Pendant des décennies, les vaccins à ARN avaient été considérés comme irréalistes. Deux des scientifiques qui ont démontré le contraire dans les années 2000 viennent de se mériter un des prix Breakthrough (Breakthrough Prize) en sciences de la
vie, dotés d'une bourse de 3 millions de dollars.
Pour faire simple, les biochimistes Katalin Kariko et Drew Weissman ont trouvé comment contourner le système immunitaire suffisamment longtemps pour permettre à l'ARN messager de
s'introduire dans la cellule et lui transmettre la "recette" pour fabriquer des protéines. L'ARN messager est ensuite détruit par nos cellules immunitaires.
C'est ce processus qui est derrière les deux vaccins dits "à ARN" contre la COVID-19 mis au
point par les compagnies Pfizer et Moderna.
Ils ont dû, avant d'en arriver là, faire face à beaucoup de scepticisme, souligne
le communiqué annonçant la récompense. Beaucoup de demandes de subventions rejetées et d'articles refusés,
rappelle Katalin Kariko dans
Nature, y compris la première version de l'article de 2005, qui lui vaut pourtant aujourd'hui cette reconnaissance. Kariko travaille aujourd'hui à développer des thérapies utilisant l'ARN messager qui pourraient être utilisées contre le
cancer et les maladies autoimmunes.
Considérant l'importance qu'a eu cette technologie cette année, et les futures applications qu'elle ouvre, les observateurs spéculent déjà sur les autres récompenses scientifiques qui attendent peut-être au tournant.
Décernés depuis 10 ans, les prix Breakthrough (Breakthrough Prize) en sciences de la vie, en sciences fondamentales et en mathématiques, sont décrits comme les plus généreuses récompenses en sciences, avec leurs chèques de 3 millions de dollars. Ces prix sont financés par une fondation mise sur pied en partie par les grands patrons de Facebook et de
Google.
Une deuxième récompense en sciences de la vie est allée
aux Britanniques Shankar Balasubramanian et David Klenerman, et
au Français Pascal Mayer, pour leur technique qui,
développée dans les années 2000, permet aujourd'hui l'
imagerie simultanée de milliards de fragments d'ADN, accélérant considérablement le
séquençage des génomes -et c'est d'ailleurs ce qui a permis le séquençage très rapide, dès janvier 2020, des gènes du nouveau coronavirus, et le séquençage, depuis, de milliers d'autres représentants de ce
virus,
à travers le monde. Une troisième récompense a été remise à l'Américain Jeffery Kelly, pour avoir percé le mystère du lien entre le "mauvais repliement" d'une
protéine et l'amylose, une
maladie qui peut causer des problèmes neurodégénératifs.