L'IRM permet de "prédire" ce qu'une personne dira sous hypnose !
Publié par Adrien le 07/11/2019 à 08:00
Source: Université de Montréal
Lorsque le fascinateur Messmer demande à un participant sous hypnose de lever un bras, ce dernier le fera par une forme d'automatisme: chez les individus qui répondent le mieux à l'hypnose, le mouvement du bras est perçu comme une réponse non volontaire guidée par une autre personne qu'eux-mêmes. C'est ce qu'on appelle le sentiment d'automaticité.

Or, grâce à l'imagerie (L’imagerie consiste d'abord en la fabrication et le commerce des images physiques qui représentent des êtres ou des choses. La...) par résonance (Lorsqu'on abandonne un système stable préalablement écarté de sa position d'équilibre, il y retourne, généralement à travers des oscillations propres. Celles-ci se produisent à la fréquence propre...) magnétique (IRM), il est possible de prédire, en quelque sorte, qu'une personne sous hypnose (Le terme hypnose désigne un état modifié de conscience ainsi que les techniques permettant de créer cet état et les pratiques thérapeutiques...) ressentira ce sentiment d'automaticité en observant les régions du cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de...) engagées dans la production et la perception de ses propres mouvements.

C'est ce qu'a démontré le professeur Pierre Rainville, du Département de stomatologie de la Faculté de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain (anatomie), son fonctionnement normal...) dentaire de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux...) de Montréal (Montréal est à la fois région administrative et métropole du Québec[2]. Cette grande agglomération canadienne constitue un centre majeur du commerce, de l'industrie, de la culture, de la finance et des affaires...), avec ses collègues Anouk Streff, Jen-I Chen, Bérengère Houzé et Carolane Desmarteaux, du Centre de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche...) de l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical...) universitaire de gériatrie de Montréal, en collaboration avec Mathieu Piché, de l'Université du Québec à Trois-Rivières.


L'étude menée par Pierre Rainville et ses collègues démontre que le sentiment d'automaticité, ressenti pendant une séance d'hypnose, correspond à une activité dans les réseaux du cerveau qui sous-tendent la faculté d'agir. Crédit: Getty

Pourquoi vouloir repérer les zones du cerveau liées au sentiment d'automaticité ? "Afin de mieux comprendre la réponse des patients aux séances d'hypnose effectuées dans un contexte (Le contexte d'un évènement inclut les circonstances et conditions qui l'entourent; le contexte d'un mot, d'une phrase ou d'un texte inclut les mots qui l'entourent. Le...) clinique", répond Pierre Rainville en rappelant que les bienfaits de l'hypnose sont de plus en plus documentés, notamment dans la gestion de la douleur (La douleur est la sensation ressentie par un organisme dont le système nerveux détecte un stimulus nociceptif. Habituellement, elle correspond à un signal...), l'atténuation (Perte d'intensité et amplitude d'un signal...) des maux de tête et de la migraine (La migraine (du grec ancien ημικρανίον / êmikraníon, douleur touchant la « moitié du crâne ») est une céphalée chronique...), le syndrome (Un syndrome est un ensemble de signes cliniques et de symptômes qu'un patient est susceptible de présenter lors de certaines maladies, ou bien dans des circonstances cliniques...) du côlon (Le côlon, aussi appelé "gros intestin", court du cæcum jusqu'au rectum et constitue la partie terminale de l'intestin, appartenant à l'appareil digestif. Il fait suite à l'iléon au niveau de la valvule...) irritable ainsi que la maîtrise (La maîtrise est un grade ou un diplôme universitaire correspondant au grade ou titre de « maître ». Il existe dans plusieurs pays et correspond à...) du stress (Le stress (« contrainte » en anglais), ou syndrome général d'adaptation, est l'ensemble des réponses d'un organisme soumis...) et de l'anxiété (L'anxiété est pour la psychiatrie phénoménologique biologique et comportementale, un état d'alerte, de tension psychologique et somatique, en rapport avec un sentiment...).

Une perte apparente de contrôle créée par le cerveau


Pierre Rainville Crédit: CRIUGM
Des études menées antérieurement au moyen de l'IRM et en physiologie (La physiologie (du grec φύσις, phusis, la nature, et λόγος, logos, l'étude, la science) étudie le rôle,...) chez le singe (Un singe (du latin simius, pluriel Simia) est un animal faisant partie du groupe constitué par l'ordre des primates. Parmi les primates, il n'est pas simple de...) ont déjà montré l'importance de la rétroaction de l'information entre la région motrice frontale et la région pariétale.

"Par exemple, lorsqu'une personne saisit une tasse de café, le cortex (En biologie, le cortex (mot latin signifiant écorce) désigne la couche superficielle ou périphérique d'un tissu organique.) moteur (Un moteur (du latin mōtor : « celui qui remue ») est un dispositif qui déplace de la matière en apportant de la puissance. Il effectue ce travail à...) et la région pariétale du cerveau communiquent ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui peut être comprise comme un tout », comme...) et s'assurent qu'il y a cohérence entre la tasse et la main (La main est l’organe préhensile effecteur situé à l’extrémité de l’avant-bras et relié à ce dernier par le...) qui la prend, explique M. Rainville. Lorsque nous accomplissons une telle action, nous avons normalement l'impression de contrôler notre geste."

L'étude qu'il a réalisée avec ses collègues visait à déterminer si l'hypnose augmente le sentiment d'automaticité chez les participants et, si oui, quelles régions du cerveau en sont responsables.

Pour ce faire, les chercheurs ont recruté 26 personnes en santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.), âgées de 19 à 45 ans, qui ont passé (Le passé est d'abord un concept lié au temps : il est constitué de l'ensemble des configurations successives du monde et s'oppose au futur sur une échelle des temps centrée sur...) un examen d'IRM. Des images de l'activité du cerveau ont été obtenues avant et après qu'on a suggéré aux participants de se détendre et de se concentrer sur la voix qu'ils entendaient, et l'on a observé comment leur expérience pouvait être modifiée dans cet état.

L'expérience subjective d'automaticité a été mesurée sur une échelle de 1 à 10 à cinq occasions pendant toute la séance d'hypnose, au cours de laquelle on a surveillé l'activité des régions frontale et pariétale du cerveau des participants.

Comprendre les mécanismes du cerveau sous hypnose pour mieux guérir

"L'IRM nous a permis de constater qu'une région en jeu dans l'effet hypnotique (Les hypnotiques (ou somnifères) sont une classe de médicaments ayant la propriété d'induire le sommeil ou en langage courant de servir de calmant pour des personnes...) est l'opercule pariétal. L'activité de cette région est proportionnelle au sentiment d'automaticité rapporté par les participants, mentionne Pierre Rainville. L'activité de l'opercule se coordonne avec celle des réseaux du lobe frontal (Un frontal est un équipement informatique.) et nous permet de prédire ce qu'ils diront!"

Financée par les Instituts de recherche en santé du Canada, l'étude s'inscrit dans une programmation (La programmation dans le domaine informatique est l'ensemble des activités qui permettent l'écriture des programmes informatiques. C'est une étape importante...) de recherche visant à mieux comprendre les mécanismes de contrôle de la douleur.

"Elle permet de démontrer qu'une expérience subjective de l'automaticité ressentie pendant une séance d'hypnose correspond à une activité dans les réseaux du cerveau qui sous-tendent le sens (SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence) est un projet scientifique qui a pour but l'extension radicale de l'espérance de vie humaine. Par une...) de l'agentivité, conclut le professeur de l'UdeM. Nos résultats peuvent contribuer à une meilleure compréhension des effets de l'hypnose sur la réponse aux suggestions dans les contextes expérimentaux et cliniques."
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