les conditions dâutilisation adaptĂ©es Ă de futurs produits.