En 1983, une expérience originale dans l'université commençait. Elle consistait à répondre à la question de savoir comment il fallait s'y prendre pour préparer les jeunes générations à rencontrer les changements qui traversaient tous les aspects de la vie économique et sociale, notamment ceux concernant les activités de travail. Ce qui supposait de répondre, simultanément, à une question subsidiaire, mais inévitable : quels moyens ont les universitaires eux-mêmes pour affronter ces interrogations nouvelles ? Une conviction a dès lors pris corps et porté tout un processus : les relations entre l'université et les activités économiques et sociales étaient trop indirectes, ou conçues de manière trop étroite, formelle, parcellaire, instrumentale. Il convenait donc d'en repenser les articulations. C'est cette conviction qui a soutenu la création continuée d'un « dispositif » diversifié d'apprentissages réciproques entre les ressources des savoirs universitaires requis par les emplois, les métiers, les techniques en mouvement, et les savoirs nouveaux portés par les nouvelles configurations d'activité. L'université de Provence d’Aix-en-Provence et son département de philosophie ont été le cadre de ce dispositif.
Pluridisciplinaire et pluriprofessionnel, le dispositif, ainsi mis en œuvre, ne se réclamait d'aucune discipline existante en particulier, mais avait l'ambition de les requérir toutes, en tant que l'activité humaine, et notoirement l'activité de travail, traversent et interrogent tous les savoirs et toutes les expériences industrieuses. Sa réussite, sa notoriété grandissante au plan national comme international, conduisaient l'université de Provence à créer un département nouveau, appelé département d’ergologie, institutionnalisant ainsi cette expérience, et lui conférant dans le même temps une sorte de reconnaissance académique.
Cette expérience ne prétend pas s'approprier ou remplacer les autres contextes intellectuels qui ont conduit à utiliser et donner un contenu partiellement différent au mot "ergologie".