Des neurones indispensables pour fuir... vite et bien !

Publié par Adrien,
Source: CNRS-INSBAutres langues:
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Le contrôle précis de la locomotion par le système nerveux est indispensable pour adapter le comportement des animaux aux différents contextes environnementaux. L'équipe de Claire Wyart à l'Institut du cerveau et de la moelle épinière, en collaboration avec des équipes japonaises et norvégiennes, a utilisé la toxine botulique pour rendre sélectivement silencieux des neurones chez le poisson-zèbre. Les chercheurs révèlent ainsi qu'une population particulière de neurones, très conservés entre les espèces, est nécessaire pour initier le mouvement et contrôler la vitesse de la nage pour explorer ou fuir. Ces travaux sont publiés dans la revue Current Biology.


Figure: A. Schéma du mécanisme d'action de la neurotoxine botulique. La toxine transgénique marquée avec la protéine fluorescente GFP (BoTxBLC-GFP) bloque la communication entre les neurones en empêchant la libération du neurotransmetteur par les neurones pré-synaptiques. B. Vue latérale d'une larve de poisson zèbre, 5 jours après la fécondation, exprimant la neurotoxine botulique transgénique dans les interneurones pré-moteurs excitateurs V2a. C. Vue latérale d'une larve de poisson zèbre dont la tête est entravée et la queue libre, exécutant une réponse de fuite à la suite d'un signal acoustique. Les larves sauvages répondent au stimulus par une nage rapide. Quand les interneurones V2a sont rendus silencieux, les larves échouent à produire une nage rapide. D. Fréquence de la nage reflétant la vitesse de nage chez les larves sauva ges et les larves dont les neurones V2a sont silencieux.
© Jenna Sternberg. Kristen Severi. Claire Wyart

Chez tous les animaux, la locomotion est primordiale pour la survie, de la recherche de nourriture à la fuite devant un prédateur. Contrôler précisément la locomotion est indispensable pour s'adapter aux différents contextes environnementaux. Une question cruciale concerne l'identification des populations de neurones impliquées dans ce contrôle subtil de la locomotion, en fonction des différentes vitesses de déplacement.

Pour étudier le rôle de neurones spécifiques dans le circuit locomoteur, l'équipe de Claire Wyart à l'Institut du Cerveau et de la Moelle épinière (ICM), a mis au point une technique permettant de rendre silencieux de manière spécifique de grandes populations de neurones in vivo chez le poisson zèbre. Ce poisson est un vertébré qui partage 70 % de son patrimoine génétique avec l'Homme. En raison de sa transparence, ce petit animal est parfaitement adapté pour mettre en oeuvre toutes les techniques d'imagerie et en particulier étudier la moelle épinière sans avoir à l'extraire.

Les chercheurs de l'ICM, en collaboration avec une équipe Japonaise, ont développé un outil génétique pour exprimer, grâce à un transgène, la toxine botulique spécifiquement dans les interneurones V2a. Les chercheurs peuvent ainsi supprimer, sans altérer les autres cellules de l'organisme, ces interneurones localisés dans le cerveau et la moelle, et projetant sur les motoneurones qui assurent la contraction musculaire pendant le mouvement. Ceci leur a permis d'observer le comportement de locomotion des larves transgéniques chez lesquelles les neurones V2a ne fonctionnent pas, soit lors de la réponse de fuite en nage rapide ou au cours de la nage spontanée.

La réponse de fuite, à la suite d'un stimulus acoustique ou lumineux, est normalement caractérisée par une augmentation de la vitesse de nage. Chez les poissons transgéniques, les chercheurs observent une diminution de cette vitesse par rapport aux poissons témoins. Les neurones V2A ont donc un rôle modulateur qui permet d'établir la vitesse appropriée à la fuite. Les expériences de comportement spontané consistent en l'observation des larves sans l'intervention d'élément extérieur. Les larves qui expriment la toxine ne bougent plus du tout, contrairement aux témoins. Les neurones V2A sont donc nécessaires pour initier le mouvement.

Ces résultats permettent de conclure que les neurones V2a jouent un rôle clé dans la locomotion, car non seulement ils contrôlent la vitesse de la nage lors de la fuite mais ils sont de plus nécessaires à l'initiation du mouvement.

Le développement d'un outil génétique qui permet de rendre silencieuse une population ciblée de neurones sans altérer les fonctions de l'organisme est une avancée biotechnologique importante qui permettra de comprendre finement le rôle des différentes populations de neurones impliquées dans la génération et la conservation du mouvement. L'identification précise de ces populations de neurones pourrait avoir un impact considérable sur la compréhension du fonctionnement des systèmes moteurs chez l'homme car ces neurones localisés au sein de la moelle épinière et du cerveau postérieur sont très conservés entre espèces.
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