Introduction
La probabilité stationnaire d'une chaîne de Markov s'interprète usuellement comme la fraction du temps passé en chaque état 

presque sûrement, sous certaines hypothèses détaillées plus bas. La variable aléatoire 






La probabilité stationnaire d'une chaîne de Markov s'interprète usuellement comme la fraction du temps passé en chaque état 

presque sûrement, sous certaines hypothèses détaillées plus bas. La variable aléatoire 







ou, de manière équivalente,
Une mesure stationnaire est une fonction propre de la transposée de la matrice de transition, associée à la valeur propre 1.
Remarques :


L'existence d'une probabilité stationnaire 



Rappelons que lorsqu'on étudie une chaîne de Markov particulière, sa matrice de transition est en général bien définie et fixée tout au long de l'étude, mais la loi initiale peut changer lors de l'étude et les notations doivent refléter la loi initiale considérée sur le moment : si à un moment de l'étude on considère une chaîne de Markov de loi initiale définie par alors les probabilités sont notées et les espérances sont notées En particulier, si on dit que la chaîne de Markov part de les probabilités sont notées et les espérances sont notées Ci-dessus, dans la notation l'indice signifie qu'on calcule l'espérance pour la chaîne de Markov partant de i.e. de loi initiale définie par Ainsi ![\scriptstyle\ \mathbb{E}_i\left[T_i\right]\](https://static.techno-science.net/illustrations/definitions/34px/d/dd83656c334a5d94b40e7dcf3ed7dea5_0d7c9b50d3a4aa558c005ae49101eb86.png)
Théorème — Si une chaîne de Markov est irréductible, alors il existe au plus une probabilité stationnaire. On a alors équivalence entre les 3 propositions :
Supposons qu'une des 3 conditions ci-dessus est remplie et notons l'unique probabilité stationnaire : alors
Théorème — Une chaîne de Markov irréductible à espace d'états fini est récurrente positive (i.e. tous ses états sont récurrents positifs).
La relation entre existence et unicité des probabilités stationnaires, classifications des états de la chaîne de Markov et récurrence positive est traité dans un cadre complètement général à la section Existence et unicité. Cependant les théorèmes ci-dessus, valables uniquement pour les chaînes de Markov irréductibles, sont suffisants dans un grand nombre d'exemples.

Graphe de la marche réfléchie en 0

Distribution empirique (rouge) et distribution stationnaire (bleue) pour la marche réfléchie en 0, départ à la moyenne stationnaire -1+1/ρ=2 : p=0.4, q=0.6, ρ=1/3, 2 000 pas

Distribution empirique (rouge) : départ à la moyenne stationnaire -1+1/ρ=12, p=0.48, q=0.52, ρ=1/13, 2 000 pas

Distribution empirique (rouge) : départ à la moyenne stationnaire -1+1/ρ=12, p=0.48, q=0.52, ρ=1/13, 20 000 pas
Dans le cas d'une chaîne de Markov irréductible et récurrente positive, la loi forte des grands nombres est en vigueur : la moyenne d'une fonction 
on a presque sûrement :
La moyenne de la valeur des instances est donc, sur le long terme, égale à l'espérance de la probabilité stationnaire. En particulier, cette équivalence sur les moyennes s'applique si 

Cela permet d'approcher la probabilité stationnaire par un histogramme (la distribution empirique) construit à partir d'une séquence particulière.
En particulier, si le processus est construit en prenant la probabilité stationnaire comme loi initiale, le shift 
préserve la mesure, ce qui fait de la chaîne de Markov un système dynamique. La loi forte des grands nombres entraine alors que la chaîne de Markov est un système dynamique ergodique. L'ergodicité est à la fois plus forte que la loi forte des grands nombres car on peut en déduire, par exemple, que 

Si la chaîne de Markov est irréductible, récurrente positive et apériodique, alors 





Typiquement, par exemple dans le cas d'une chaîne de Markov à espace d'états fini irréductible, récurrente positive et apériodique, la convergence est exponentiellement rapide, i.e. pour une norme quelconque, on peut trouver 
![\scriptstyle\ \alpha\in]0,1[\](https://static.techno-science.net/illustrations/definitions/44px/7/7d21786384dca07e6997bf9a2bafdf05_4063cf71d7357e52204b2cabeab39aad.png)
On trouve plus loin dans l'article une démonstration de cette décroissance exponentielle dans le cas particulier des chaînes réversibles.
Si la chaîne de Markov est irréductible et récurrente positive alors, par suite de la loi forte des grands nombres, la mesure empirique de la chaîne de Markov,
converge vers l'unique distribution stationnaire. Typiquement, par exemple dans le cas d'une chaîne de Markov à espace d'états fini irréductible et récurrente positive, la convergence est, en un certain sens, en Cela permet d'approcher la probabilité stationnaire par un histogramme construit à partir d'une séquence particulière. Nota: alors que la loi de notée ci-dessus, est une mesure de probabilité fixée, la loi empirique est, elle, une mesure de probabilité aléatoire, ou bien, si l'on veut, une variable aléatoire à valeurs dans les mesures de probabilité.
Marche aléatoire réfléchie :
C'est la chaîne de Markov d'espace d'états de matrice de transition définie par pour tout et pour Ce modèle est étroitement lié à l'étude des files d'attente M/M/1. La marche aléatoire réfléchie est
On a dessiné ci-contre des exemples de distributions empiriques et de distributions stationnaires pour la marche réfléchie en 0, pour : il semble que la convergence de l'une vers l'autre soit de plus en plus lente lorsque tend vers 0, i.e. quand on se rapproche des cas récurrents nuls et transients.
Théorème — 1. Si est une mesure de masse 
alors est une probabilité stationnaire.
2. Plus généralement, si pour une mesure de masse finie il existe une matrice de transition satisfaisant
alors est une probabilité stationnaire.
3. Si est une probabilité stationnaire, associée à la matrice de transition telle que alors définie par
est une matrice de transition.
Si une variable aléatoire 


on dit que X est une chaîne de Markov stationnaire, de matrice de transition et de loi stationnaire En effet :


Renversons le cours du temps, i.e. considérons la suite 
Yt = X − t.
On a alors
Proposition —
Y est une chaîne de Markov stationnaire, de matrice de transition (définie au point 3 ci-dessus) et de loi stationnaire
Si 

alors X et Y ont même loi. On dit que ces deux chaînes de Markov sont réversibles.

Graphe de la marche du cavalier sur l'échiquier (quart Sud-Ouest), et degré des sommets
Soit G un graphe connexe, fini, simple et sans boucles. Par définition,
i.e. à partir de on saute vers un de ses voisins choisis au hasard (avec équiprobabilité), désignant le degré de dans le graphe La connexité de entraîne l'irréductibilité de la marche aléatoire et l'unicité de la probabilité stationnaire. On remarque que satisfait le critère 2, or i.e. est deux fois le nombre d'arètes de Ainsi est l'unique probabilité stationnaire : on passe d'autant plus de temps en un sommet que son degré est élevé, et ce temps de séjour asymptotique est proportionnel au degré du sommet, avec coefficient de proportionnalité Un exemple amusant est la marche aléatoire d'un cavalier sur un échiquier.
C'est un cas particulier de l'exemple ci-dessus, où et 
c'est-à-dire qu'il faut en moyenne 168 sauts à un cavalier partant du coin Sud-Ouest pour y retourner. On peut étudier de la même manière les autres pièces du jeu d'échecs.
Deux chiens (disons A et B) se partagent N puces de la manière suivante : à chaque instant t entier, une des N puces est tirée au hasard et change alors de chien. Notons Xt le nombre de puces infestant A au temps t : X=(Xt )t≥0 est une chaîne de Markov en vertu du critère fondamental. Supposons que dans l'état initial, le chien A n'a aucune puce.
Cette chaîne de Markov est clairement irréductible. Si on la suppose réversible, on doit avoir
ce qui suggère une probabilité stationnaire, π = (πk )0≤k≤N , proportionnelle aux coefficients binomiaux. La seule loi de probabilité proportionnelle aux coefficients binomiaux est la loi binomiale de paramètre 1/2 (et N). La chaîne est donc bien réversible, et le temps écoulé entre deux passages par l'état initial est
Cet exemple illustre la réponse de Boltzmann à Zermelo : Zermelo observait une contradiction entre le théorème de récurrence de Poincaré, selon lequel un système dynamique repasse infiniment souvent par un état donné, et le Théorème H de Boltzmann. La réponse de Boltzmann consiste à estimer le temps de récurrence moyen : pour un gaz macroscopique contenant molécules, Boltzmann estime celui-ci d'ordre , une durée qui est largement supérieure à l'age de l'univers lorsque ; les récurrences sont donc invisibles à notre échelle.
On suppose
Alors
Théorème — La matrice de transition P est diagonalisable à gauche dans une base orthonormée pour la distance du χ , i.e. dans une base orthonormée pour la forme bilinéaire
Ses valeurs propres à gauche sont réelles et de valeurs absolues inférieures à 1.
Si la chaîne est irréductible et apériodique, 1 est valeur propre de P de multiplicité 1, et les autres valeurs propres sont en valeur absolue strictement inférieures à 1. Si on note α le maximum de ces valeurs absolues et si on note μn la loi de la chaîne au temps n, on en déduit que
Si l'erreur relative, au site i, est définie par
alors la distance du χ entre μn et π s'écrit
Ainsi les erreurs relatives sont moins pénalisantes si elles affectent les états les moins probables mais sont, toutefois, plus pénalisantes que si on utilise la distance euclidienne classique :
Théorème — La matrice de transition P possède N+1 valeurs propres distinctes :
Le vecteur ek défini par
est un vecteur propre à gauche de P associé à la valeur propre λk .
Ainsi, il y a convergence vers la loi stationnaire uniquement si la loi initiale μ est orthogonale à eN , i.e. si
En ce cas

Graphe d'une chaîne de Markov non irréductible à espace d'états fini, possédant 3 classes : et
Discuter l'existence et l'unicité d'une probabilité stationnaire 


Théorème — On a équivalence entre les 2 propositions suivantes


Si l'une des deux conditions précédentes est remplie, alors
De plus, il y a équivalence entre
En particulier, si une chaîne de Markov possède au moins un état récurrent positif, alors il existe une probabilité stationnaire.
Exemple :
Pour la chaîne dont le graphe est représenté ci-dessus, l'ensemble des probabilités stationnaires est le segment dont les extrémités, correspondant aux deux classes finales 

Corollaire — Si une chaîne de Markov possède une seule classe finale 
Supposons qu'une des 3 conditions ci-dessus soit remplie et notons l'unique probabilité stationnaire : alors
et on a la série d'équivalences
Ce théorème vaut en particulier pour les chaînes de Markov irréductibles, puisque ces dernières possèdent une seule classe (qui est donc nécessairement une classe finale) ; les chaînes de Markov irréductibles vérifient en particulier