L'impact génétique de la dispersion austronésienne a touché les côtes africaines
Publié par Redbran le 18/04/2019 à 14:00
Source: CNRS INEE
Le géographe Jared Diamond a qualifié de "single most astonishing fact of human geography" le fait que les îles proches de la côte est-africaine (Madagascar et les Comores) présentaient des affinités culturelles et génétiques très fortes avec les populations d'Indonésie (L'Indonésie, officiellement la République d'Indonésie (en indonésien Republik Indonesia), est un pays transcontinental d'Asie du Sud-Est et d'Océanie. Avec...), situées à plus de 7000 km à l'est de l'Océan Indien (L’océan Indien s'étend sur une surface de 75 000 000 km². Il est limité au nord par l'Inde, le Pakistan et l'Iran, à l'est par la Birmanie, la Thaïlande, la...). De précédents travaux de l'équipe de François-Xavier Ricaut avaient identifié la population Banjar du sud-est (Le sud-est est la direction à mi-chemin entre les points cardinaux sud et est. Le sud-est est opposé au nord-ouest.) de Bornéo (Bornéo est une île du sud-est asiatique (Insulinde).) à la source de cette dispersion (La dispersion, en mécanique ondulatoire, est le phénomène affectant une onde dans un milieu dispersif, c'est-à-dire dans lequel les différentes fréquences constituant l'onde ne se propagent...). Cependant son impact génétique (La génétique (du grec genno γεννώ = donner naissance) est la science qui étudie l'hérédité et les gènes.) sur les populations d'Afrique (D’une superficie de 30 221 532 km2 en incluant les îles, l’Afrique est un continent couvrant 6 % de la surface terrestre et 20,3 % de la surface des terres émergées. Avec une population de...) de l'Est et de la péninsule arabique restait inconnu. Aujourd'hui, une équipe internationale de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances...), menée par le Laboratoire Evolution et Diversité Biologique (EDB - CNRS/Université de Toulouse III Paul Sabatier/IRD) et l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical...) Eijkman de Biologie (La biologie, appelée couramment la « bio », est la science du vivant. Prise au sens large de science du vivant, elle recouvre une...) Moléculaire de Jakarta (Jakarta (que certains écrivent Djakarta en français, à prononcer [dʒa'karta]) est la capitale de la République d'Indonésie. Située sur l'île de Java, la ville couvre...) (Indonésie), apporte une réponse à cette question. Cette nouvelle étude, publiée le 4 février 2019 dans la revue Genome Biology and Evolution, s'appuie sur l'analyse du génome (Le génome est l'ensemble du matériel génétique d'un individu ou d'une espèce codé dans son ADN (à l'exception de certains virus dont le génome est porté par des molécules d'ARN). Il contient en...) de plus de 14 000 individus du pourtour de l'Océan (Un océan est souvent défini, en géographie, comme une vaste étendue d'eau salée. En fait, il s'agit plutôt d'un volume, dont l'eau est en permanence...) Indien, et révèle une influence génétique austronésienne (Asie du Sud-Est) limitée mais réelle, dans les populations d'Afrique de l'Est et du sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.) de la péninsule arabique.


Village de la région montagneuse de Jabal Haraz au Yémen, entouré de plantations de café
© Viktor Cerny

Au cours des quatre derniers millénaires, l'océan indien est devenu la première zone proto-globalisée au monde (Le mot monde peut désigner :) avec des échanges de gènes, d'idées et d'objets entre l'Afrique, le Moyen-Orient et l'Asie (L'Asie est un des cinq continents ou une partie des supercontinents Eurasie ou Afro-Eurasie de la Terre. Il est le plus grand continent (8,6 % de la surface totale terrestre ou...). S'appuyant sur les réseaux développés par les empires Hindou-Malais, il y a plus de 1500 ans, des membres de la population Banjar de langue austronésienne, originaires du sud-est de Bornéo ont migré et peuplé les îles est africaines de Madagascar (Madagascar (Madagasikara en malgache), ou la République de Madagascar (Repoblikan'i Madagasikara en malgache) pour les usages officiels, est un État indépendant situé dans la partie...) et des Comores (Les Comores forment un archipel d'îles situées au sud-est de l'Afrique, à l'est de la Tanzanie et au nord-ouest de Madagascar. Elles sont partagées entre un pays indépendant, l'Union des Comores, et Mayotte, une collectivité...). L'apport génétique s'est doublé d'un apport linguistique et culturel significatif ainsi que d'un mélange (Un mélange est une association de deux ou plusieurs substances solides, liquides ou gazeuses qui n'interagissent pas chimiquement. Le résultat de l'opération est une préparation aussi...) avec les populations africaines. La question encore largement débattue restait celle de l'influence de la dispersion austronésienne sur le reste du pourtour de l'Océan Indien.

Pour répondre à cette question, les scientifiques ont étudié le génome de plus de 14 000 individus de 190 populations du pourtour de l'Océan Indien, incluant la population source Banjars de Bornéo. Ils ont sélectionné les individus porteurs d'une série de mutations sur l'ADN mitochondrial, spécifique de l'expansion austronésienne (motif polynésien). Un séquençage (En biochimie, le séquençage consiste à déterminer l'ordre linéaire des composants d'une macromolécule (les acides aminés d'une protéine, les nucléotides d'un acide nucléique comme l'ADN, les...) complet de leur ADN mitochondrial a ensuite été réalisé, complété par des données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement,...) de génotypage du génome nucléaire (Le terme d'énergie nucléaire recouvre deux sens selon le contexte :). Ces données générées ont ensuite été incluses dans une large base de données (En informatique, une base de données (Abr. : « BD » ou « BDD ») est un lot d'informations stockées dans un dispositif informatique. Les technologies...) recoupant des travaux publiés sur diverses populations du pourtour de l'Océan Indien.


Village traditionnel de Bornéo, province de Kalimantan Est, Indonésie
© François-Xavier Ricaut

Les résultats ont tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) d'abord révélé la présence du marqueur génétique austronésien dans des populations du Yémen et de Somalie, pour la première fois en dehors des îles d'Afrique de l'Est. Par la suite, l'analyse du génome nucléaire de ces individus a amené des résultats très surprenants. En effet, la composante génétique d'origine asiatique du génome de ces individus (entre 1 et 10%), présentait deux distributions différentes: pour certains individus les fragments du génome d'origine asiatique (Indonésien) sont associés à des fragments africains (Sud-Est Bantu) similaires à ceux observés dans les populations de Madagascar et introduits avant le XVIIIe siècle (Un siècle est maintenant une période de cent années. Le mot vient du latin saeculum, i, qui signifiait race, génération. Il a ensuite indiqué la durée d'une génération humaine et...). Pour d'autres individus, ces fragments asiatiques sont similaires à ceux présents uniquement dans les populations indonésiennes et résulteraient d'un mélange remontant à la fin du XIXe siècle. En croisant les données historiques et génétiques, les réseaux d'échanges commerciaux établis dans l'Océan Indien mais, plus encore les diasporas et leurs déplacements, semblent avoir favorisé les échanges génétiques limités mais continus entre ces régions éloignées.

Cette étude montre donc que le scénario de dispersion austronésienne dans l'Océan Indien doit être abordé dans le détail du fait de sa complexité (La complexité est une notion utilisée en philosophie, épistémologie (par exemple par Anthony Wilden ou Edgar Morin), en physique, en biologie (par exemple...). En effet, cet apport de gènes d'origine asiatique au Yémen et en Somalie implique des populations sources différentes, localisées à Madagascar et dans le Sud-est asiatique, qui a pris place à des périodes différentes - s'étalant sur le dernier millénaire (Un millénaire est une période de mille années, c'est-à-dire de dix siècles.).

Référence publication
"Evidence of Austronesian genetic lineages in East Africa and South Arabia: complex dispersal from Madagascar and Southeast Asia" Brucato N, Fernandes V, Kusuma P, Cerný V, Mulligan CJ, Soares P, Rito T, Besse C, Boland A, Deleuze JF, Cox MP, Sudoyo H, Stoneking M, Pereira L, Ricaut FX, Genome Biology and Evolution, 2019 Feb 4.
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