En 1971, Chowning écrivant sa première pièce avec ordinateur, Sabelithe, utilisa la qualité du contrôle numérique des paramètres d’espace non seulement pour réaliser une pièce originale, mais aussi pour créer une forme d’écoute liée à un processus bien particulier. Puis les technologies numériques commenceront, au milieu des années soixante-dix, à rejoindre les contraintes que veut lui imposer le compositeur ; l’expression musicale ancrée sur le fond sert à créer des formes qui transportent l’auditeur dans un univers particulier. Ce jeu de l’expressivité d’un projet musical, adapté au jeu de relations entre général et particulier, Chowning l’utilisera avec à-propos dans son œuvre Stria (1977). Il y ordonne sa composition autour du phénomène local de consonance (caractérisé par l’enveloppe spectrale et les rapports de transposition), et contrôle le devenir de ces résonances par l’ordinateur à l’aide des formules économiques de synthèse par modulation de fréquence qu’il a lui-même mises à jour. A l’intérieur du son, il joue à perdre l’auditeur dans la construction d’un spectre inharmonique (rapports porteuse - modulante irrationnel) et fondé sur la cohésion (rapport égal au nombre d'or).
Malgré le peu de références au connu, qui chez tout autre perdrait l’auditeur dans la vaste immersion du virtuel, avec Chowning cette sensation d’étrangeté est recentrée dans une cohésion perceptive, obligeant à focaliser l’attention derrière des représentations de hauteur (densités spectrales fusionnées, micro-intervalles…) et d’organisation du temps (croissance exponentielle et décroissance, vitesse d’un glissando, attaques…). La part de micro-organisation du sonore développe les caractéristiques formelles d’un macroniveau, déploiement dans l’espace et dans le temps du matériau originel.
L’équilibre formel parvient ainsi à se maintenir grâce à un équilibre fonctionnel anticipé par le compositeur. L’analyse des fonctions perceptives macroscopiques et microscopiques (perception de la variance, faisceau d’indices rémanents, contrôle de la dissonance…), et de la mémoire phosphorescente, motivée par des articulations qui agissent comme des rappels, permet d’intervenir pertinemment sur la perception de la structure globale Pour l’auditeur il en résulte que la structuration locale et la forme globale (dynamique croissante et décroissante, antiphonie) se répondent et se renforcent comme une multitude d’instants uniques qui interagissent.