Le respect de l’animal dans la tradition juive
Les exigences de respecter la dignité des animaux, de leur vivant et jusqu’après leur mort et de limiter au mieux leur souffrance et leur stress au moment de leur mise à mort apparaissent à de nombreuses reprises dans la Torah et sous la plume des commentateurs, par exemple : - Interdiction de museler le boeuf pour l'empêcher de se nourrir durant son travail aux champs (Deutéronome XXV,4) ; - Repos obligatoire des animaux le shabbat (Exode XX,10) ; - "Si tu vois l'âne de ton ennemi succomber sous sa charge, garde-toi de l'abandonner, aide-le au contraire à le décharger" (Exode XXIII,5). - L'interdiction de faire souffrir un être vivant est un ordre de la Torah (Talmud, traité Baba Metzia 32b) ; - Obligation de nourrir les animaux avant de prendre son propre repas (Guitine 62a) ; - Interdiction d'atteler ensemble un boeuf et un âne car leurs forces et leurs allures sont différentes (Commentaire de Ibn Ezra sur Deutéronome XXII, 10) ; - Interdiction de la chasse comme loisir (Noda Biyeouda de Rabbi Ezechiel Landau 1713-1793, tome 1, question 10) ; - Interdiction de la castration (commentaire Even Hauzer V,11).
La polémique sur les travaux scientifiques récents
La shehita ayant été le mode d'abattage le plus contesté, elle a eu le privilège d'être le plus étudié par les scientifiques depuis un siècle. Mais pour évaluer la douleur animale pendant la shehita, encore faut-il se baser sur des études appliquant rigoureusement le protocole technique de la shehita (personnel hautement qualifié, instrument et incision optimisées). En 2010, la polémique bat son plein.
En effet des travaux néo-zélandais récents sur la douleur animale pendant l’égorgement ont conclu que la technique de la shehita ne réduisait pas la douleur animale. En février 2010, Temple Grandin, professeur en zootechnie de l'Université du Colorado, a remis en cause les protocoles et, par conséquent, les conclusions de ces études néo-zélandaises.
En se référant notamment à ces études menées en 2009 en Nouvelle-Zélande, le projet DIALREL mené par la Commission Européenne a toutefois conclu notamment que «Pendant l'égorgement sans étourdissement et souvent pendant l'étourdissement après l'égorgement, l'enserrement est complexe et impose plus de stress et tension à l'animal que l'étourdissement avant l'égorgement», « Toutes les méthodes d'abattage comportent le risque d'un équipement inadéquat ou d'un manque d'expertise suffisant», «Il y a place considérable au développement et à une amélioration quant à la gestion des risques pour toutes les méthodes d'abattage», «le temps à la perte de conscience ne peut pas être forcément atténué par l'exécution de la coupe ».
Quel est le problème avec l'abattage après "étourdissement" ?
Les modes d'abattage couramment utilisés en Europe (autres que la shehita) impliquent un "étourdissement" de l'animal avant l’incision. "L'étourdissement" au pistolet à tige perforante consiste à perforer la boîte cranienne des bovins à l'aide d'une tige métallique. La réussite de l’opération dépend du point d'impact, de l'angle utilisé et donc de la dextérité du technicien effectuant cette tâche. En raison des cadences d'abattage à la chaîne, les échecs peuvent être fréquents (jusqu'à 7 % d'échecs). Dans ces cas, l'animal percevra tout, souffrira, sera conscient, mais ne pourra pas bouger. Pour éviter les contractions de l’animal -contractions en général d’origine réflexe, dangereuses pour le personnel, on peut enfoncer un “jonc” (aiguille) dans le canal rachidien, pour détruire les centres nerveux.
En France, les conditions d'étourdissement ont fortement évolué ces dernières années, le personnel bénéficie d'une formation poussée, les contrôles sont très stricts et les échecs sont devenus rares. La technique du jonc n'est plus utilisée.
L'un des facteurs essentiels de la réussite de l'opération est la formation de personnel qualifié. Or dans la shehita, la présence d'un shohet hautement qualifié, ayant plusieurs années de formation et une solide expérience limite les erreurs.
Après l'étourdissement, on suspend immédiatement l’animal par une patte arrière, et on pratique l’incision du cou. Le saignement de l’animal peut alors être plus lent que lors de la 'shehita'.
L'incidence du projet de directive européen d'étiquetage
Le 16 juin 2010, le Parlement européen a voté un amendement dans le projet de réglementation sur l'étiquetage. Les viandes provenant d'animaux abattus rituellement feront l'objet d'un étiquetage spécial à caractère négatif. Cet étiquetage aura pour conséquence que ces viandes n'entreront plus dans les circuits de distribution classiques. A court terme, on peut prévoir que les croyants ne pourront plus acquérir des viandes provenant d'animaux abattus rituellement en Europe.