En mathématiques, (algèbre et dénombrement) les coefficients binomiaux, définis pour toutentier naturel n et tout entier naturel k inférieur ou égal à n, donnent le nombre de sous-ensembles différents à k éléments que l'on peut former à partir d'un ensemble contenant n éléments. On les note (kn) (lu « k parmi n » ) ou Cnk (lu « combinaison de k parmi n »), la première notation étant préconisée en France pour l'enseignement des mathématiques en terminale scientifique. Cette quantité s'exprime à l'aide de la fonction factorielle :
(kn)=Cnk=k!(n−k)!n!
Les coefficients binomiaux interviennent dans de nombreux domaines des mathématiques : développement du binôme, dénombrement, développement en série, lois de probabilités.
On peut les généraliser, sous certaines conditions, aux nombres complexes.
Établissement de la formule
L'expression de (kn) se détermine en utilisant les arrangements. On calcule le nombre d'arrangements ou de listes ordonnées à k éléments pris dans un ensemble en contenant n de deux façons différentes. La confrontation des deux calculs donne l'expression algébrique de (kn)
Une liste ordonnée de k éléments pris parmi n peut être constituée en choisissant le premier élément parmi n, (n choix possibles), puis le deuxième élément parmi n -1 (n -1 choix possibles) , etc. le dernier élément étant choisi parmi n - k+1 éléments. Il existe donc n(n−1)(n−2)⋯(n−k+1)=(n−k)!n! listes ordonnées de k éléments pris parmi n.
Mais on peut aussi choisir d'abord le sous-ensemble des k éléments parmi n ((kn) choix possibles) puis ordonner l'ensemble pour constituer une liste (k! ordres possibles). Il existe donc (kn)×k! listes ordonnées de k éléments pris parmi n.
En confrontant ces deux expressions, on obtient l'expression de(kn) :
(kn)=k!(n−k)!n!
Définition algébrique des coefficients binomiaux d'entiers
Le coefficient binomial des entiers naturels n et k est noté (kn) ou Cnk et vaut :
Ici n ! désigne la factorielle de n. On remarque qu'il existe deux notations : le coefficient binomial de n et k s'écrit
Cnk ou C(n,k) et se lit « combinaison de k parmi n » ou aussi « cnk »,
ou bien (kn) et se lit « k parmi n ».
Une importante relation, la formule de Pascal, lie les coefficients binomiaux :
(kn)+(k+1n)=(k+1n+1)(2)
Elle donne lieu au triangle de Pascal qui permet un calcul rapide des coefficients pour de petites valeurs de n :
ligne 0: 1 ligne 1: 1 1 ligne 2: 1 2 1 ligne 3: 1 3 3 1 ligne 4: 1 4 6 4 1 ligne 5: 1 5 10 10 5 1 ligne 6: 1 6 15 20 15 6 1 ligne 7: 1 7 21 35 35 21 7 1
Les coefficients (kn),k∈[[0;n]] figurent à la n ligne. Le triangle est construit en plaçant des 1 aux extrémités de chaque ligne et en complétant la ligne en reportant la somme des deux nombres adjacents de la ligne supérieure. Cette méthode permet le calcul rapide des coefficients binomiaux sans division ni multiplication.
Note : pour k∈[[0;n]], le coefficient binomial est un nombre entier.
Utilisation des coefficients binomiaux
Développement du binôme de Newton
Ces nombres sont les coefficients qui apparaissent en développant la puissancen de x + y :
(x+y)n=k=0∑n(kn)xn−kyk(3)
Par exemple, en regardant la cinquième ligne du triangle de Pascal, on obtient immédiatement que :
(x+y)5=x5+5x4y+10x3y2+10x2y3+5xy4+y5 .
Combinatoire et statistique
Les coefficients binomiaux sont importants en combinatoire, parce qu'ils fournissent des formules utilisées dans des problèmes fréquents de dénombrement :
Le nombre de parties à k éléments dans un ensemble à n éléments est égal à (kn). C'est également le nombre de listes de longueurn, constituées de 1 et de 0, et ayant k fois l'élément 1 et n-k l'élément 0. Ces parties ou ces listes sont appelées des k-combinaisons sans répétition.
Le nombre de suites de n entiers naturels dont la somme vaut k est égale à (kn+k−1). C'est aussi le nombre de façons de choisir k éléments d'un ensemble à n éléments si les répétitions sont permises (nombre de combinaisons avec répétition).
Ils interviennent dans la définition des polynômes de Bernstein et dans l'équation paramétrique d'une courbe de Bézier.
D'un point de vue plus intuitif, ce nombre permet de savoir combien de tirages de k éléments parmi n différents on peut réaliser. Exemple: les quatre as d'un jeu de cartes sont face contre table, on veut savoir combien de possibilités de jeu il existe si l'on prend simultanément deux cartes au hasard. Si l'on suit la formule il y en a six.
Il n'existe pas d'autres possibilités vu que l'ordre n'importe pas (« carreau - pique » est équivalent à « pique - carreau »).
Diviseurs et coefficients binomiaux
Les diviseurs premiers de (kn) possèdent la propriété suivante : Si p est un nombre premier et pr est la plus grande puissance de p qui divise (kn), alors r est égal au nombre d'entiers naturels j tels que la partie fractionnaire de pjk soit plus grande que la partie fractionnaire de pjn. C'est le nombre de retenues dans la soustraction de n par k, lorsque ces deux nombres sont écrits en base p.
En particulier, (kn) est toujours divisible par n/pgcd(n,k) (pgcd signifie plus grand commun diviseur).
La règle permet de déterminer les (kn) qui sont pairs. Il suffit pour cela de prendre p = 2 et r≥1. La soustraction de n par k nécessite donc au moins une retenue en binaire. Cela signifie que, dans le développement binaire de n, il se trouve au moins un 0 situé au même rang qu'un 1 dans le développement binaire de k.
A l'inverse, (kn) est impair si, à chaque fois que k possède un 1 dans son développement binaire, il en est de même de n au même rang. On dit que kimpliquen. Par exemple, si n est de la forme 2 − 1, tous ses chiffres binaires valent 1, et tous les (kn) seront impairs. Si n = 2, alors n possède un seul 1 dans son développement binaire, et seuls (0n) et (nn) sont impairs, tous les autres sont pairs.
Généralisations
L'écriture de (kn), pour tout entier n et tout entier k compris entre 1 et n, sous la forme
(kn)=k!∏i=0k−1(n−i)
permet d'envisager une extension possible aussi pour tout entier n négatif et tout entier k strictement positif en utilisant l'expression suivante :
C'est cette forme des coefficients binomiaux qui est utilisée dans la formule du binôme généralisée.
Pour tout entier k, l'expression (kz) est un polynôme en z de degrék à coefficients rationnels. Tout polynôme p(z) de degré d peut réciproquement être écrit sous la forme p(z)=∑k=0dak(kz) ; on aboutit ainsi, par exemple, aux formules de Faulhaber.
Une autre généralisation importante des coefficients binomiaux part de la formule du multinôme, laquelle permet de définir les coefficients multinomiaux.
Enfin, le calcul de (kn) peut se généraliser, à l'aide de la fonction Gamma. On remarque que, pour tout entier naturel n, n! = Γ(n + 1), ainsi, l'on a, pour tout entier n et pour tout entier k inférieur ou égal à n,
(kn)=Γ(k+1)Γ(n−k+1)Γ(n+1)
Comme la fonctionΓ est définie pour tout complexe de C∗−Z−, on peut généraliser le coefficient binomial à tous complexes s et t différents des entiers négatifs et tels que s - t ne soit pas un entier négatif, par la formule :
(ts)=Γ(t+1)Γ(s−t+1)Γ(s+1);
Cette formule peut d'ailleurs s'écrire plus simplement à l'aide de la fonction bêta :
(ts)=(s+1)B(t+1,s−t+1)1;
On peut tenter d'unifier les définitions avec la fonction Gamma, en résolvant le problème de pôles de cette fonction par un passage à la limite :
(ts)=u→slimv→tlimΓ(v+1)Γ(u−v+1)Γ(u+1)
Mais il faut prendre garde à l'ordre des limites qui ne peuvent commuter et cette définition conduit à une valeur infinie du coefficient binomial dans les cas non étudiés précédemment
Formules faisant intervenir les coefficients binomiaux
On suppose que k, n sont des entiers ; z, z' des complexes.
Les formules suivantes peuvent être utiles :
(kn)=(n−kn)(4)
(kn)=kn(k−1n−1)(k>0) et plus généralement (kz)=kz(k−1z−1)(5).
En remplaçant dans (3) x = y = 1, on obtient
k=0∑n(kn)=2n(6)
En dérivant (3), et en remplaçant x = y = 1, il vient
k=1∑nk(kn)=n2n−1(7)
En développant (x+y)n.(x+y)m=(x+y)m+n avec (3), on obtient l'identité de Vandermonde :
∑j=0k(jm)(k−jn)=(km+n) et plus généralement ∑j=0k(jz)(k−jz′)=(kz+z′)(8)
À partir du développement (8), en remplaçant m = k = n et en utilisant (4), on obtient
k=0∑n(kn)2=(n2n)(9)
En développant (x+y)2n(x−y)2n=(x2−y2)2n et en observant le coefficient devantx2ny2n, on obtient
k=0∑2n(−1)k(k2n)2=(−1)n(n2n)(10)
On a,
k=0∑n(kn−k)=F(n+1)(11)
Ici, F(n+1) désigne le n+1 ième terme de la suite de Fibonacci. Cette formule sur les diagonales du triangle de Pascal peut être démontrée par une récurrence sur n en utilisant (2).
Et enfin,
j=k∑n(kj)=(k+1n+1)(12)
Cela peut être démontré par récurrence sur n en utilisant (2).