Nouvelle approche afin de mieux combattre les bactéries dites 'tolérantes' aux antibiotiques
Publié par Adrien le 27/09/2018 à 00:00
Source: Université McGill
Une équipe de scientifiques de l'Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR-CUSM) a identifié de nouveaux moyens de lutter contre les bactéries tolérantes aux antibiotiques, qui constituent une menace mondiale grandissante aussi grave que la résistance aux antibiotiques. On sait peu de choses sur les mécanismes conduisant à la tolérance, une stratégie (La stratégie - du grec stratos qui signifie « armée » et ageîn qui signifie « conduire » - est :) qui rend les microbes comme "indifférents" aux antibiotiques, voire "in-tuables", et qui entraîne des infections chroniques extrêmement difficiles à traiter et à guérir.

Les chercheurs de Montréal (Montréal est à la fois région administrative et métropole du Québec[2]. Cette grande agglomération canadienne constitue un centre majeur du commerce, de l'industrie, de la culture, de la finance et des affaires...) ont identifié une nouvelle cible cellulaire susceptible d'affaiblir le pathogène (Le terme pathogène (du grec παθογ?νεια ! « naissance de la douleur ») signifie : qui entraîne une maladie. Les germes pathogènes ou les bactéries pathogènes sont...) bactérien appelé Pseudomonas aeruginosa, un microbe (Les micro-organismes ou microbes sont des organismes vivants microscopiques (invisible à l'œil nu) et qui ne peuvent donc être observés qu'à l'aide d'un microscope.) intimidant qui peut devenir très tolérant à de nombreux antibiotiques, et donc réfractaire à une antibiothérapie. Les résultats de l'équipe ont été publiés cette semaine dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).

"Nous avons identifié une nouvelle fonction importante pour la tolérance aux antibiotiques, qui pourrait être ciblée pour améliorer l'activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) de nos antibiotiques actuels", explique l'auteure principale de l'étude, la Dre Dao Nguyen, chercheuse au sein du Programme de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne également le...) translationnelle sur les maladies respiratoires et professeure agrégée de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain (anatomie), son fonctionnement normal (physiologie), et cherchant...) à l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux États-Unis, au...) McGill. "Cela est essentiel si nous voulons améliorer l'efficacité de nos antibiotiques et empêcher leur échec."

L'infection pulmonaire (Les pulmonaires sont des plantes de la famille des Boraginacées appartenant au genre Pulmonaria. Elles doivent leur nom au fait que, selon les Romains, leur racine était censée guérir les maladies du poumon...) par P. aeruginosa est la principale cause de mortalité chez des milliers de personnes atteintes de fibrose kystique. Cette bactérie (Les bactéries (Bacteria) sont des organismes vivants unicellulaires procaryotes, caractérisées par une absence de noyau et d'organites. La plupart des bactéries possèdent une...) peut également causer d'autres infections sérieuses chez les patients dont les défenses et le système immunitaire (Le système immunitaire d'un organisme est un ensemble coordonné d'éléments de reconnaissance et de défense qui discrimine le...) sont affaiblis.

"P. aeruginosa provoque des infections pulmonaires chroniques chez les personnes atteintes de fibrose kystique, et ces infections ne peuvent être éliminées, même avec des cocktails contenant les antibiotiques les plus puissants disponibles", dit la Dre Nguyen qui est également pneumologue au CUSM.

Une "bactérie cauchemardesque" se développant lentement

P. aeruginosa figure parmi les "bactéries cauchemardesques" aux États-Unis selon les Centers for Disease Control and Prevention (CDC), qui recense environ 51 000 infections liées aux soins de santé (Les soins de santé relèvent des sciences appliquées. Ils se centrent sur la santé de l'Homme ou de l'animal. Ils impliquent non seulement la recherche, l'étude et la connaissance de la santé, mais également...) chaque année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.), dont environ 400 provoquent un décès. C'est une cause fréquente d'infections associées aux soins de santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou...) telles que la pneumonie (Une pneumopathie est une pathologie du tissu pulmonaire. Étymologiquement, il s'agit d'une maladie (-pathie) des poumons (pneumo-) ou pneumopathique au sens général du terme. Communément, le terme est...), les infections du sang (Le sang est un tissu conjonctif liquide formé de populations cellulaires libres, dont le plasma est la substance fondamentale et est présent chez la plupart des animaux. Un humain adulte est doté d’environ 5 litres de sang.), les infections des voies urinaires et les infections chirurgicales.

"De nombreuses bactéries, telles que P. aeruginosa, lorsqu'elles grossissent lentement ou ne se développent pas du tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.), deviennent tolérantes aux antibiotiques", explique le premier auteur de l'étude, Dorival Martins, boursier de recherches postdoctorales au laboratoire de la Dre Nguyen.

"Ceci est un problème crucial car de nombreuses infections chroniques sont causées par des bactéries qui se développent lentement lorsqu'elles résident dans un hôte vivant, ce qui entraîne l'échec des traitements ou des rechutes chez les patients."

Une nouvelle cible enzymatique pour les antibiotiques

Dans cette nouvelle recherche, la Dre Nguyen et son équipe ont découvert que, lorsque la bactérie P. aeruginosa est dans un environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les...) stressant ou qu'elle est dépourvue de nutriments, elle s'adapte et utilise un système de signalisation et une enzyme (Une enzyme est une molécule (protéine ou ARN dans le cas des ribozymes) permettant d'abaisser l'énergie d'activation d'une réaction et d'accélérer...) de défense (superoxide dismutase) essentiels pour modifier sa membrane cellulaire, la rendant moins perméable aux molécules et empêchant les antibiotiques de pénétrer à l'intérieur de la cellule.

Les chercheurs ont également trouvé que l'inhibition de l'activité de l'enzyme ou du système de signalisation pourrait rendre cette dernière plus sensible aux antibiotiques.

"Jusqu'à présent, la tolérance aux antibiotiques chez les bactéries à croissance lente (La Lente est une rivière de la Toscane.) a été largement acceptée dans le domaine des cellules 'dormantes'. Avec cette recherche, nous avons montré qu'il y avait plus ça, explique la Dre Nguyen. Nous avons identifié un nouveau lien entre l'enzyme de défense, la régulation (Le terme de régulation renvoie dans son sens concret à une discipline technique, qui se rattache au plan scientifique à l'automatique.) de la perméabilité de la membrane et la tolérance aux antibiotiques."

Selon les chercheurs, la découverte de cette nouvelle cible cellulaire prometteuse pourrait, à long terme, prolonger l'utilité de nos antibiotiques existants et rendre les nouveaux plus efficaces.
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