Alfred Tomatis

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Introduction

Alfred, Angelo Tomatis, né le 1 janvier 1920 à Nice et mort le 25 décembre 2001 à Carcassonne, est un oto-rhino-laryngologiste de renommée internationale, psychologue, chercheur et inventeur.

Il a reçu son doctorat en médecine en 1945 de la Faculté de médecine de Paris et a démissionné de l'Ordre des médecins en 1976, peu de temps avant que le conseil de l'ordre ne le radie définitivement, et qu'il soit reconnu coupable d'exercice illégal de la médecine en 1993. Ses théories sur le traitement des troubles de l’audition et du langage sont connues sous le nom de Méthode Tomatis ou Audio-Psycho-Phonologie (APP).

Biographie

Alfred Tomatis a consacré l'essentiel de sa vie professionnelle à étudier les processus liant l'écoute au langage. Son père, Humbert Tomatis est chanteur professionnel, basse noble à l'opéra de Paris. Conjuguant le goût pour le chant et la musique qu'il a hérité de sa famille et les intérêts de sa pratique clinique, il se passionne pour les relations existant entre l'oreille et la voix.

Dès 1947, il entreprit des recherches dans les domaines de l’audiologie et de la phonologie qui aboutirent à la formulation d’un certain nombre de lois qui portent désormais le nom d’Effet Tomatis (communication de Mr. Husson à l'Académie des sciences et à l’Académie de médecine en 1957). Ces découvertes approfondissent les liens étroits qui existent entre l’oreille, la voix et le système nerveux. Cette découverte est à la base de la méthode qui porte son nom et qui est appliquée dans les Centres Tomatis dans le monde.

Le Pr. Tomatis prétend avoir démontré qu'en modifiant les facultés auditives d'un sujet, on obtenait la transformation du comportement et du langage. À cet effet, il a mis au point un appareil spécifique: l'Oreille Electronique à précession. Il est aussi à l’origine d'une discipline qu’il a nommée l’Audio-Psycho-Phonologie…

Alfred Tomatis définit les trois lois de l’Effet Tomatis, pour «optimiser la capacité de communication dont chacun dispose, en donnant ou redonnant au sujet, le plus rapidement possible, sa pleine autonomie».

La base de sa théorie se trouve dans deux séries d'observations. En tant qu'oto-rhino-laryngologiste et fils de chanteur. il eut à traiter des artistes dont la voix s'était brisée. Mais, à la même époque, il dirigeait le Laboratoire d'Acoustique des Arsenaux de l'Aéronautique. Il y examinait les personnes qui avaient eu l'audition détériorée en travaillant sur les bancs d'essais des réacteurs supersoniques pour savoir s'il fallait les indemniser et, simultanément, il remarquait assez souvent une déformation très nette de la voix. Il se demanda si l'audition endommagée n'était finalement pas la cause des perturbations de la voix, même dans le cas des chanteurs. En effet, un grand ténor monte à 110,120 et même 130 dB ! Ce qui donne à peu près 150 dB dans le crâne. Or, un réacteur ATAR, au sol fait 132 dB : il n'y a pas la même énergie, mais il y a la même intensité de sortie. Approfondissant ses observations, Alfred Tomatis trouve un parallélisme entre l'examen audiométrique d'un sujet et la courbe d'enveloppe de l'analyse spectrale de sa voix ; il démarre alors une série d'expérimentations portant sur les réactions et les contre-réactions de l'audition sur l'émission vocale.

Il utilisa pour cela deux montages :

-l'un permettant de visualiser la décomposition harmonique des sons émis (analyse spectrale) par l'intermédiaire d'un micro et d'un analyseur

-l'autre donnant la possibilité de modifier à loisir l'audition du sujet soumis à l'expérience ; sa voix étant captée par un 2 micro suivi d'un amplificateur dont les caractéristiques de réponse au niveau des écouteurs portés par le sujet sont modifiables grâce à un jeu de filtres (passe-haut / passe-bas / passe-bande), permettant ainsi de faire varier la manière d'entendre du sujet et, par conséquent, sa façon de se contrôler.

L'importance extraordinaire des contre-réactions qui surgissent alors autorisait A.Tomatis à affirmer qu'il existe un véritable circuit fermé d'auto-information dont le capteur de contrôle, lors de l'émission au niveau des organes phonatoires, n'est autre que l'oreille, et que toute modification imposée à ce capteur entraîne instantanément une modification considérable du geste vocal, facile à déceler visuellement, auditivement, en tous les cas physiquement contrôlable sur le tube cathodique de l'analyseur.

Ainsi, étant assuré qu'un mode d'expression vocalique propre à un conditionnement de l'ensemble de l'appareil phonatoire s'extériorisant par un geste vocal connu, répond à une manière d'entendre déterminée par un conditionnement plus ou moins complexe de l'ensemble de l'appareil auditif ; étant assuré en outre que toute modification de cette manière d'entendre engendre un nouveau geste phonatoire, Alfred Tomatis transforma le conditionnement défectueux par un nouveau conditionnement calculé sur la base d'une courbe de réponse auditive idéale (celle d'un grand professionnel de la voix, par exemple).

Dès les premières séances, il constata qu'il subsistait une rémanence temporaire de ce nouvel état ; et au bout d'une certaine période d'entraînement, elle devient permanente.

Pour réaliser pratiquement ce processus, A.Tomatis mit au point un appareil que l'on appellera par la suite oreille électronique à effet Tomatis.

L'oreille électronique et son mode de fonctionnement

Cet appareil est un complexe électronique comportant des amplificateurs, des filtres et un jeu de bascules électroniques. Il peut être utilisé dans deux situations :

1 - L'information transmise par le magnétophone passe au travers de l'Oreille Electronique avant de parvenir aux oreilles du sujet par l'intermédiaire de deux écouteurs (training purement auditif).

2 - L'information transmise par le magnétophone est perçue et reproduite par le sujet durant les blancs sonores répartis sur la bande magnétique : quasi simultanément, la voix de l'élève est captée par un micro, contrôlée et modifiée par l'Oreille Electronique puis reproduite par les écouteurs, le sujet s'entend donc mais au travers de l'oreille électronique (training vocal).

L'Oreille Electronique agit en modulant l'information à l'intérieur d'une bande passante déterminée, afin de supprimer les scotomes (chutes de la courbe d'écoute pour certaines fréquences) et donner à cette courbe la progression nécessaire (pente ascendante) à une perception et une analyse de qualité maximale.

En outre, elle offre au message sonore deux cheminements possibles vers les écouteurs terminaux. Le premier canal correspond à la mise sous tension du tympan et des muscles du marteau et de l'étrier, le second entraîne plutôt leur détente ; il suffit alors d'un simple réglage pour faire passer alternativement l'information d'un canal sur l'autre, et provoquer ainsi un mouvement continuel de tension et de détente des mécanismes musculaires adaptateurs de l'oreille moyenne.

Cette micro gymnastique entraîne un phénomène de rémanence qui crée un conditionnement musculaire progressif et permanent, l'oreille moyenne devient ainsi capable d'accomplir elle-même spontanément et correctement les régulations nécessaires à la transmission des sons.

Ces différentes fonctions sont assurées par 4 " blocs " électroniques :

  1. Les filtres : répartis sur deux étages, ils forment les deux canaux et modulent le passage des fréquences (l'un d'entre eux peut, par exemple, livrer passage de façon préférentielle aux fréquences élevées, et l'autre aux fréquences graves).
  2. la bascule : elle régule les allées et venues successives d'un canal à l'autre ; c'est une sorte de porte qui s'ouvre et se ferme selon les variation d'intensité du message sonore.
  3. L'équilibre : pour préparer l'oreille droite à devenir directrice, le rapport des intensités sonores correspondant aux deux écouteurs est progressivement différencié par réduction de l'intensité de gauche.
  4. La précession : système permettant par un retard de différencier l'arrivée du son par voie aérienne par rapport à la voie osseuse.

Quant à l'information sonore proprement dite, elle est constituée par un ensemble de bandes magnétiques enregistrées en laboratoire, dont l'ordre de diffusion est déterminé par le programme conçu en fonction du cas traité ; il s'agit essentiellement de musique et de voix humaine éventuellement travaillées électroniquement, c'est-à-dire plus ou moins filtrées par réduction de l'intensité des fréquences graves.

Les trois lois

  • La voix ne contient que ce que l'oreille entend,

ou dans un langage plus spécifique : le larynx n'émet que les harmoniques que l'oreille peut entendre.

  • Si on rend à l'oreille lésée la possibilité d'entendre correctement les fréquences perdues ou compromises, celles-ci sont instantanement et inconsciemment restituées dans l'émission vocale.

Il est nécessaire de savoir que les sons se transmettent au cerveau de 2 manières : par perception osseuse et par voie aérienne.

L'Oreille Electronique via le casque d'écoute permet de travailler l'ensemble de la perception sonore par effet de bascule et transmet les sons à l'oreille du sujet selon un schéma précis ; un codage apparaît, les cellules auditives vont être préparées à recevoir l'excitation élective de telle ou telle fréquence. Elle permet par ce procédé de "surimposer" au sujet cette manière d'entendre, l'obligeant ainsi à percevoir les sons suivant une accommodation désirée. En résumé, selon Tomatis, par cette gymnastique, tout le circuit neuromusculaire se met à travailler et va rendre le corps apte à entendre, donc supprimer les dysfonctionnements de la voix.

Une autre loi Tomatis trouve une large application dans le domaine de l'apprentissage des langues vivantes et s'énonce de la manière suivante :

  • La stimulation auditive entretenue pendant un temps déterminé modifie par effet de remanence la posture d'auto écoute du sujet et par voie de consequence sa phonation.

En fait cette loi fait appel au conditionnement d'auto écoute nécessaire à l'apprentissage de la langue dans tous les paramètres phonétiques et sémantiques.

Influence de Tomatis

La méthode Tomatis est appliquée au sein de 200 centres. L'ensemble des praticiens sont regroupés au sein d'une association professionnelle internationale permettant de régir des standards de pratiques et normes éthiques. En 2005, le Ministère de l'Éducation polonais a introduit la méthode Tomatis dans 200 écoles pour répondre aux problèmes d'apprentissage en tous genres.

Cet auteur à côté des Centres qui se réfèrent explicitement à lui, est le père d'une postérité assez diversifiée. Nombre de ses émules, en raison de conflits interpersonnels, pour éviter les controverses sulfureuses entourant l'oeuvre de Tomatis ou pour marquer leur différence, ont proposé des outils et des méthodes dérivés en évitant parfois toute référence à leur inspirateur : on peut citer dans cet ordre d'idée le Dr Bérard (auteur de l'ouvrage "audition = comportement" qui s'est taillé un très important succès aus USA, le Dr Isi Beler inventeur du sémiophone puis du lexiphone, Patricia Joudry qui propose d'utiliser des enregistrements sans employer directement d'appareil, le Dr Bourdin qui utilisait les ressources de l'informatique et le Dr Issartel, etc.

Le Dr. Auriol, inventeur avec Marinof du variophone, puis avec le Pr Thourel de l'Akousmatix tout comme Spirig ou Bouchet reconnaissent l'apport princeps de Tomatis, même s'ils modifient certains éléments pour viser une amélioration.

On connait aussi la mise en oeuvre par des audio-prothésistes de Bordeaux (en coopération avec l'IUT) d'une préparation et d'un entraînement pour la mise en place d'aides auditives chez les malentendants (pour éviter "l'effet tiroir") par CD enregistrés.

Les CD sont réalisés individuellement avec l'aide d'un programme approprié. Ils utilisent comme Tomatis, des filtrages et puisent aussi dans l'approche de Feijoo ou d'Auriol : variations de localisation apparente du son, etc...

Titres

  • Président de l’Association Internationale d’Audi-Psycho-Phonologie.
  • Professeur à l’Ecole d’Anthropologie de Paris. Chaire de Linguistique.
  • Professeur de Psycho-Linguistique à l’Ecole des Psychologues Praticiens de l’Institut Catholique de Paris.
  • Directeur du laboratoire de Psycho-Physiologie Acoustique du Centre d’Essais des Propulseurs de Saclay.
  • Membre Honoris Causa du Dorstmundt-Institut de Munich.
  • Membre Honoris Causa de l’Université de Potchefstroom, Faculté de Psychologie.

Distinctions

  • Chevalier de la Santé Publique (1951)
  • Médaille d’Or de la Recherche Scientifique Bruxelles (1958)
  • Grande Médaille de Vermeil de la ville de Paris (1962)
  • Prix Clemence Isaure (1967)
  • Médaille d’Or de la Société “Arts, Sciences et Lettres” (1968)
  • Commandeur du Mérite Culturel et Artistique (1970)
  • Médaille d’Honneur de la Société d’Encouragement aux Arts et Lettres (1992)