Touchant un nombre croissant de patients, le cancer du pancréas demeure l'un des plus agressifs en raison de la capacité des cellules cancéreuses à résister aux traitements conventionnels, comme la chimiothérapie. Une équipe conduite par des scientifiques du CNRS, du Centre Léon Bérard, de l'Inserm et de l'
Université Claude Bernard Lyon 1, a développé un anticorps capable de bloquer l'un des mécanismes de résistance des cellules cancéreuses.
Évalué par les scientifiques lors d'un essai clinique de phase 1b coordonné par l'équipe médicale d'oncologie digestive de l'Université Grenoble Alpes et du CHU Grenoble Alpes, avec le soutien financier de la Fondation ARC et de la start-up NETRIS Pharma, cet anticorps a permis d'améliorer la réponse à la
chimiothérapie et d'augmenter la survie de patients atteints du
cancer du
pancréas localement avancé, initialement non opérable. Les résultats sont
parus le 22 avril dans
Nature.
Illustration 3D du pancréas
© Fotalia
Dans de nombreux cancers, certaines cellules tumorales résistent aux traitements en activant un mécanisme dit de "transition épithélio-mésenchymateuse" par lequel elles modifient rapidement leur forme et leur comportement, acquérant ainsi la capacité d'échapper aux traitements standards.
Une équipe supervisée par des scientifiques du Centre de recherche en cancérologie de Lyon (Centre de lutte contre le cancer Léon Bérard / CNRS / Inserm / Université Lyon 1) a montré que ce mécanisme reposait en partie sur l'
activation anormale, lors de la progression tumorale, d'une
protéine qui d'ordinaire n'est présente que pendant le développement embryonnaire: la nétrine-1.
Forts de cette découverte, les scientifiques ont développé un anticorps, le NP137, capable de se fixer sur la nétrine-1, et d'empêcher l'interaction de la protéine avec son récepteur cellulaire, bloquant ainsi la transition épithélio-mésenchymateuse des cellules tumorales. Résultat: les tumeurs deviennent plus sensibles aux traitements anticancéreux.
Après des premières données prometteuses chez l'animal et l'humain, ce
médicament candidat vient de faire ses preuves dans un essai clinique de phase 1b (LAPNET-1) chez 43 patients atteints d'un cancer du pancréas localement avancé initialement non opérables.
Administré en association avec la chimiothérapie standard, le NP137 a permis d'améliorer significativement la durée de réponse à la chimiothérapie voire de prolonger la survie globale des malades par rapport aux données historiques rapportées chez les patients traités par chimiothérapie standard seule. Cet effet est particulièrement visible pour les malades dont les tumeurs portent le récepteur de la nétrine-1, chez qui le traitement s'est accompagné d'une prolongation de plus de 5 mois en moyenne de la survie sans progression après chimiothérapie.
Si ces résultats doivent être confirmés par un essai clinique de plus grande ampleur, ils ouvrent une option thérapeutique prometteuse pour ce cancer en forte progression, appelé à devenir la deuxième cause de mortalité par cancer d'ici les années 2030-2040. À terme, cette piste thérapeutique pourrait dépasser le seul cadre du cancer du pancréas avec des applications possibles dans de nombreux autres types tumeurs qui partagent le même mécanisme de résistance.