Un nouveau paradoxe dans l'assiette

Publié par Isabelle le 01/04/2012 à 12:00
Source: Jean Hamann - Université Laval

Maurice Doyon: "Une information qui décortique les aliments en fonction de leur contenu en gras, en glucides et en calories risque de faire perdre de vue le portrait d'ensemble. Il faudrait peut-être recentrer l'information nutritionnelle sur ce qu'est un repas sain, complet et équilibré."
Bien connaître le contenu en gras des aliments n'est pas garant de bonnes habitudes alimentaires.

Une étude comparative entre la France, les États-Unis et le Québec touchant les connaissances sur les gras alimentaires arrive à une étonnante conclusion. C'est aux États-Unis que les citoyens sont les mieux informés sur le sujet, mais c'est aussi là que le taux d'obésité (L'obésité est l'état d'une personne, ou d'un animal, souffrant d'une hypertrophie de la masse adipeuse, qui se traduit par un excès de poids, réparti de façon généralisée dans les diverses zones...) est le plus élevé. À l'inverse (En mathématiques, l'inverse d'un élément x d'un ensemble muni d'une loi de composition interne · notée multiplicativement, est un élément y tel que x·y =...), les Français, qui affichent un taux national d'obésité presque trois fois plus bas que les Américains, sont les moins instruits à ce sujet. Ces résultats ont de quoi alimenter un nouveau paradoxe (Un paradoxe est une proposition qui contient ou semble contenir une contradiction logique, ou un raisonnement qui, bien que sans faille apparente, aboutit à une absurdité, ou encore,...) nutritionnel français, mais ils soulèvent aussi de sérieuses questions sur la pertinence de tabler sur l'information nutritionnelle pour favoriser l'adoption de bons comportements alimentaires.

Maurice Doyon, du Département d'économie agroalimentaire et des sciences de la consommation de l'Université Laval (L’Université Laval est l'une des plus grandes universités au Canada. Elle a comme origine le Séminaire de Québec, fondé en 1663 et constitue...), et ses collègues Laure Saulais, Bernard Ruffieux (France) et Harry Kaiser (États-Unis) ont soumis plus de 300 consommateurs français, québécois et américains, interceptés à la sortie d'épiceries, à un questionnaire (Les questionnaires sont un des outils de recherche pour les sciences humaines et sociales, en particulier la psychologie, la sociologie, le marketing et la géographie.) visant à évaluer leurs connaissances sur les gras alimentaires. Les questions portaient sur l'abondance et le type de gras contenus dans divers aliments et sur les recommandations nutritionnelles touchant ces gras. À noter que, pour chaque question, les participants pouvaient choisir la réponse "je ne sais pas" plutôt que de donner une réponse au hasard (Dans le langage ordinaire, le mot hasard est utilisé pour exprimer un manque efficient, sinon de causes, au moins d'une reconnaissance de cause à effet d'un événement.).

Premier constat, les Français ont avoué (Au Moyen Âge, l'avoué était un laïc dirigeant les vassaux d'une institution ecclésiastique, généralement une abbaye ; son rôle était similaire à celui du vidame.) ne pas savoir la réponse à 43 % des questions, alors que ce taux s'établissait à 13 % au Québec et à 4 % aux États-Unis, rapportent les chercheurs dans l'article qu'ils signent sur le sujet dans le British Food Journal. Ainsi, 55 % des répondants français disaient ignorer le pourcentage (Un pourcentage est une façon d'exprimer une proportion ou une fraction dans un ensemble. Une expression comme « 45 % » (lue « 45...) de gras contenu dans le lait entier, contre seulement 5 % au Québec et 4 % aux États-Unis. La même tendance a été observée pour le contenu en gras du beurre (Les Beurré sont un groupe de variétés de poires à chair fondante, comprenant entre autres les variétés suivantes.), de la margarine (La margarine fut mise au point en France en 1869 à la suite d’un concours lancé par Napoléon III pour la recherche d’un « corps gras semblable au beurre mais de prix inférieur, apte à se conserver...) et des huiles végétales. Second constat, lorsque les participants tentaient une réponse, le taux de bonnes réponses était le plus élevé chez les Américains, suivi des Québécois puis des Français. Enfin, 6 % des Québécois, 9 % des Américains et 17 % des Français ignoraient dans quel sens (SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence) est un projet scientifique qui a pour but l'extension radicale de l'espérance de vie humaine. Par une évolution progressive allant du ralentissement du vieillissement,...) allaient les recommandations touchant la consommation de gras saturés et insaturés dans une diète santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.).

"L'écart entre les connaissances des répondants des trois pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas gallo-romaine. Comme la civitas qui subsiste le...) s'explique essentiellement par le fait que les Français ne se soucient pas des nutriments contenus dans les aliments qu'ils consomment, estime Maurice Doyon. Ces informations figurent sur les emballages, mais ils ne les lisent pas."

Le niveau de connaissances nutritionnelles contraste avec les taux d'obésité observés en France (12 %), au Canada (23 %) et aux États-Unis (35 %) et suggère qu'une stratégie (La stratégie - du grec stratos qui signifie « armée » et ageîn qui signifie « conduire » - est :) d'information nutritionnelle qui repose sur le contenu en nutriments des aliments ne garantit pas l'adoption de comportements alimentaires sains. "Il se peut que les Américains soient davantage exposés aux messages nutritionnels en raison de la prévalence de l'obésité dans leur pays, reconnaît le chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les domaines de recherche sont diversifiés...). On leur présente une information décortiquée des aliments. Cette approche, qui conduit les consommateurs à considérer les aliments en fonction de leur contenu en gras, en glucides et en calories, risque de leur faire perdre de vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et l'interprétation des rayonnements lumineux.) le portrait d'ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude...). Il faudrait peut-être recentrer l'information sur ce qu'est un repas sain, complet et équilibré."
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