Pendant dix-huit ans, des microphones sous-marins ont enregistré une baleine que les chercheurs ont beaucoup de mal à voir.
La baleine d'Omura reste l'un des grands cétacés les moins connus. Elle est discrète, vit dans des mers chaudes et ne suit pas nécessairement les longues migrations de certaines autres baleines. Dans le nord-ouest de l'Australie, ses apparitions à la surface sont si rares qu'il est difficile de savoir précisément où elle vit.

Une baleine d’Omura (Balaenoptera omurai) photographiée au large du nord-ouest de Madagascar. Cette espèce est difficile à suivre en mer, d’où l’intérêt de ses chants sous-marins.
Photo : Salvatore Cerchio et collaborateurs, Royal Society Open Science (2015), CC BY 4.0.
Heureusement, cette baleine chante. Ses sons graves se propagent loin dans l'eau et peuvent être enregistrés par des appareils posés sur les fonds marins. Des scientifiques de l'université Curtin ont donc repris d'anciennes archives sonores recueillies entre 2005 et 2023, parfois pour d'autres recherches.
Ces enregistrements provenaient de 35 sites au large de l'Australie. L'équipe a recherché les appels caractéristiques de l'espèce et les a comparés aux conditions de l'océan : température de l'eau, vents, profondeur et présence probable de nourriture.
Les chants ont été détectés tout au long de l'année. Leur fréquence variait toutefois selon les saisons et les endroits. Ils étaient plus présents dans les eaux chaudes et dans des zones où les courants font remonter des éléments nutritifs depuis les profondeurs.
Ces remontées favorisent le développement du plancton, qui nourrit de petits animaux marins. C'est là que la baleine pourrait trouver plus facilement ses proies. Les chercheurs ont aussi observé davantage d'appels pendant l'été austral, avec un déplacement des détections vers le nord pendant l'hiver.
Contrairement aux baleines qui parcourent des milliers de kilomètres entre leurs zones d'alimentation et de reproduction, celle d'Omura semble pouvoir rester dans les mers tropicales toute l'année. Elle pourrait se nourrir régulièrement dans des régions où la nourriture reste relativement prévisible.
Il reste une limite importante : un chant ne permet pas de dénombrer les baleines présentes. Une baleine silencieuse peut passer à proximité sans être repérée. Les microphones renseignent donc surtout sur les lieux et les moments où l'espèce vocalise, pas sur l'ensemble de sa population.
Ces nouvelles informations pourraient aider à protéger une espèce pour laquelle les données manquent encore.