Pierre Bucher

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Introduction

Le docteur Pierre Bucher (1869 - 1921), principal fondateur du Musée alsacien de Strasbourg, fut « l'âme de l'Alsace » pendant la période d'annexion de cette région à l'Allemagne.

Biographie

Enfance et études

Pierre Bucher naît à Guebwiller dans le Haut-Rhin le 10 août 1869. Son père est comptable à l'usine Schlumberger. Sa mère meurt alors qu'il est encore très jeune. Sa soeur est Jeanne Bucher qui créera sa galerie à Paris.

Il effectue ses études supérieures à Guebwiller, puis à Strasbourg, où il étudie la médecine. Il passe un an à Paris en 1896 et effectue des stages en Allemagne et en Suisse. Il effectue son « volontariat » dans l'armée allemande au milieu de ses études.

Il s'établit médecin à Strasbourg en 1897 et se spécialise dans les maladies nerveuses et infantiles. Il y épouse Amélie Haehl, originaire de la Robertsau.

Avant guerre

Pierre Bucher s'intéresse aux mouvements artistiques alsaciens. En 1901, il prend la direction de la Revue Alsacienne Illustrée, qui a pour objectif de faire connaître la culture et les traditions alsaciennes en mettant en valeur leurs racines françaises. En 1912, avec le Dr. Ferdinand Dollinger, il ajoute à cette revue les Cahiers alsaciens, chroniques de la vie morale et économique de l'Alsace, plus opposés à la culture germanique.

Avec le frère de Ferdinand Dollinger, Léon, il fondateur le Musée alsacien de Strasbourg, et il s'implique dans de nombreuses associations ou groupements alsaciens. Ainsi, sous son impulsion se créent en Alsace des Cercles des Annales, patronnés par des alsaciennes, notamment Mme Adolphe Brisson . Ces cercles apportent des nouvelles de France à l'Alsace allemande. Il fait partie de la Société des Amis des Arts, qui organise notamment l'exposition française de 1907 où sont exposés Rodin, Besnard, Cottet, ...

Les Allemands limitant le nombre de représentation théâtrales en français, il crée la Société Dramatique, dont Frédéric Eccard prend la présidence. Il organise également des conférences, et soutient les Cours Populaires de langue française avec ses collaboratrices Melles Riehl, Friedolsheim et Musculus, afin d'apprendre le français aux jeunes alsaciens.

Il suit également les événements universitaires, et soutient la création du Cercle des Étudiants. Lorsque ce cercle est dissout en 1911 par les autorités universitaires allemandes, il protège les étudiants frappés, et soutient alors la création d'un Cercle d'anciens étudiants.

Soucieux de l'image de l'Alsace en France, il invite des écrivains français tels que René Bazin, André Hallays, Georges Delahache, Paul Acker ou Pierre de Guirielle, leur parle de l'Alsace et leur décrit l'état d'esprit des alsaciens. Le héros de Au service de l'Allemagne de Maurice Barrès, le volontaire Ehrmann, aurait ainsi été inspiré par Pierre Bucher. Il participe enfin aux efforts du Comité du Monument Français de 1870 à Wissembourg.

D'après ses contemporains, le fait qu'il n'ait pas été arrêté par les autorités allemandes malgré toutes ses initiatives visant à faire progresser les idées françaises en Alsace s'explique par sa discrétion, sa prudence, sa très bonne connaissance de l'Allemagne et de ses administrations, ainsi que par le fait qu'il soit continuellement resté dans la légalité.

Pendant la guerre

Le 30 juillet 1914, il est prévenu de son arrestation imminente par la police allemande, s'enfuit en Suisse , puis s'engage dans l'armée française. Tous ses biens sont saisis par les allemands, et il est condamné à mort pour haute trahison et désertion. Les Allemands publient des lettres saisies dans sa maison, qui décrivent ses efforts pour défendre la cause française en Alsace, sous le nom Zehn Jahre Minenkrieg im Friden (Dix ans de guerre de mines pendant la paix). Sa femme, par hasard à Lyon avec leurs filles, y reste, et prend la direction de l'hôpital de l'Arbresle

Il rejoint le corps médical, mais n'y reste pas, car l'armée souhaite utiliser sa grande connaissance de l'Alsace. Il est ainsi détaché à l'État Major du général Pau, commandant de l'armée d'Alsace. Après être arrivé à Mulhouse, puis Rouffach, il est détaché au service de renseignement de Belfort, au centre de Réchésy, au carrefour de l'Alsace libérée, de la Suisse et du territoire de Belfort. Il y est chargé d'obtenir des informations politiques et militaires sur l'Allemagne. C'est suite à son travail à Réchésy qu'il sera décoré officier de la Légion d'Honneur.

Lorsque Clemenceau arrive à la présidence du conseil et du ministère de la guerre (à voir), il délègue Pierre Bucher auprès de Paul Dutasta, ambassadeur de France en Suisse. Lorsque Strasbourg est libéré, il est l'un des premiers officiers français à y entrer.

Après guerre

Refusant le poste de maire de Strasbourg , il est ensuite attaché au commissariat général de la République à Strasbourg. Il y sera le collaborateur de Maringer d'abord, et de Millerand ensuite.

Il quitte ce poste, en septembre 1920, pour se consacrer aux associations qu'il soutient, notamment la Société des Amis de l'Université, dont il est le secrétaire général, et dont il a obtenu que Raymond Poincaré soit le président. Il soutient par ailleurs le Livre français, les Cours Populaires, le Bulletin de la Presse allemande, la Conférence au village, le Cercle des étudiants, la Marseillaise, ...

Tombe de Pierre Bucher et de sa famille au Cimetière Nord de Strasbourg

Il inaugure l'Université française de Strasbourg le 22 novembre 1919, et il est nommé commandeur de la Légion d'Honneur. Il crée l'Alsace française, reprenant le concept de la Revue Alsacienne Illustrée, dont le premier numéro paraît le premier janvier 1921, qu'il dirige jusqu'à sa mort.

Il meurt le 15 février 1921, des suites de l'opération d'une ancienne blessure de guerre. La rue du Cercle, à Strasbourg, où se tenaient les locaux de l'Alsace française, sera rebaptisée « Rue Pierre Bucher » en septembre 1921.

Pierre Bucher est inhumé au Cimetière Nord de Strasbourg (Robertsau).

Bibliographie

  • (de) Gustav Hilger, Pierre Bucher : Der 'Apostel' französischer Propaganda im deutschen Elsaβ : Eine Lebensskizze nach französischen Quellen, Die Rheinbrücke, Freiburg in Breisgau, 1926, 79 p.
  • (fr) Pierre Bucher, 1869-1921 : études, souvenirs, témoignages (publ. par les Amis du Dr Pierre Bucher), Plon, Paris, 1922 (5 éd.), 337 p. (articles nécrologiques publiés dans différents journaux et revues de février à novembre 1921)
  • (fr) Édouard Schuré, L'Alsace Française, Librairie académique Perrin,1916 (une partie de ce livre décrit des souvenirs d'enfance de Pierre Bucher)
  • (fr) Gisèle Loth, Un rêve de France : Pierre Bucher, une passion française au cœur de l'Alsace allemande, 1869-1921, la Nuée bleue, Strasbourg, 2000, 350 p.
  • (fr) Collectif, Boches ou tricolores, (sous la direction de Jean-Noël Grandhomme), la Nuée Bleue, 2008.