Les plus anciennes traces de la domestication du cheval

Publié par Michel le 09/03/2009 à 00:00
Source: CNRS
Illustration: © Robin Bendrey
Une équipe internationale d'archéologues vient de découvrir les plus anciennes preuves de domestication du cheval par l'homme connues à ce jour, remontant aux alentours de 3 500 avant notre ère. Cette découverte suggère que les chevaux ont été à la fois attelés, probablement pour la monte, et traits pour leur lait. Conduits par les Universités britanniques d'Exeter et de Bristol, en collaboration avec le CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand...) et le Muséum (Salle d'exposition du Muséum Provincial (1908) à Toronto (Ontario, Canada) ...) national d'Histoire naturelle (La démarche d'observation et de description systématique de la nature commence dès...), ces résultats sont publiés le 6 mars 2009 dans Science.


Chevaux dans la steppe du Kazakhstan.

Les chercheurs sont parvenus à dater la première domestication du cheval (Le cheval (Equus ferus caballus ou equus caballus) est un grand mammifère herbivore et...) de la culture (La Culture est une civilisation pan-galactique inventée par Iain M. Banks au travers de ses...) Botai (1), civilisation de la fin du Néolithique, située au nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.) au Kazakhstan, aux alentours de 3 500 avant notre ère. Cette date est de 1 000 ans antérieure à celle qui était proposée jusqu'à présent pour la domestication du cheval, et devance de 2 000 ans les premières attestations de cheval domestique en Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un...). Ces découvertes indiquent que le cheval a été domestiqué initialement non seulement pour la monte, mais aussi pour l'alimentation, notamment la production de lait.

En s'appuyant sur un intense travail archéologique de terrain et sur des analyses mettant en œuvre des technologies de pointe, l'équipe de scientifiques s'appuie sur trois arguments qui ne laissent aucun doute quant à la domestication du cheval au 4e millénaire (Un millénaire est une période de mille années, c'est-à-dire de dix siècles.) avant notre ère au Kazakhstan:

- L'analyse des ossements révèle que les chevaux de la culture (La définition que donne l'UNESCO de la culture est la suivante [1] :) Botai avaient déjà une morphologie semblable à celle des chevaux domestiques de l'Âge du Bronze (Le bronze est le nom générique des alliages de cuivre et d'étain. Le terme airain...) (2e millénaire avant notre ère) et bien différente (En mathématiques, la différente est définie en théorie algébrique des...) de celle des chevaux sauvages préhistoriques de la même région. Cela suggère que les hommes de la culture Botai avaient procédé à une sélection des animaux possédant certaines caractéristiques physiques favorables, par le jeu de croisements contrôlés.

- Une nouvelle technique de reconnaissance de certains stigmates laissés par le mors sur les dents prémolaires les plus antérieures permet d'affirmer sans ambiguïté que les chevaux de la culture Botai étaient harnachés ou bridés, ce qui sous-entend qu'ils étaient montés.

- L'analyse chimique et isotopique des résidus lipidiques conservés dans certaines poteries de la culture Botai a permis de détecter d'indubitables traces (TRACES (TRAde Control and Expert System) est un réseau vétérinaire sanitaire de...) de graisses caractéristiques du lait des chevaux. Le lait de jument est toujours consommé de façon traditionnelle au Kazakhstan. Cette boisson, appelée "koumis", est habituellement consommée après une légère fermentation (La fermentation est une réaction biochimique de conversion de l'énergie chimique contenue...) alcoolique. On savait déjà que le "koumis" était traditionnellement consommé depuis plusieurs siècles, mais on n'imaginait pas qu'il ait pu l'être dès la fin du Néolithique, au moment des toutes premières domestications équines.

On sait que la domestication du cheval a revêtu une importance sociale et économique considérable, facilitant et accélérant les communications et les transports (Le transport, du latin trans, au-delà, et portare, porter, est le fait de porter quelque chose, ou...) de denrées, modifiant les circuits de productions et les règles de la guerre. La découverte d'indices de domestication dès le milieu du 4e millénaire avant notre ère est de nature à modifier profondément notre perception de ces sociétés de la fin du Néolithique d'Asie (L'Asie est un des cinq continents ou une partie des supercontinents Eurasie ou Afro-Eurasie de la...) centrale. Ces régions de steppes, à l'est de la chaîne (Le mot chaîne peut avoir plusieurs significations :) de l'Oural, sont connues pour avoir abrité d'importantes populations de chevaux sauvages durant des millénaires. Le cheval y a largement servi de gibier. Cette chasse a permis à d'importantes populations humaines de vivre dans ces régions. Celles-ci ont acquis une excellente connaissance des comportements des chevaux sauvages, connaissances qui ont probablement constitué un atout important pour la domestication du 4e millénaire. Dans ces régions, l'économie a reposé sur l'exploitation du cheval par la chasse puis par l'élevage, plutôt que sur l'exploitation des bovidés qui étaient à la base de l'économie des peuples d'Asie du Sud-Ouest (Le sud-ouest est la direction à mi-chemin entre les points cardinaux sud et ouest. Le...) ou d'Europe. Le cheval présente l'avantage d'être mieux adapté aux hivers rigoureux, notamment parce qu'ils sont capables de brouter tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou...) au long de l'année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié...), même durant les périodes d'enneigement. Au contraire, les bovins, chèvres et moutons demandent à être approvisionnés en fourrage durant la mauvaise saison (La saison est une période de l'année qui observe une relative constance du climat et de...). Ils n'ont fait leur apparition dans l'économie des peuples de l'Asie centrale que sensiblement plus tard.

Le chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la...) Robin Bendrey, co-auteur de ce travail, pilote l'étude sur l'utilisation du mors. Initié en 2007 au département d'archéologie de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la...) britannique de Winchester, ce travail a été achevé grâce à une bourse post-doctorale du CNRS, en 2008, au sein du laboratoire "Archéozoologie, archéobotanique: sociétés, pratiques et environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et...)" (CNRS / MNHN), dirigé par Jean-Denis Vigne (Les vignes sont des lianes de la famille des Vitaceae. Ce sont des plantes du genre Vitis largement...), directeur de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue...) au CNRS.


Note:

(1) Le site de Botai, localisé au nord du Kazakhstan, est assez remarquable du point (Graphie) de vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et...) archéologique


Cet article vous a plu ? Vous souhaitez nous soutenir ? Partagez-le sur les réseaux sociaux avec vos amis et/ou commentez-le, ceci nous encouragera à publier davantage de sujets similaires !
Page générée en 0.734 seconde(s) - site hébergé chez Amen
Ce site fait l'objet d'une déclaration à la CNIL sous le numéro de dossier 1037632
Ce site est édité par Techno-Science.net - A propos - Informations légales
Partenaire: HD-Numérique