Un cancer très agressif vaincu en trois mois

Publié par Adrien le 12/02/2021 à 09:00
Source: Université de Genève
Une équipe de l'UNIGE et des HUG est parvenue à sauver la vie d'une femme dont le cancer agressif lui laissait cinq mois d'espérance de vie. Ce "miracle" met en lumière l'importance des traitements fondés sur l'immunothérapie.


PET-CT-scanner montrant la tumeur du rein (Le rein a de multiples fonctions (hormonales, de régulation de la tension, mais il est surtout...) avec les métastases hépatiques et pulmonaires (gauche, flèches). PET-CT-scanner après la disparition complète des tumeurs à 6 mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps...) (droite). © UNIGE.

La lutte contre le cancer (Le cancer est une maladie caractérisée par une prolifération cellulaire anormalement...) ne se solde pas toujours par une victoire. Aujourd'hui, les principaux traitements sont l'ablation chirurgicale de la tumeur, la chimiothérapie (La chimiothérapie est l'usage de certaines substances chimiques pour traiter une maladie....), la radiothérapie (La radiothérapie est une méthode de traitement locorégional des cancers, utilisant...) et, dans une moindre mesure, la stimulation (Une stimulation est un événement physique ou chimique qui active une ou plusieurs...) du système immunitaire (Le système immunitaire d'un organisme est un ensemble coordonné d'éléments de...). Une équipe de l'Université de Genève (L'université de Genève (UNIGE) est l'université publique du canton de Genève en...) (UNIGE) et des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) a traité une personne diabétique ayant développé une tumeur sur un rein qui lui avait été greffé neuf ans auparavant. Le cancer, très agressif, lui laissait statistiquement cinq mois d'espérance de vie (L'espérance de vie est une donnée statistique. Elle est censée permettre de connaître la durée...).

Rareté de ce cas: la tumeur provenait du rein du donneur et non de la patiente elle-même. Cette particularité a permis aux scientifiques d'attaquer la tumeur via un renforcement choc (Dès que deux entitées interagissent de manière violente, on dit qu'il y a choc, que ce soit de...) de son système immunitaire, ce qui lui a sauvé la vie (La vie est le nom donné :). Aujourd'hui, sept ans après, cette femme se porte bien et n'a plus développé de cancer. Les résultats de cette étude, à lire dans la revue Transplantation, démontrent l'importance du développement de l'immunothérapie.

Les personnes souffrant de diabète de type 1 (Cet article traite du diabète de type 1, une forme de diabète sucré. Il existe...) subissent un dérèglement qui certes, touche principalement la gestion de l'absorption ( En optique, l'absorption se réfère au processus par lequel l'énergie d'un photon est prise...) du sucre (Ce que l'on nomme habituellement le sucre est, dès 1406, une "substance de saveur douce...) dans le sang (Le sang est un tissu conjonctif liquide formé de populations cellulaires libres, dont le...), mais qui sur la durée impacte les différents organes du corps, notamment les reins, les yeux et le coeur. "L'insuffisance rénale chez les diabétiques est un problème connu, relève Raphaël Meier, chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la...) au Département de chirurgie (La chirurgie est une technique médicale consistant en une intervention physique sur les...) de la Faculté de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la...) de l'UNIGE et ancien chef de clinique au Service de chirurgie viscérale et transplantation des HUG. Lorsque les reins ne font plus leur travail correctement, la dialyse (La dialyse est une technique de purification de solutions. En particulier, en médecine, la...) devient indispensable, puis une greffe combinée rein et pancréas (Le pancréas est un organe abdominal, une glande annexée au tube digestif. Il est...) leur permet de regagner en qualité de vie (La qualité de vie d’une population est un enjeu majeur en sciences économiques et...)." Grâce à cette greffe, les patients ne doivent plus s'injecter de l'insuline (L'insuline (du latin insula, île) est une hormone peptidique sécrétée par les...) quotidiennement, mais ils et elles doivent toutefois prendre des immunosuppresseurs à vie afin que leur système immunitaire ne rejette pas les organes greffés. "Il en découle un risque accru de contracter des infections, voire de développer des tumeurs," poursuit le chercheur genevois.

Une femme au cancer très agressif

Une femme diabétique depuis l'âge de 10 ans et en prédialyse a bénéficié d'une greffe rein-pancréas à l'âge de 41 ans aux HUG. Les organes greffés provenaient d'un donneur masculin de 20 ans. "Tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou...) s'est très bien passé (Le passé est d'abord un concept lié au temps : il est constitué de l'ensemble...), son taux de sucre et sa fonction rénale se sont immédiatement stabilisés et normalisés," se souvient Raphaël Meier. Pourtant, neuf ans plus tard, lors du contrôle (Le mot contrôle peut avoir plusieurs sens. Il peut être employé comme synonyme d'examen, de...) annuel, les médecins remarquent une masse (Le terme masse est utilisé pour désigner deux grandeurs attachées à un...) dans le rein. Ils décident de l'opérer immédiatement et constatent qu'il s'agit d'une grosse tumeur, avec des métastases qui se sont déjà disséminées dans les intestins, le foie (Le foie est un organe abdominal impair et asymétrique, logé chez l'homme dans...) et les poumons. "Ce type de tumeur, appelée cancer de Bellini, offre une espérance de vie de cinq mois environ avec traitement, il s'agit d'un des cancers les plus agressifs," déplore Raphaël Meier.

Suite à la découverte de la tumeur, une question se pose: d'où provient-elle ? Est-ce une tumeur développée (En géométrie, la développée d'une courbe plane est le lieu de ses centres de...) par la patiente elle-même, ou est-ce une tumeur qui vient du donneur d'organes ? Pour en avoir le coeur net, l'équipe de chirurgien/ennes analyse le génotype (Le génotype est l'ensemble ou une partie donnée de la composition génétique...) de la tumeur. Non seulement elle découvre que la cause de la tumeur provient très probablement du virus (Un virus est une entité biologique qui nécessite une cellule hôte, dont il utilise...) BK, présent également dans les métastases, mais surtout que la tumeur contient des chromosomes Y. Il s'agit donc de la tumeur du donneur, qui était un homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo...), une femme ne possédant pas de chromosome (Le chromosome (du grec khroma, couleur et soma, corps, élément) est l'élément...) Y.

Une attaque décuplée par l'interleukine 2

Au vu de la cause et de la source de la tumeur, les scientifiques misent sur un traitement choc pour tenter de sauver cette femme. "Nous avons opté pour l'interleukine 2. Ce traitement est fondé sur une molécule (Une molécule est un assemblage chimique électriquement neutre d'au moins deux atomes, qui...) qui active le système immunitaire de manière extrême," explique Raphaël Meier. Toutefois, ce traitement est d'une part difficile à contrôler, et d'autre part, les effets secondaires sont nombreux et pénibles pour le malade, c'est pourquoi il est peu prescrit. "Ceci nous a permis de mener une attaque sous trois angles différents pour conduire à la destruction de la tumeur," poursuit-il.

Ce traitement était particulièrement adapté à ce cas, car la tumeur ne provenait pas de la patiente mais du donneur. En boostant le système immunitaire, celui-ci s'est donc attaqué avec d'autant plus de virulence (La virulence désigne le caractère pathogène, nocif et violent d'un micro-organisme...) que les cellules tumorales étaient celles de quelqu'un d'autre. De plus, les cellules capables de tuer la tumeur étaient particulièrement efficaces chez cette femme. Enfin, la cause de la tumeur étant virale, les globules blancs spécialisés dans l'éradication des virus sont également entrés en action.

Durant trois mois, la patiente a supporté le traitement et ses effets secondaires, pour que six mois plus tard, il ne reste plus aucune trace (TRACE est un télescope spatial de la NASA conçu pour étudier la connexion entre le...) de la tumeur et de ses métastases. "Ne pouvant plus prendre ses médicaments anti-rejet, cela a eu un impact irréversible sur les organes greffés et la patiente a dû reprendre ses dialyses. Mais aujourd'hui, sept ans plus tard, il n'y a plus aucune trace de ce cancer agressif, alors qu'elle semblait condamnée, et une nouvelle greffe pourrait être envisagée," se réjouit Raphaël Meier.

L'immunothérapie, l'avenir des traitements en oncologie ?

Ce cas démontre le rôle primordial du système immunitaire dans la prise en charge (La charge utile (payload en anglais ; la charge payante) représente ce qui est effectivement...) des cancers. "L'histoire de cette femme nous montre qu'il y a toujours un espoir de guérison (La guérison est un processus biologique par lequel les cellules du corps se...), même quand cela semble impossible. Elle souligne le courage des malades qui se battent pour survivre, et enfin, elle relève que la recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue...) sur les immunothérapies doit continuer, car si l'on trouve le bon angle (En géométrie, la notion générale d'angle se décline en plusieurs concepts...) d'attaque, elles peuvent permettre à notre corps de vaincre les tumeurs, et surtout d'empêcher qu'elles resurgissent à nouveau des années plus tard," conclut Raphael Meier.
Cet article vous a plu ? Vous souhaitez nous soutenir ? Partagez-le sur les réseaux sociaux avec vos amis et/ou commentez-le, ceci nous encouragera à publier davantage de sujets similaires !
Page générée en 1.697 seconde(s) - site hébergé chez Amen
Ce site fait l'objet d'une déclaration à la CNIL sous le numéro de dossier 1037632
Ce site est édité par Techno-Science.net - A propos - Informations légales
Partenaire: HD-Numérique