France
Naissance : antisémitisme et école primaire obligatoire
En France, les universités populaires naissent dans le contexte de l'affaire Dreyfus. Face à la déraison que manifestent les idées antisémites, face aux passions qui se déchaînent alors, les universités populaires tentent d'apporter une réponse humaniste.
Autre élément du contexte : les lois scolaires mises en place par Jules Ferry. Si celles-ci permettent dès lors un enseignement gratuit, elles ne touchent évidemment pas les adultes. Les universités populaires essaient donc dès l'origine de combler cette lacune en s'adressant à un public qui n'a pu bénéficier auparavant de « l'instruction publique ».
C'est ainsi qu'est née, en 1896, la première université populaire française : « La Coopération des idées », à l'initiative de Georges Deherme et d'ouvriers de Montreuil-sous-Bois. En 1899, Deherme lance un appel à fonder une « Société des Universités populaires ». Celles-ci sont au nombre de 124 en 1901.
On peut aussi citer l'exemple de la première « Université populaire de Bourges », née grâce à la Bourse du travail de Bourges, qui avait été créée en 1897.
Ce groupement laïque d'enseignement populaire d'éducation mutuelle, pour citer C.E. Roth, est alors subventionné par le conseil municipal et le conseil général… et survit à l'épreuve de la Grande Guerre. Ce détail importe, car les universités populaires ont eu à traverser des passes difficiles, comme l'indique la suite.
Difficultés et renaissance politisée
La fin de l'affaire Dreyfus, la difficile coexistence d'intellectuels et d'ouvriers aux préoccupations divergentes, le niveau moyen d'instruction encore trop faible ainsi que des problèmes politiques ont mis fin au mouvement de développement des universités populaires en France et parfois de manière définitive, puisque nombre d'universités populaires ont disparu (il n'en reste plus que 20 en 1914).
Le premier conflit mondial contribue à changer la nature de ces projets.
Dans l'entre-deux-guerres la renaissance de certaines de ces associations, comme ce fut le cas à Bourges, se fait avec une orientation politique et syndicale plus marquée : dans un contexte de forte effervescence militante pré-Front populaire, la philosophe Simone Weil, agrégée de l'Université, alors en poste au lycée de jeunes filles de Bourges publie, en décembre 1935, un appel « Pour la création d'une université ouvrière ».
La réunion constitutive de cette université ouvrière a lieu le 24 janvier 1936, et les premiers cours dès février 1936.
Le second conflit mondial entraîna une nouvelle coupure, avec son lot de disparitions, définitives ou temporaires, des universités populaires.
Le renouveau Alsacien
C'est d'Alsace qu'est parti le renouveau des universités populaires, renouveau qui a entraîné le fort mouvement de développement actuel. En effet, en 1963 naissait à Mulhouse l'Université populaire du Rhin.
Pourquoi l'Alsace ?
Cet ancrage géographique s'explique sûrement par un phénomène de métamorphisme culturel dû à la proximité de l'Allemagne. Dans ce pays, en effet, existent des Volkshochschulen (universités populaires) financées par les Länder et pratiquement chargées d'un service public d'éducation des adultes depuis la loi de 1970. Les moyens dévolus à ces universités populaires allemandes étaient (et restent encore, mais dans une moindre mesure) extrêmement importants.
Très rapidement, cette Université populaire du Rhin a pris une importance considérable, du moins à l'échelle des universités populaires de France, et elle reste encore la plus grosse université populaire de France.
Elle est l'une des UP ressource de l'AUPF, Association des Universités Populaires de France.
L'Association des universités populaires de France (AUPF)
Les universités populaires sont maintenant très présentes en France : plus d'une centaine d'adhérents à l'Association des Universités Populaires de France (AUPF). Il y a là un vrai renouveau, qui témoigne de la vitalité de l'éducation des adultes en France.
L'AUPF ne se contente d'ailleurs plus d'un regard franco-français : les colloques annuels qui rassemblent les universités populaires sont devenus internationaux et sont fréquentés par les Allemands, les Autrichiens, les Belges, les Espagnols, les Italiens. Lors d'un colloque accueilli par l'Université populaire Savoie-Mont-Blanc, Janos Toth, président de l'Association européenne pour l'éducation des adultes, était présent (AEEA, en anglais : European Association for Education of Adults ; cette association regroupe une centaine d'organisations représentant trente-quatre pays).
C'est là le signe de l'intérêt que porte l'Europe au développement des universités populaires en France, et le colloque de novembre 2004 a réuni à Metz de nombreuses universités populaires d'Europe et les adhérents de l'AEEA. À l'occasion de ce colloque seront remis les Grundtvig Awards 2004, le programme européen Grundtvig étant l'équivalent, pour l'éducation des adultes, d'autres programmes tels que Socrates ou Erasmus.
Les UP, UTL, Université du troisième âge, etc., membres de l'Association des Universités populaires de France mutualisent outils, expériences et initiatives sur un site communautaire.
L'initiative de Michel Onfray
Le projet
Le projet du philosophe Michel Onfray s'appuie sur une volonté de démocratisation de la culture en dispensant gratuitement un savoir au plus grand nombre. La culture y est vue comme un support à la construction de soi, non comme une occasion d'inscription dans un système socio-économique.
Les raisons
Le projet s'appuyant sur l'idée que le désir de savoir est considérable. Le succès des débats, forums, séminaires, universités d’été, et autres collections d’idées chez les éditeurs témoignerait d’une authentique et pressante demande. Le philosophe note que l’offre oscille entre l’élitisme de l’université et l’improvisation des cafés philo, l’une reproduisant le système social et sélectionnant ceux auxquels elle réserve les places dans le système, l'autre réduisant souvent la pratique philosophique à la seule conversation.
Le principe
L'université populaire telle qu'imaginée par Michel Onfray retient de l'université traditionnelle la qualité des informations transmises, le principe du cycle qui permet d'envisager une progression personnelle, la nécessité d'un contenu transmis en amont de tout débat. Elle garde du café philosophique l'ouverture à tous les publics, l'usage critique des savoirs, l'interactivité et la pratique du dialogue comme moyen d'accéder au contenu.
Le fonctionnement
La gratuité totale est le principe de base : pas d'âge requis, ni de titres ou de niveaux demandés, pas d'inscriptions ni de contrôle des connaissances, pas d'examens, ni de diplômes délivrés. Le cours est dispensé une fois par semaine sur une séance de deux heures : la première est un exposé argumenté, la seconde une discussion de celui-ci. Le cycle s’étend de mi-octobre à mi-mai. Il s'articule autour des vacances scolaires de l'Académie de Caen.
Les universités populaires concernées
- Université populaire de Caen
- Université populaire d'Argentan
- Université populaire de Lyon
Danemark
La première université populaire danoise a été fondée à Rødding en 1844, par l'initiative de Kristen Kold et inspiré par le théoricien de l'éducation Nikolai Frederik Severin Grundtvig. Le projet venait répondre au besoin d'éduquer le milieu paysan peu instruit et souvent trop pauvre pour dépenser du temps et de l'argent pour suivre l'université.
Aujourd'hui, on compte 79 universités populaires au Danemark. Les principaux sujets d'instruction varie entre les matières creatives (la musique, les arts, le design, l'écriture, etc.) et intellectuelles (religion, philosophie, littérature, psychologie, etc.). Certaines écoles se sont spécialisées dans le sport. Récemment, la mondialisation a exercé une influence croissante sur les écoles Danoises. De plus en plus de cours sont vouerts aux étrangers ainsi qu'aux danois, et de nombreux cours prévoient dans leurs programmes des voyages et des séjours volontaires dans d'autres pays.