Cette main est-elle à vous ? Ça dépend qui vous pose la question

Publié par Adrien le 24/10/2020 à 09:00
Source: ASP
Il existe, aux frontières de la psychologie et de l'hypnose, une expérience connue sous le nom de l'Illusion de la main en caoutchouc. Elle a survécu pendant 22 ans, mais des chercheurs se demandent à présent si on n'aurait pas sous-estimé le rôle de la personne qui mène l'expérience.


Photo: Capture d'écran (Un moniteur est un périphérique de sortie usuel d'un ordinateur. C'est l'écran où s'affichent les informations saisies ou demandées par l'utilisateur et générées ou restituées par l'ordinateur, sous forme de texte et d'images en deux...) "The Rubber Hand Illusion", BBC, 15 octobre 2010.

Aussi étrange que cela semble, l'expérience consiste à faire croire à une personne qu'elle a une main (La main est l’organe préhensile effecteur situé à l’extrémité de l’avant-bras et relié à ce dernier par le poignet. C'est un...) en caoutchouc. L'expérimentateur, c'est-à-dire celui qui lui fait passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson (1723-1806) en 1760.) le test, lui fait déposer sur la table ses deux mains. L'une lui est cachée par un panneau. Devant lui, en lieu et place de la vraie main, on place une main en caoutchouc. On frotte en même temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) un des doigts de sa propre main, qu'il ne peut pas voir, et le même doigt de la main en caoutchouc, qu'il peut voir. Après quelques minutes ( Forme première d'un document : Droit : une minute est l'original d'un acte. Cartographie géologique ; la minute de terrain est la carte...), plusieurs de ces "cobayes" commencent à attribuer la sensation de frottement (Les frottements sont des interactions qui s'opposent à la persistance d'un mouvement relatif entre deux systèmes en contact.) à la main en caoutchouc.

L'expérience est parue pour la première fois dans la revue Nature en 1998, et est devenue un classique du domaine dit de la suggestion et de l'hypnose (Le terme hypnose désigne un état modifié de conscience ainsi que les techniques permettant de créer cet état et les pratiques...): elle tend à confirmer qu'il soit relativement facile de tromper notre cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de nombreuses fonctions du corps, dont la motricité volontaire, et constitue...).

Or, si personne ne nie que notre cerveau soit relativement facile à tromper -spécialement en cette époque de recherches sur les mécanismes de la désinformation (La désinformation est un processus, utilisable à tous les niveaux dans toutes les sphères de la communication, et qui consiste à présenter :)- on s'est souvent demandé si, dans cette expérience précise, on n'oubliait pas de tenir compte de l'influence de l'expérimentateur. C'est ce qu'ont tenté d'évaluer les Britanniques Peter Lush et Zoltan Dienes et, dans leur étude, parue en septembre dans Nature Communications, ils arrivent à une conclusion dérangeante: la réaction du "cobaye" pourrait être déterminée par ce qu'il perçoit que l'expérimentateur attend de lui.

Ou plus précisément, à quel point (Graphie) il est susceptible d'être influencé par ce que l'expérimentateur attend de lui. En utilisant ce que les spécialistes de l'hypnose appellent une "échelle de suggestibilité", les chercheurs concluent que plus le cobaye est susceptible d'être "influencé", et plus il a des chances de "sentir" la main en caoutchouc.

Outre cette fausse main, ils ont aussi testé un phénomène appelé la synesthésie visuo-tactile, où la personne dit ressentir les émotions d'une autre personne qui est près d'elle, au moment même où ces émotions se produisent.

Lush et Dienes reconnaissent que leur expérience ne mettra pas fin au débat (Un débat est une discussion (constructive) sur un sujet, précis ou de fond, annoncé à l'avance, à laquelle prennent part des individus ayant des avis, idées, réflexions ou opinions divergentes...). Mais elle s'inscrit dans une vaste remise en question d'expériences prises pour acquis en psychologie: dans la dernière décennie (Une décennie est égale à dix ans. Le terme dérive des mots latins de decem « dix » et annus « année.), cette discipline a fait face à ce qu'on a appelé une "crise de la reproductibilité (La reproductibilité d'une expérience scientifique est une des conditions qui permet d'inclure les observations réalisées durant cette expérience dans le processus...)", qui oblige à repenser les méthodes de collecte de données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.), les protocoles de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche...), et -question centrale- les façons de s'assurer qu'une découverte puisse être reproduite par d'autres chercheurs.
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