COVID-19: l'ozone pour désinfecter les chambres des patients ?

Publié par Adrien le 26/04/2020 à 09:00
Source: Université Laval
L'ozone pourrait-il être appelé en renfort pour désinfecter les chambres qui ont abrité des personnes souffrant de maladies infectieuses, notamment la COVID-19 ? L'efficacité de cette approche n'a pas encore été démontrée dans le cas du coronavirus, mais une étude publiée dans la revue Plos One par une équipe de l'Université Laval (L’Université Laval est l'une des plus grandes universités au Canada. Elle a comme origine le Séminaire de Québec, fondé en 1663 et constitue ainsi le plus ancien établissement...) suggère que ce mode de désinfection (La désinfection est une opération visant à prévenir une infection. Il s'agit donc d'une action préventive, contrairement à l'antisepsie qui est une action curative,...) produit des résultats probants pour d'autres types de virus (Un virus est une entité biologique qui nécessite une cellule hôte, dont il utilise les constituants pour se multiplier. Les virus existent sous une forme extracellulaire...).

Pour faire cette démonstration (En mathématiques, une démonstration permet d'établir une proposition à partir de propositions initiales, ou précédemment...), la professeure Caroline Duchaine et ses collaborateurs ont utilisé cinq espèces de virus inoffensifs pour les humains. Deux d'entre eux ont toutefois des similitudes avec les virus qui causent la grippe saisonnière (Les grippes saisonnières sont des grippes humaines dues à des virus du genre influenzavirus A, B ou C, qui circulent en permanence mais de manière...) et la gastroentérite.


Illustration de coronavirus, similaires à ceux engendrant la maladie COVID-19

"Ces virus ont été mis en suspension ( Le fait de suspendre des particules En chimie, la suspension désigne une dispersion de particule. En géomorphologie, la suspension est un mode de transport des sédiments. Le fait de suspendre un objet ...), à l'aide d'un nébuliseur, dans une chambre expérimentale ( En art, il s'agit d'approches de création basées sur une remise en question des dogmes dominants tant sur le plan formel, esthétique, que sur le plan culturel et politique. En science, il...) rotative de 55 litres, explique l'étudiante-chercheuse Marie-Eve Dubuis. Nous avons ensuite injecté de faibles concentrations d'ozone (L’ozone (ou trioxygène) est un composé chimique comportant 3 atomes d’oxygène (O3). Sa structure est une résonance entre trois états. Métastable aux conditions ambiantes,...) - environ 1 ppm - dans cette chambre et nous avons recueilli des échantillons d'air (L'air est le mélange de gaz constituant l'atmosphère de la Terre. Il est inodore et incolore. Du fait de la diminution de la pression de l'air avec l'altitude, il est...) après des périodes d'exposition allant de 10 à 70 minutes ( Forme première d'un document : Droit : une minute est l'original d'un acte. Cartographie géologique ; la minute...)."

Les résultats des tests indiquent que l'efficacité de l'ozone varie selon l'espèce (Dans les sciences du vivant, l’espèce (du latin species, « type » ou « apparence ») est le taxon de base de la systématique. L'espèce est un concept flou dont il...) virale et selon l'humidité (L'humidité est la présence d'eau ou de vapeur d'eau dans l'air ou dans une substance (linge, pain, produit chimique, etc.).) relative dans la chambre expérimentale. "L'humidité est un facteur très important pour la survie des virus, signale l'étudiante-chercheuse. En général, ils détestent l'humidité."

Pour trois des virus testés, un traitement de 40 minutes à 85% d'humidité réduit de 99% leur abondance dans l'air. Pour les deux autres virus, un traitement de 10 minutes à 20% d'humidité produit le même effet. "Même à faible concentration, l'ozone est un puissant désinfectant contre les virus en aérosol (Un aérosol est un ensemble de particules, solides ou liquides, d'une substance chimique donnée en suspension dans un milieu gazeux. Émis par les activités humaines ou naturelles, les aérosols...) lorsqu'il est combiné à un taux d'humidité adéquat", résume-t-elle.

Deux usages possibles

La professeure Duchaine entrevoit deux usages pour l'ozone en milieu hospitalier. D'une part, dans les hôpitaux où une partie de l'air est recyclée, on pourrait éliminer les virus en suspension en traitant l'air au moment de son passage dans les conduits de ventilation, suggère-t-elle. D'autre part, comme l'ozone est un gaz (Un gaz est un ensemble d'atomes ou de molécules très faiblement liés et quasi-indépendants. Dans l’état gazeux, la matière n'a pas de forme propre ni de volume propre : un gaz...) qui peut s'infiltrer dans les moindres recoins, on pourrait désinfecter à fond l'air et toutes les surfaces d'une chambre qui a été occupée par une personne infectée. "Dans les prochains mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.), nous prévoyons étudier l'efficacité de l'ozone contre différents virus dans une enceinte étanche s'apparentant à une chambre d'hôpital (Un hôpital est un lieu destiné à prendre en charge des personnes atteintes de pathologies et des traumatismes trop complexes pour pouvoir...)."

Au moment où cette étude a débuté, en 2016, le coronavirus ne faisait évidemment pas partie des préoccupations de la chercheuse. "Nos travaux visaient surtout les norovirus qui causent la gastroentérite, rappelle-t-elle. Nous venions de publier un article qui démontrait que ces virus peuvent se propager sous forme d'aérosols dans l'air des chambres de patients infectés, dans les corridors et même dans les postes d'infirmières. Jusque-là, on pensait qu'ils se propageaient uniquement par contact direct."

Qu'en est-il du coronavirus ? "On sait que ce virus se propage principalement par l'entremise de gouttelettes émises par les personnes infectées, répond la chercheuse. Toutefois, une étude menée en laboratoire a démontré que les particules virales présentes dans les aérosols conservent leur potentiel infectieux pendant au moins trois heures (L'heure est une unité de mesure  :). Dans les espaces clos ou mal aérés, les aérosols contenant des particules virales pourraient donc se retrouver à une distance considérable des patients infectés et poser un risque potentiel de contamination. Il s'agit toutefois d'une hypothèse qui n'a pas encore été validée."

Les signataires de l'étude parue dans Plos One sont Marie-Eve Dubuis, Nathan Leblond-Dumont, Camille Laliberté, Marc Veillette, Nathalie Turgeon et Caroline Duchaine, du Département de biochimie (La biochimie est la discipline scientifique qui étudie les réactions chimiques ayant lieu au sein des cellules.), de microbiologie (La microbiologie est une sous-discipline de la biologie basée sur l'étude des micro-organismes.) et de bio-informatique (On regroupe sous le terme de bioinformatique un champ de recherche multi-disciplinaire où travaillent de concert biologistes, informaticiens, mathématiciens et physiciens, dans le but de résoudre un problème scientifique posé...) et du Centre de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche...) de l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le...) universitaire en cardiologie (La cardiologie est la spécialité médicale qui étudie le cœur et ses maladies. Le médecin qui s’en occupe s’appelle le cardiologue. Par extension, il...) et en pneumologie (En médecine, la pneumologie est la branche qui s'occupe de maladies des poumons et du tractus respiratoire. Elle est, en général, considérée comme une...) de Québec. L'autre auteure est Julie Jean du Département des sciences des aliments.
Cet article vous a plu ? Vous souhaitez nous soutenir ? Partagez-le sur les réseaux sociaux avec vos amis et/ou commentez-le, ceci nous encouragera à publier davantage de sujets similaires !
Page générée en 0.726 seconde(s) - site hébergé chez Amen
Ce site fait l'objet d'une déclaration à la CNIL sous le numéro de dossier 1037632
Ce site est édité par Techno-Science.net - A propos - Informations légales
Partenaire: HD-Numérique