Infections: un coton du futur pour les chaussettes et les masques ?

Publié par Adrien le 10/09/2020 à 09:00
Source: Université Laval

Masque grand public réutilisable
Les problèmes d'acné et d'eczéma qui se manifestent chez les personnes portant le masque de façon prolongée rappellent que les textiles et la peau ne font pas toujours bon ménage. En effet, l'abrasion cutanée résultant de la friction avec un textile ainsi que le microclimat chaud et humide créé par un vêtement font le bonheur des bactéries (Les bactéries (Bacteria) sont des organismes vivants unicellulaires procaryotes, caractérisées par une absence de noyau et d'organites. La plupart des bactéries possèdent une paroi cellulaire glucidique,...) et des champignons causant des infections cutanées.

Des chercheurs en biomatériaux de l'Université Laval (L’Université Laval est l'une des plus grandes universités au Canada. Elle a comme origine le Séminaire de Québec, fondé en 1663 et constitue ainsi le plus ancien établissement d’enseignement...) et leurs collaborateurs tunisiens ont mis au point (Graphie) un textile qui réduit le risque d'infections fongiques associées au port de vêtements. Ces chercheurs, rattachés au Département de génie des mines, de la métallurgie (La métallurgie est la science des matériaux qui étudie les métaux, leurs élaborations, leurs propriétés, leurs traitements. Par extension, on désigne ainsi l’industrie de la fabrication des...) et des matériaux (Un matériau est une matière d'origine naturelle ou artificielle que l'homme façonne pour en faire des objets.) et au Centre de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne...) du CHU de Québec - Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études...) Laval, présentent les détails de leurs travaux dans un article publié par la revue Biointerphases.

En bref, leur approche consiste à extraire un composé antifongique contenu dans le curcuma et à le fixer chimiquement aux fibres (Une fibre est une formation élémentaire, végétale ou animale, d'aspect filamenteux, se présentant généralement sous forme de faisceaux.) du coton. Pour y arriver, les chercheurs ont recours à une interface (Une interface est une zone, réelle ou virtuelle qui sépare deux éléments. L’interface désigne ainsi ce que chaque élément a besoin de connaître de l’autre pour...) composée de polydopamine. "Cette interface forme une couche semblable à une toile d'araignée qui établit des ponts entre le textile et la molécule (Une molécule est un assemblage chimique électriquement neutre d'au moins deux atomes, qui peut exister à l'état libre, et qui représente la plus petite quantité de matière...) antifongique", explique le responsable du projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a priori à l’identique, nécessitant le concours et l’intégration d’une grande diversité de contribution,...), Diego Mantovani.

L'objectif de ce projet était de créer un textile pour les chaussettes des militaires et des travailleurs qui portent des bottes à cap d'acier (L’acier est un alliage métallique utilisé dans les domaines de la construction métallique (voir aussi l’article sur la...), rappelle-t-il. "Ces bottes sont chaudes et mal aérées et elles créent un microenvironnement propice aux infections comme le pied d'athlète. Le défi consistait à lier la molécule antifongique au textile de façon stable et durable afin que son action résiste au frottement (Les frottements sont des interactions qui s'opposent à la persistance d'un mouvement relatif entre deux systèmes en contact.) mécanique (Dans le langage courant, la mécanique est le domaine des machines, moteurs, véhicules, organes (engrenages, poulies, courroies, vilebrequins, arbres de...) et aux agressions chimiques répétées de la sueur (La sueur est un liquide secrété par les glandes sudoripares lors du phénomène de transpiration qui joue un rôle important pour le contrôle de la température du corps (évacuation de 580 Kcal par litre...) et du savon (Le savon est un objet liquide ou solide composé de molécules amphiphiles composées de sels métalliques, spécifiquement d'hydroxyde de sodium ou d'hydroxyde de potassium, et d'acides gras.) à lessive (Originellement, la lessive (du latin lixiva : « eau pour la lessive ») désignait l'eau de lavage ou l'action de laver du linge, puis le linge...)."

Les tests menés par les chercheurs ont révélé que l'ajout de cette couche de polydopamine ne modifie pas les propriétés mécaniques ou thermiques du coton. "De plus, le composé antifongique du curcuma est incolore et la couche de polydopamine n'est pas perceptible à l'oeil nu. La couleur (La couleur est la perception subjective qu'a l'œil d'une ou plusieurs fréquences d'ondes lumineuses, avec une (ou des) amplitude(s) donnée(s).) du textile est donc inchangée", précise le professeur Mantovani.

L'ajout de la polydopamine permet d'augmenter de six fois l'adsorption (L'adsorption, à ne pas confondre avec l'absorption, est un phénomène de surface par lequel des molécules de gaz ou de liquides se fixent sur les surfaces solides des adsorbants selon divers processus plus ou moins...) de la molécule antifongique par les fibres du coton. Les expériences réalisées sur trois espèces de champignons causant des mycoses cutanées ont montré que leur croissance pouvait être réduite jusqu'à huit fois par ce coton. "Les propriétés antifongiques du textile modifié diminuent toutefois après une centaine de lavages, constate le chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant...). Nous espérons qu'en optimisant le procédé, on pourra porter cette limite à 1000 lavages."

Même si ces travaux visent d'abord la mise au point d'une super-chaussette, le professeur Mantovani n'écarte pas d'autres applications. "On pourrait notamment en faire des gants, précise-t-il. Pour ce qui est des masques, si on les porte en continu pendant de longues heures (L'heure est une unité de mesure  :), ils créent un milieu chaud et humide et ils provoquent une abrasion cutanée. On peut donc supposer que notre textile modifié pourrait réduire le risque de mycose cutanée (Cet article décrit les critères administratifs pour qu'une mycose soit reconnue comme maladie professionnelle.) sous le masque. C'est une avenue (Une avenue est une grande voie urbaine. Elle est en principe plantée d'arbres, et conduit à un monument.) qu'il faudrait explorer."

L'étude parue dans Biointerphases est signée par Pascale Chevallier, Ranna Tolouei et Diego Mantovani, de l'Université Laval, et par les chercheurs tunisiens Sondes Gargoubi, Fatma Saghrouni, Chedly Boudokhane et Neji Ladhari.
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