En avril 2010, l'explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon a provoqué une immense marée noire. Pendant des mois, du pétrole s'est répandu dans la mer, touchant les côtes mais aussi les eaux profondes. Les conséquences visibles ont fait le tour du monde.
Après cette catastrophe, des chercheurs américains ont étudié les espèces océaniques pendant plus d'une décennie. Ils se sont intéressés notamment aux poissons-lanternes, aux crevettes, au krill, aux calmars et à d'autres animaux qui nagent dans les profondeurs. Ces espèces servent de nourriture à de nombreux prédateurs, notamment aux thons et aux cétacés.

La plateforme pétrolière Deepwater Horizon en feu en 2010
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En comparant les observations réalisées juste après la catastrophe à celles des années suivantes, l'équipe a découvert une chute considérable. Selon les groupes étudiés, les effectifs ont baissé de 60 à 85 % sur une période d'environ trois ans et demi. Pour les poissons dans leur ensemble, le recul mesuré atteint environ 63 %.
Les chercheurs ont utilisé des filets pour prélever des animaux et des instruments acoustiques pour détecter leur présence dans l'eau. Les deux méthodes racontent une histoire comparable : un effondrement rapide, suivi d'une très faible récupération jusqu'aux dernières observations, en 2023.
Pourquoi une telle baisse ? Les scientifiques ont examiné plusieurs explications naturelles, comme la température de l'eau, le manque d'oxygène ou la disponibilité de nourriture. Aucune ne correspondait bien à l'évolution observée. La marée noire de 2010 apparaît donc comme l'explication la plus probable.
Mais l'étude ne démontre pas à elle seule que le pétrole a causé toutes ces pertes. Elle établit surtout une coïncidence temporelle forte, appuyée par l'absence d'autre facteur naturel convaincant. Les effets éventuels du pétrole et des produits utilisés pour disperser la pollution restent difficiles à séparer.
Le phénomène ne concerne pas uniquement les animaux les plus petits. Poissons et crustacés nourrissent d'autres espèces, parfois beaucoup plus grandes. Une baisse durable de leur abondance pourrait donc fragiliser une bonne partie de la chaîne alimentaire.
Cette étude montre qu'une catastrophe survenue à la surface peut laisser une trace pendant des années dans un monde presque invisible. Elle rappelle aussi qu'un milieu immense comme l'océan profond ne retrouve pas nécessairement son équilibre rapidement après une pollution majeure.